Une thérapie innovante pour réveiller le système immunitaire vieillissant : l’espoir venu du foie
Auteur: Mathieu Gagnon
Quand notre bouclier naturel se fatigue

On le sait tous, et on le sent parfois : avec les années qui passent, notre corps ne réagit plus tout à fait comme avant. C’est la vie, me direz-vous. Mais ce qui est plus inquiétant, c’est que notre système immunitaire perd aussi de sa vigueur, de son « punch ». Les vaccins fonctionnent moins bien, le cancer devient une bête plus difficile à maîtriser, et notre organisme peine à identifier les nouvelles menaces.
Pourquoi ? Eh bien, le coupable principal est souvent le thymus. C’est un tout petit organe, discret, qui rétrécit inexorablement avec le temps. Moins de thymus, cela signifie moins de production de nouvelles cellules T, ces soldats indispensables à notre défense. C’est un processus naturel, certes, mais frustrant.
Cependant, une lueur d’espoir nous vient du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Une nouvelle étude, dirigée par le Dr Feng Zhang — un nom à retenir —, a peut-être trouvé une parade astucieuse pour contourner cette perte. En gros, ils ont réussi à transformer temporairement le foie en une sorte de centrale de soutien immunitaire. C’est fascinant.
Détourner le foie pour remplacer le thymus : une prouesse technique

Le problème de fond porte un nom scientifique un peu barbare : l’involution thymique. C’est ce rétrécissement progressif du thymus et la perte de tissu fonctionnel qui l’accompagne. À mesure que cette production chute, moins de cellules T fraîches entrent en circulation. Résultat ? Le système immunitaire génère moins de nouveaux modèles de récepteurs. C’est un peu comme si votre antivirus n’avait plus de mises à jour : les personnes âgées se retrouvent démunies face aux infections inconnues.
Pour contourner ce goulot d’étranglement, les chercheurs ont eu une idée brillante : se tourner vers le foie. Contrairement au thymus capricieux, le foie continue de produire de grandes quantités de protéines tout au long de la vie et croise régulièrement les cellules immunitaires via la circulation sanguine. L’idée est d’utiliser des instructions génétiques brèves pour que les cellules du foie libèrent des protéines de soutien directement dans le sang, là où passent les cellules T en développement.
La clé de voûte de ce traitement, c’est l’ARNm (ARN messager). Vous en avez sûrement entendu parler avec les vaccins récents. C’est un message moléculaire temporaire qui dit aux cellules quelle protéine fabriquer. Comme le message se dégrade vite, on peut répéter les doses sans toucher à l’ADN de la cellule. C’est crucial pour les patients âgés, car cela offre un bouton « off » intégré : on booste l’immunité, puis on laisse l’effet s’estomper.
Concrètement, les chercheurs ont emballé cet ARNm dans des nanoparticules lipidiques — de minuscules transporteurs à base de graisse. Une fois injectées, ces particules s’accumulent naturellement dans le foie, qui se met alors au travail.
Des résultats prometteurs sur les souris : vaccins et cancers

Alors, est-ce que ça marche ? Sur les souris, les résultats sont assez bluffants. Le traitement a délivré trois facteurs trophiques — des protéines de soutien qui aident les jeunes cellules immunitaires à mûrir. Fait intéressant : aucun signal unique n’a suffi à reproduire l’effet complet. Il a fallu une approche coordonnée. C’est logique, après tout, le corps est complexe.
Sur une période de quatre semaines, des doses répétées ont permis d’élargir le nombre de cellules T en circulation et d’augmenter leur diversité. Plus important encore, ces signaux ont agi tôt, guidant les précurseurs immunitaires plutôt que de simplement forcer les cellules matures à se diviser.
Parlons chiffres, car c’est là que ça devient concret. Les souris ayant reçu ce traitement hépatique à ARNm avant un vaccin à l’ovalbumine ont produit environ deux fois plus de cellules T cytotoxiques (les tueuses de cellules infectées) par rapport aux animaux non traités. C’est une différence énorme.
Et pour le cancer ? Même constat encourageant. Les inhibiteurs de points de contrôle immunitaire fonctionnent en levant les freins qui retiennent les cellules T. Dans les expériences sur les tumeurs de souris, la combinaison d’un médicament de point de contrôle avec ce traitement à ARNm a amélioré la survie et, tenez-vous bien, a même éliminé les tumeurs dans certains cas. Avoir un plus grand réservoir de cellules T prêtes à l’action change visiblement la donne.
Sécurité, limites et perspectives d’avenir

Évidemment, quand on booste le système immunitaire, on a toujours une crainte : l’auto-immunité. Est-ce que le corps va se mettre à attaquer ses propres tissus sains ? Les vérifications de sécurité semblent rassurantes pour l’instant. Chez des souris sujettes au diabète et d’autres modèles, le traitement n’a pas déclenché de maladie auto-immune supplémentaire. De plus, les effets se sont estompés après l’arrêt des doses, ce qui limite les risques à long terme.
Mais restons lucides, ce traitement à ARNm ne peut pas tout réparer. Le vieillissement immunitaire est vaste : les cellules produisant des anticorps s’affaiblissent aussi, et l’inflammation chronique peut épuiser le système. Le Dr Zhang le dit lui-même : « Notre approche est davantage une approche synthétique. Nous concevons le corps pour imiter la sécrétion de facteurs thymiques ».
Il reste encore du chemin à parcourir. Passer de la souris à l’homme apporte son lot de défis : ajuster les doses, surveiller la santé du foie, et voir combien de temps les bénéfices perdurent. Il faudra aussi confirmer que ces signaux atteignent bien les précurseurs de cellules T humaines dans les bons tissus.
Si tout se passe bien — et je dis bien *si* —, cette étude publiée dans la revue Nature pourrait ouvrir la voie à des traitements combinés lors des périodes à haut risque, comme la saison de la grippe. Une petite cure de jouvence pour nos défenses, en quelque sorte.
Selon la source : earth.com
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