Une transition brutale et sans ménagement

On se demande parfois ce qui passe par la tête de nos décideurs. La fermeture du fameux Programme de l’expérience québécoise, que tout le monde connaissait sous l’acronyme PEQ, s’est faite d’une manière… disons, assez cavalière. C’était sans ménagement. Sans transition réelle. Et ce qui me chagrine le plus, c’est que cela s’est fait sans le moindre égard pour ces gens qui y avaient cru, de bonne foi.
Entendons-nous bien, je ne remets pas en cause la légitimité de l’État. Soyons clairs : le gouvernement a parfaitement le droit de brasser les cartes, de modifier ses programmes d’immigration comme bon lui semble. Il peut en créer de nouveaux, en abolir des anciens, ajuster les critères selon les besoins du moment. D’ailleurs, le remplaçant, le nouveau PSTQ, semble plus ciblé et, du moins sur papier, plus agile. Là n’est pas le souci. Le problème est ailleurs. Il est dans la manière de faire.
Le « Deal » rompu : un contrat moral pourtant limpide
Pendant des années, le message du Québec était d’une clarté cristalline. C’était un discours limpide adressé à des milliers de travailleurs et de diplômés étrangers pleins d’espoir. Le marché était simple : venez chez nous, travaillez fort, apprenez notre langue — le français, c’est capital —, intégrez-vous à notre culture, contribuez à notre économie… et en échange, vous aurez une voie claire, balisée, vers la résidence permanente. C’était ça, le « Deal ».
C’était un contrat moral. Simple. Direct. Assumé. Ces gens ont répondu à l’appel. Pourquoi ? Parce qu’ils se disaient, naïvement peut-être, qu’un gouvernement a une parole et qu’il allait la tenir. Ils ne se sont pas contentés de venir faire du tourisme. Ils ont travaillé dur pendant deux ans. Ils parlent français, parfois avec un charmant accent, mais ils le parlent. Ils se sont enracinés dans nos quartiers, nos régions. Ils ont fondé des familles ici, inscrit leurs enfants à l’école et ont investi tout leur avenir chez nous. Bref, ils ont rempli toutes les cases, coché toutes les conditions. C’était des infirmières, des mécaniciens, des éducatrices, des travailleurs essentiels dont nous avons tant besoin.
Le choc du 5 juin 2025 : la porte se referme
Et puis, le couperet est tombé. Quand est venu le moment fatidique de déposer leur dossier, le 5 juin 2025, on leur a claqué la porte au nez. On a fermé l’accès. Imaginez la stupeur. On ne parle pas d’un petit retard administratif, non. Cinq mois plus tard, le coup de grâce : on leur annonçait que cette porte ne rouvrirait jamais. Jamais.
À la place ? On leur proposait une vague fenêtre potentielle, le PSTQ, mais sans aucune garantie. Oups. Pardon pour le dérangement. Imaginez un instant leur situation, la détresse dans leurs cuisines le soir venu. Tout a été fait selon les règles de l’art. Tout a été respecté à la lettre. Et soudain, sans crier gare, on leur dit : « désolé, la promesse n’existe plus ». Allez voir ailleurs si vous y êtes. Entrez dans une nouvelle loterie. Croisez les doigts et espérez un miracle.
Ce sont des gens qui ont tenu leur part du marché. Le Québec, lui, je suis triste de le dire, ne l’a pas fait.
Une question d’honneur et de cohérence
Il ne faut pas se méprendre sur mon propos. On ne parle pas ici d’ouvrir les vannes sans discernement ni de laisser entrer tout le monde. On parle d’un geste minimal, presque hygiénique, de cohérence et d’honnêteté. Il s’agirait simplement de permettre, de manière exceptionnelle, à ceux qui remplissaient déjà tous les critères en juin 2025 de déposer leur demande. Juste eux.
Ce ne serait pas un privilège indu. Ce serait une réparation. Une simple justice. Car au-delà des programmes administratifs complexes et de la soupe aux acronymes, c’est la crédibilité du Québec qui est en jeu sur la scène internationale. Et, qu’on le veuille ou non, un État qui rompt sa parole de cette façon finit toujours, tôt ou tard, par en payer le prix. La confiance, ça se gagne en gouttes, mais ça se perd en litres.
Selon la source : journaldemontreal.com
Créé par des humains, assisté par IA.