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Au-delà du Loup : À quoi ressemblaient vraiment nos chiens à l’aube de la préhistoire ?
Crédit: lanature.ca (image IA)

Des origines sauvages à l’ami domestiqué : une lente métamorphose

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C’est une histoire fascinante, n’est-ce pas ? Celle de regarder un minuscule Chihuahua ou un immense Saint-Bernard et de se dire que tout ça, absolument tout ça, vient d’un seul et unique ancêtre : le loup gris. Quand on y pense, la variété actuelle est vertigineuse. On passe du lévrier barzoï avec son crâne étiré à l’extrême, aux molosses massifs. Pourtant, il faut garder à l’esprit que cette explosion de formes est, à l’échelle de l’histoire, un battement de cils. Elle résulte quasi exclusivement d’une sélection intensive opérée par l’homme sur les 200 dernières années, aboutissant aux 355 races que la Fédération cynologique internationale reconnaît aujourd’hui.

Mais alors, avant cette frénésie de sélection moderne, à quoi ressemblaient-ils ? C’est la question centrale d’un article captivant publié dans les Proceedings of the Royal Society B. Pour la première fois, des recherches montrent que même à la préhistoire, bien avant nos concours canins, il existait déjà une diversité surprenante de tailles et de formes. Tout a commencé il y a au moins 15 000 ans, quelque part au paléolithique supérieur, bien que les scientifiques s’écharpent encore un peu sur le lieu et la date exacte. Le scénario est probablement celui-ci : des loups d’une lignée aujourd’hui éteinte, moins agressifs et peut-être un peu plus opportunistes que les autres, se sont rapprochés des campements humains.

Pourquoi ? Pour les restes de nourriture, tout simplement. Une alliance s’est formée : les humains profitaient d’une aide à la chasse ou d’une alarme vivante contre les prédateurs, et en échange, ces loups apprivoisés survivaient mieux. En faisant se reproduire les plus dociles, la domestication s’est enclenchée. Ce processus a entraîné des changements physiques involontaires mais radicaux, souvent appelés le « syndrome de domestication » : pelage qui change de couleur, taille qui réduit, museau qui raccourcit (donnant un air juvénile), et même des anomalies dentaires par manque de place. Une étude célèbre menée en Sibérie depuis les années 1960 sur des renards a d’ailleurs confirmé cela : en sélectionnant uniquement les moins agressifs, on obtient des animaux moins stressés (moins de cortisol) avec des modifications physiques similaires à celles observées chez le chien, jusqu’à l’anatomie des muscles faciaux permettant le haussement de sourcils.

Les limites des anciennes études et le tournant du Néolithique

credit : lanature.ca (image IA)

L’histoire ne s’arrête pas là. Au Néolithique, en Eurasie occidentale, l’homme se pose. On devient sédentaire, on se met à l’agriculture. Ce changement de vie a forcément impacté nos compagnons à quatre pattes. On suppose que nos ancêtres ont commencé à sélectionner des chiens pour des tâches précises : défendre le village, chasser le gros gibier… Mais pour nous, aujourd’hui, reconstituer leur visage est un casse-tête. Jusqu’à présent, on naviguait un peu à vue. Quelques études éparses ont bien tenté des reconstructions faciales, comme cette équipe écossaise qui a travaillé sur un crâne de 4 500 ans trouvé à Cuween Hill, dans les Orcades.

Ils ont utilisé de l’argile et du silicone sur un squelette évoquant la taille d’un border collie, en lui collant une fourrure de loup gris européen. Une autre tentative a été faite sur un spécimen vieux de 7 600 ans. C’est visuellement impressionnant, certes, mais scientifiquement limité. Le problème, c’est que les restes osseux, surtout les crânes, sont rares et souvent en miettes. Les chercheurs devaient se contenter de petits échantillons, limités à une région précise, avec des méthodes de mesure parfois rudimentaires (hauteur au garrot estimée à la louche via les os longs). Bref, aucune vision globale et fiable de la variabilité des chiens européens n’existait vraiment.

