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Votre jardin cache peut-être un secret mortel pour les abeilles sauvages
Crédit: lanature.ca (image IA)

Quand les fleurs deviennent des pièges

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On a tous cette image bucolique en tête : une prairie fleurie, le bourdonnement apaisant des insectes, la nature qui s’éveille au printemps. C’est beau, n’est-ce pas ? Pourtant, une étude récente vient un peu écorner cette carte postale. Il semblerait que nos amies les fleurs, aussi innocentes qu’elles paraissent, jouent un rôle inattendu — et franchement inquiétant — dans la propagation des maladies.

C’est en tout cas ce qu’a découvert une équipe de chercheurs dirigée par Idan Kahnonitch, un doctorant de l’Université hébraïque de Jérusalem (HUJI). Ils se sont penchés sur ce qui se passe réellement dans les contreforts de Judée, en Israël, pendant la floraison printanière. Et ce qu’ils ont trouvé pourrait bien changer notre façon de voir nos jardins et nos champs.

Le problème ? Les virus ne restent pas sagement dans les ruches d’abeilles domestiques. Ils profitent des fleurs pour sauter sur les abeilles sauvages. Une sorte de contamination croisée qui se fait dans le plus grand silence, mais dont les conséquences pour la pollinisation et nos écosystèmes pourraient être désastreuses.

Le buffet partagé : comment la contagion s’organise

credit : lanature.ca (image IA)

Imaginez un buffet à volonté où tout le monde utiliserait les mêmes couverts sans jamais les laver. C’est un peu ce qui se passe dans la nature. Les chercheurs ont remarqué que la répartition des virus sur le terrain correspondait parfaitement aux zones où les fleurs étaient abondantes. C’est logique, mais terrible : les fleurs partagées agissent comme des carrefours de contamination.

Le mécanisme est simple, peut-être même un peu trop. Une butineuse infectée dépose des particules virales — via ses déjections ou sa salive — sur le pollen ou le nectar. L’insecte suivant, qu’il soit de la même espèce ou non, vient se nourrir et hop, il ingère le virus. Les expériences montrent que ce « débordement » (le passage de l’infection d’une espèce à l’autre) commence dès que les fleurs sont partagées.

C’est d’autant plus injuste pour les abeilles minières du genre Andrena. Contrairement à leurs cousines domestiques Apis mellifera, ces petites travailleuses sont solitaires. Chaque femelle construit son propre nid, ce qui devrait logiquement limiter les contacts et donc les maladies. Mais voilà, le système alimentaire mondial repose sur elles pour polliniser de nombreuses cultures. Si elles tombent malades à cause de virus venus des ruches gérées par l’homme, c’est toute la chaîne qui tremble.

Il ne faut pas oublier le rôle du Varroa destructor, cet acarien parasite qui accélère la propagation des virus dans les colonies d’abeilles domestiques denses. Ce qui est effrayant, c’est la similitude génétique des virus retrouvés. Pour le virus du couvain sacciforme (sacbrood virus), les chercheurs ont trouvé une correspondance de 98,3 % entre les séquences des abeilles domestiques et celles des sauvages. Une preuve quasi irréfutable qu’elles s’échangent bien plus que du pollen.

Quand le paysage et le choix des plantes changent la donne

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On pourrait penser que plus il y a de fleurs, mieux c’est, non ? Eh bien, c’est plus compliqué que ça. L’équipe a mesuré la disponibilité des ressources florales (ce qu’ils appellent le FRA) sur des zones s’étendant jusqu’à 0,6 miles (environ un kilomètre). Paradoxalement, un score FRA élevé coïncidait souvent avec plus de détections de virus chez les abeilles minières. En gros, des paysages plus riches peuvent augmenter les risques d’exposition simplement parce qu’ils attirent tout le monde au même endroit.

Mais attention, toutes les plantes ne se valent pas. C’est là que l’étude devient vraiment fascinante pour quiconque s’intéresse au jardinage ou à l’agriculture. Certaines espèces semblent être des « mauvais élèves ». Par exemple, l’Erucaria hispanica apparaissait bien plus souvent sur les sites où les abeilles minières étaient testées positives à deux virus différents.

À l’inverse, d’autres plantes semblent plus sûres. Les sites riches en Echium judaeum et en Notobasis syriaca montraient tendance à avoir moins de détections positives. Pourquoi ? Probablement grâce à la forme des pétales ou aux caractéristiques du pollen, qui influencent la durée de vie du virus face à la chaleur et à la lumière.

Il faut toutefois rester prudent — c’est la science qui parle. Les chercheurs ont noté que si les abeilles domestiques (gérées par l’homme) transportaient très souvent des virus, les infections n’apparaissaient qu’occasionnellement chez les abeilles minières sauvages. Cela suggère que nos ruches agissent comme un grand réservoir viral dans le paysage. De plus, les motifs concernant le virus des ailes déformées étaient plus flous, car la diversité florale et la densité d’abeilles augmentaient parfois ensemble, brouillant les pistes.

Conclusion : Repenser notre façon de protéger la nature

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Ce que cette étude nous dit, au fond, c’est que nous ne pouvons pas nous contenter de planter des fleurs au hasard pour « sauver les abeilles ». Idan Kahnonitch et ses collègues nous avertissent : « Les décisions concernant la gestion et la restauration de l’habitat… peuvent avoir des conséquences involontaires pour la santé des pollinisateurs si la transmission des maladies n’est pas prise en compte. »

C’est un rappel assez brutal que la bonne volonté ne suffit pas. Les gestionnaires de terres et les écologistes vont devoir intégrer le risque sanitaire dans leurs plans : espacer les plantations, choisir les bonnes espèces, et peut-être mieux coordonner l’apiculture avec les zones sauvages. Bien sûr, comme le soulignent les auteurs dans la revue Ecological Applications, une corrélation n’est pas une preuve directe absolue, et d’autres expériences seront nécessaires. Mais une chose est sûre : pour protéger nos pollinisateurs, il faut regarder au-delà de l’abeille elle-même et s’intéresser au paysage qui la nourrit.

Selon la source : earth.com

Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.

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