Le sol de Yellowstone se soulève à nouveau : faut-il vraiment craindre le pire ?
Auteur: Mathieu Gagnon
Un décor de cinéma qui bouge sous nos pieds

Yellowstone, c’est un peu comme un décor de film à gros budget qui aurait décidé de prendre vie. Avec ses sources thermales aux couleurs impossibles, sa faune sauvage omniprésente et cette menace sourde, presque apocalyptique, qui plane en toile de fond, l’endroit ne fait jamais dans la demi-mesure. C’est grandiose, c’est cinématique. Mais voilà, tous les phénomènes géologiques qui rendent ce lieu unique ne sont pas forcément spectaculaires au premier coup d’œil.
Prenez par exemple ce qu’on appelle l’Anomalie de soulèvement de Norris (ou NUA pour les intimes). C’est une zone gigantesque d’environ 29 kilomètres (18 miles) de large, située le long du bord nord de la caldeira de Yellowstone. Et devinez quoi ? Les géologues locaux viennent de confirmer qu’elle a recommencé à se « déformer » juste sous leurs pieds. Alors bon, posons la question qui fâche, celle qu’on a tous au bout des lèvres : qu’est-ce que ça veut dire concrètement ? Et surtout… est-ce le moment de commencer à paniquer ?
La mécanique souterraine : comme une casserole sur le feu

Pour comprendre ce qui se passe, il faut écouter Michael Poland. C’est un géophysicien de l’USGS (l’Institut d’études géologiques des États-Unis) et le scientifique responsable de l’Observatoire du volcan de Yellowstone. Dans une mise à jour récente, il a écrit quelque chose de très juste : « Yellowstone est un système géologique dynamique – la seule constante, c’est le changement. » On le voit tous les jours avec les geysers, les sources chaudes ou les mares de boue. Mais ce qu’on oublie, c’est que même le sol bouge !
Pour les experts, on parle de « déformation ». C’est le changement de forme du paysage autour d’un volcan, causé par le magma qui s’agite en profondeur. Yellowstone est assis pile sur un point chaud volcanique, une zone anormalement chaude alimentée par du magma venant des entrailles de la Terre. Leif Karlstrom, un scientifique de l’Université de l’Oregon, a utilisé une image parlante dans une vidéo pour PBS Terra en novembre 2025 : « C’est conceptuellement similaire, dans un certain sens, à ce qui se passe quand vous mettez une casserole d’eau sur votre cuisinière. » C’est chauffé par le bas, refroidi par le haut, le fluide chaud monte et circule. C’est exactement ce manège qui se déroule sous la croûte terrestre.
Ce brassage incessant peut faire gonfler ou plier le sol. On parle de soulèvement (ou inflation) quand la pression augmente, et de subsidence (ou déflation) quand elle diminue. Poland explique que ces changements peuvent venir de plein de choses : le mouvement des failles, l’accumulation ou le retrait de magma, ou même simplement des fluides qui refroidissent et se contractent. C’est une respiration géologique, en quelque sorte.
L’histoire tumultueuse de l’anomalie de Norris (1996-2020)

Ce n’est pas la première fois que la zone de Norris fait des siennes. Pendant neuf ans, entre 1996 et 2004, une zone le long du bord nord de la caldeira, juste au sud du bassin de Norris Geyser, s’est soulevée d’un total d’environ 12 centimètres (presque 5 pouces). Michael Poland précise que cette déformation, la fameuse NUA, était probablement due à une accumulation de magma à 14 kilomètres (presque 9 miles) de profondeur. À l’époque, les radars montraient une sorte d’ondulation claire à la surface. Franchement, c’est sans doute un phénomène courant, mais on ne le détecte que maintenant grâce à nos technologies modernes.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Après ce pic en 2004, la zone a passé la décennie suivante à s’affaisser, perdant plus de la moitié de la hauteur gagnée. Dan Dzurisin, géologue émérite à l’USGS, expliquait en 2020 que lorsque le magma refroidit et cristallise, il relâche des gaz. Si ces gaz s’échappent, la pression baisse et le sol redescend. C’est logique. Sauf qu’en 2013, coup de théâtre : la situation s’inverse brutalement. La zone commence à gonfler à une vitesse record pour Yellowstone, plus de 15 cm (5,9 pouces) par an ! Probablement du gaz coincé sous une couche de roche imperméable.
Et comme souvent à Yellowstone, ça s’est terminé avec fracas. Un tremblement de terre de magnitude 4,9 a frappé la zone – le plus important depuis les années 1970. Dzurisin pense que le séisme a créé des microfractures, permettant aux gaz de s’échapper à nouveau, ce qui a provoqué une subsidence pendant les 20 mois suivants. Ensuite ? Le sol a joué au yo-yo jusqu’en 2020, date à laquelle tout semblait s’être calmé. Enfin… c’est ce qu’on croyait.
Le retour de l’anomalie : faut-il s’inquiéter ?

Le calme aura été de courte durée. À partir de juillet l’année dernière, les stations GPS près de la caldeira ont recommencé à bouger. Au début, ce n’était pas grand-chose. En septembre, le sol n’était que 2 centimètres (0,79 pouces) plus haut qu’avant, avec un mouvement horizontal moitié moindre. Mais les données d’interférométrie sont formelles : le schéma de soulèvement est très similaire à celui de la période 1996–2004. Michael Poland l’a confirmé sans détour : « C’était clair. La NUA était de retour ! »
Ce mouvement géologique s’est accompagné d’un regain d’activité sismique, notamment un « essaim » de plus de 100 tremblements de terre dans une zone proche de la NUA. Cela ressemble fort à une réponse du sol au stress géologique et à la pression accrue. Alors, on en revient à notre question initiale : est-ce le signe avant-coureur du « Big One », la super-éruption que tout le monde redoute ?
On va vous rassurer tout de suite : non, tout va bien. Vraiment. L’activité récente, bien que notable pour les scientifiques, reste mineure à l’échelle du volcan. Ce n’est absolument rien comparé aux signaux d’alarme qu’on verrait si Yellowstone était sur le point d’exploser. C’est le comportement normal d’un point chaud. Comme le souligne Dan Dzurisin, la seule vraie différence aujourd’hui, c’est qu’on a de meilleurs outils pour voir le sol monter et descendre. Pour reprendre ses mots : « Pour ceux qui s’y connaissent […] c’est génial. Pas alarmant. »
Selon la source : iflscience.com
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