C’est là que notre nouvelle étude change la donne. Nous avons analysé un échantillon massif : plus de 500 mâchoires inférieures (mandibules) de chiens européens. La période couverte est immense, allant de 11 100 à 5 000 ans avant notre ère, soit du mésolithique jusqu’à l’aube de l’âge du bronze. Pourquoi la mandibule ? C’est pragmatique : c’est l’os le mieux conservé et le plus fréquent. Et surtout, il en dit long sur la forme de la tête et la puissance des muscles masticateurs.

Une diversité inattendue : ni Chihuahuas, ni géants

credit : lanature.ca (image IA)

Alors, qu’avons-nous trouvé en scannant ces os en 3D et en les comparant à une centaine de chiens modernes, de loups et de dingos ? Eh bien, surprise : il y a des milliers d’années, la diversité était déjà là. Les chiens préhistoriques n’étaient pas des clones. Certains avaient la taille de nos chiens moyens actuels, type Husky ou Golden Retriever. D’autres étaient bien plus petits, comparables à des Beagles, voire à des petits formats comme le Loulou de Poméranie (Spitz nain) ou le Teckel.

Cependant, il y a des limites. Dans notre échantillon, tous avaient des mâchoires nettement plus petites que les loups. Et surtout, nous n’avons trouvé aucun extrême. Pas de géants comme les Rottweilers ou les grands lévriers Barzoïs, et pas de miniatures fragiles comme le Yorkshire ou le Chihuahua. Les formes « bizarres » ou très modifiées que l’on connaît aujourd’hui (le nez écrasé du Bouledogue français, par exemple) étaient absentes. La majorité des toutous de l’époque avaient une conformation « moyenne », assez standard.

Mais attendez, c’est ici que ça devient vraiment intrigant. Si on s’attendait à une variabilité moindre que de nos jours, nous avons découvert quelque chose de troublant. Une partie de la variabilité des formes préhistoriques n’a aucun équivalent moderne. Même en comparant avec des chiens errants actuels (qui n’ont pas de race précise), ces formes anciennes restent uniques. On a beau chercher, elles ne collent ni aux loups, ni aux chiens d’aujourd’hui. Cela suggère, et c’est un peu mélancolique quand on y pense, que certaines lignées ou types morphologiques de chiens ont tout simplement disparu de la surface de la terre au fil des millénaires.

Mâchoires d’acier et adaptations disparues

Au-delà de la taille, l’anatomie raconte une histoire de survie. Les chiens préhistoriques européens possédaient des traits distinctifs qui permettent de les identifier à coup sûr. Leurs mâchoires étaient particulièrement robustes et arquées. Cela indique une utilisation intensive du muscle temporal. Pourquoi une telle puissance ? L’hypothèse la plus probable est alimentaire : ils ne mangeaient pas de croquettes tendres, mais des aliments durs, difficiles à mastiquer, des os, des restes coriaces. Ou peut-être que cette mâchoire servait à agripper le grand gibier ou à défendre les campements avec férocité.

Nous avons aussi noté une plus grande « flexibilité » dans la structure de leur mandibule. Chez nos chiens modernes, la forme de l’avant de la mâchoire est très liée à l’arrière, c’est rigide en termes de développement. Chez leurs ancêtres, c’était plus découplé, ce qui leur aurait permis de s’adapter plus vite à des changements de régime alimentaire brutaux. Une sorte de plasticité évolutive que nous avons peut-être perdue.

En conclusion, cette étude menée par Colline Brassard, Anthony Herrel et Stéphanie Bréhard du Muséum national d’histoire naturelle, ne cherchait pas à tout expliquer, mais à poser un cadre. Nous savons désormais que nos alliés canins de la préhistoire étaient diversifiés, fonctionnels et parfois uniques dans leur forme. Il reste maintenant à comprendre comment les différentes cultures humaines et les géographies ont sculpté, siècle après siècle, le corps de celui qui allait devenir le meilleur ami de l’homme.

Selon la source : lepoint.fr

Créé par des humains, assisté par IA.

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