La télé, ce prof qui se trompe souvent

On a tous déjà vécu cette scène. Assis dans le canapé, le souffle coupé devant un épisode haletant de notre série médicale préférée, on regarde les héros s’agiter autour d’un patient en arrêt cardiaque. C’est intense, c’est dramatique, et sans qu’on s’en rende vraiment compte, notre cerveau enregistre tout. La télévision, c’est un peu comme une salle de classe sans murs, n’est-ce pas ? On y apprend des codes sociaux, des habitudes de santé, et même, croit-on, comment sauver des vies.
Mais voilà le problème… et il est de taille. Ces scènes, qui restent gravées dans nos mémoires bien après le générique de fin, sont souvent fausses. Une nouvelle recherche menée par l’Université de Pittsburgh vient de jeter un pavé dans la mare : la plupart de ces représentations envoient des signaux totalement erronés sur l’arrêt cardiaque et la réanimation cardio-respiratoire (RCR). Et le pire, c’est que ces erreurs scénaristiques peuvent façonner nos comportements dans la vraie vie, avec des conséquences parfois dramatiques.
C’est assez effrayant quand on y pense. On fait confiance à ce qu’on voit, surtout quand c’est répété semaine après semaine. Pourtant, cette étude publiée dans le journal Circulation: Population Health and Outcomes nous met en garde : ce que vous voyez à l’écran pourrait bien vous faire hésiter au moment où il ne faut surtout pas trembler.
Entre fiction et réalité : le fossé qui coûte des vies

Parlons chiffres un instant, même si ce n’est pas le plus drôle. Aux États-Unis, les arrêts cardiaques extra-hospitaliers surviennent plus de 350 000 fois par an. C’est énorme. Quand le cœur s’arrête, le flux sanguin vers le cerveau et les organes stoppe net. Chaque seconde compte, littéralement. Une RCR immédiate faite par un témoin peut doubler, voire tripler les chances de survie. C’est simple, non ?
Pourtant, malgré ces preuves solides, moins de la moitié des victimes reçoivent de l’aide avant l’arrivée des secours. Et si vous êtes une femme, ou une personne noire ou latino, les statistiques chutent encore plus bas. Pourquoi ? Souvent parce que les gens hésitent. L’incertitude paralyse. Et c’est là que la télé a sa part de responsabilité.
La Dr Beth Hoffman, professeure adjointe au département des sciences de la santé comportementale et communautaire à Pittsburgh, le dit très bien : « Nous savons que les représentations télévisées de sujets de santé peuvent influencer les téléspectateurs ». Elle ajoute même qu’on voit parfois aux infos des gens qui ont sauvé des vies grâce à ce qu’ils ont vu à la télé. C’est à double tranchant, je suppose. « Compte tenu du nombre impressionnant de personnes qui regardent la télévision, il est important de réfléchir à la manière d’exploiter cela pour améliorer la probabilité que les gens pratiquent la RCR et sauvent des vies », précise-t-elle.
Le souci, c’est que la fiction influence nos décisions réelles, surtout sous stress. Si on voit des gestes obsolètes à l’écran, on va croire qu’ils sont nécessaires. Et cette confusion crée du délai. Un délai qui tue.
Breaking Bad, Yellowstone… Ils ont tout faux ?

Pour comprendre l’ampleur du désastre, les chercheurs ont visionné 169 épisodes de séries scénarisées américaines diffusées après 2008. Pourquoi 2008 ? Parce que c’est l’année où l’American Heart Association a officiellement approuvé la RCR par compressions seules pour les ados et les adultes. Les séries analysées incluaient des poids lourds comme Breaking Bad, Yellowstone, 9-1-1, et même des dessins animés comme Archer.
Le constat est… comment dire… décevant. L’équipe a vérifié si les scènes montraient bien la technique correcte : appeler le 911 et commencer les compressions thoraciques sans vérifier le pouls ni faire de bouche-à-bouche. Résultat ? Moins de 30 % des épisodes montraient correctement la RCR par compressions seules.
La grande majorité des scènes montraient encore du bouche-à-bouche ou des vérifications de pouls interminables. Des gestes que l’on ne demande plus aux témoins de faire aujourd’hui ! Et attention, ce n’était pas pour rire. Aucun de ces exemples inexacts n’était une parodie. Le ton sérieux renforçait l’idée que c’était la *bonne* chose à faire. C’est ce qu’on appelle l’apprentissage par observation en santé publique. Si on voit des gestes techniques compliqués à la télé, on finit par croire qu’il faut être médecin pour intervenir, et on n’ose plus bouger.
Les clichés ont la vie dure : lieux et victimes

Mais les erreurs ne s’arrêtent pas à la technique. La télévision déforme aussi complètement la réalité de *où* et *à qui* cela arrive. Dans la vraie vie, plus de 80 % des arrêts cardiaques se produisent à la maison. C’est logique, on y passe du temps. Mais à l’écran ? La plupart des crises surviennent dans des lieux publics ou des endroits extérieurs isolés. Seulement environ un cinquième des cas fictifs avaient lieu à domicile.
Pourquoi est-ce grave ? Parce que si on pense que ça n’arrive que dehors, on se sent moins concerné par la formation RCR pour protéger sa propre famille. La recherche suggère que la pertinence personnelle motive l’apprentissage. Si le risque semble lointain, l’urgence disparaît.
Et puis, il y a le profil des victimes. À la télé, elles ont souvent moins de 40 ans. Dans la réalité, la moyenne d’âge frôle les 62 ans. De plus, les hommes blancs reçoivent de l’aide beaucoup plus souvent à l’écran que les femmes ou les personnes d’autres groupes raciaux, que ce soit en tant que victimes ou sauveteurs.
Ore Fawole, l’auteur principal de l’étude et expert à Pittsburgh, a fait une remarque très juste : « C’était intéressant de voir que ce qu’on voyait à l’écran reflétait les disparités de la vie réelle en matière de réception de la RCR ». Il se demande, et nous aussi d’ailleurs, si la télé ne fait que refléter la réalité ou si elle renforce carrément les préjugés implicites qui font que les femmes et les minorités sont moins secourues. « Nous espérons que cette recherche ouvrira la voie à des représentations télévisées précises », ajoute-t-il.
Conclusion : Ce qu’il faut vraiment retenir
Allez, tout n’est pas noir. Il y a une lueur d’espoir dans ces données : environ 58 % des cas fictifs d’arrêt cardiaque ont reçu une RCR, ce qui est mieux que dans la réalité. Si les scénaristes ajustaient juste un peu le tir sur la technique, l’impact pourrait être incroyable.
Alors, oubliez ce que vous avez vu dans le dernier épisode de votre série du mardi soir. Dr Stacey Rosen, présidente bénévole de l’American Heart Association, rappelle la méthode, la vraie : « La RCR à mains seules est un processus simple en deux étapes : appelez le 911 si vous voyez un ado ou un adulte s’effondrer soudainement, puis poussez fort et vite au centre de la poitrine ». C’est tout. Pas de diplôme nécessaire, pas d’équipement, même un enfant peut le faire.
Les chercheurs suggèrent maintenant une collaboration entre les experts en santé publique et les créateurs de contenu. Des histoires précises pourraient transformer les spectateurs passifs en sauveteurs confiants. La télévision a un pouvoir fou, bien au-delà du divertissement. Il serait temps qu’elle l’utilise pour sauver des vies, pour de vrai cette fois.
Selon la source : earth.com
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.