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Mystère en Iran : pourquoi ces deux fœtus d’il y a 6500 ans ont-ils été traités si différemment ?
Crédit: Alirezazadeh and Bahranipoor 2026

Une découverte rare dans une cuisine préhistorique

credit : lanature.ca (image IA)

C’est une fenêtre troublante ouverte sur l’intimité de nos ancêtres. Imaginez la scène : nous sommes au milieu du 5e millénaire avant notre ère, sur le plateau iranien. Récemment, les docteurs Mahdi Alirezazadeh et Hanan Bahranipoor ont mené une étude fascinante, publiée dans la revue Archaeological Research in Asia. Ils se sont penchés sur deux sépultures fœtales exceptionnellement bien conservées trouvées sur le site de Chaparabad.

Pourquoi est-ce si important ? Parce que retrouver des fœtus de cette époque est rarissime. Leurs ossements fragiles résistent mal au temps. Pourtant, cette pratique est documentée du Néolithique au Chalcolithique, à travers le Croissant fertile et le plateau central iranien. Mais ici, la conservation est unique, notamment pour la sépulture baptisée L522.1, l’une des plus complètes jamais trouvées dans la région.

Lors des fouilles menées entre 2021 et 2023, sur une zone d’environ 310 mètres carrés, les archéologues ont mis au jour ces deux corps, L522.1 et L815.1. Le premier reposait dans la structure D, interprétée comme une cuisine. Le second, L815.1, se trouvait dans ce qui ressemble à un espace de stockage. Le détail qui tue ? Ils ont été enterrés dans des vases en céramique de la culture Dalma (début du 5e millénaire av. J.-C.).

Comme l’explique le Dr Alirezazadeh, ces vases n’étaient pas faits pour ça au départ : « Les vases funéraires semblent avoir été utilisés auparavant pour des activités domestiques quotidiennes. » Celui du bébé de la cuisine est une céramique à engobe rouge (« Red Slip Ware »), un classique de la tradition Dalma. Les traces de fumée à l’extérieur prouvent même qu’il a servi à cuire des aliments avant de devenir une dernière demeure. En analysant les autres céramiques du site, mêlant les cultures Dalma et Pisdeli (fin du 5e millénaire), les chercheurs ont confirmé que ces inhumations ont eu lieu quand ces deux cultures cohabitaient, vers le milieu du 5e millénaire avant J.-C.

Ce que les ossements nous révèlent (et ce qu’ils excluent)

L’état de conservation est stupéfiant, surtout pour le sujet L522.1 dont environ 90 % des os sont préservés. Cela a permis une analyse pointue, à la fois quantitative et qualitative. Concrètement, quel âge avaient-ils ? En étudiant la fusion des os et la longueur des os longs, les chercheurs estiment que ces fœtus sont décédés entre 36 et 38 semaines de gestation.

Une question se pose souvent dans ces cas-là : y a-t-il eu violence ? L’examen est formel, aucun signe de traumatisme n’a été relevé. Une petite exception toutefois : une fracture sur l’os pariétal droit (une partie du crâne) du sujet L522.1. Mais pas de panique, ce n’est pas une blessure ante mortem. Vu la position du crâne, placé tout près du bord du vase, les scientifiques ont conclu que c’est simplement la pression de la terre, pendant ou après l’enfouissement, qui a causé cette fissure au niveau de l’ouverture du récipient.

Deux voisins, deux destins : l’énigme des offrandes

C’est ici que l’histoire devient vraiment intrigante. Ces deux fœtus avaient le même âge gestationnel. Ils ont été enterrés à quelques mètres l’un de l’autre (moins de trois mètres, pour être précis). Et pourtant ? Leurs funérailles n’ont rien à voir.

Le petit L522.1, celui de la cuisine, a reçu des honneurs particuliers. Il était accompagné d’offrandes funéraires (« grave goods ») : des restes d’ovicaprés (mouton ou chèvre) placés à l’intérieur du vase près du bord, et même en dessous. Une pierre travaillée a aussi été trouvée tout près. À l’inverse, son voisin L815.1, dans l’espace de stockage, est parti sans rien. Aucun objet, aucune offrande.

Pour le Dr Alirezazadeh, cela reflète une tendance plus large de l’époque. « La variabilité des pratiques funéraires pour les nourrissons est bien documentée durant les périodes Dalma et Pisdeli », précise-t-il. Certains partaient avec des objets, d’autres non. Ailleurs dans la région, c’est le même constat hétéroclite : à Chagar Bazar en Syrie, on utilisait des bols de sevrage ou des pots miniatures ; à Tell as-Sawwan, les vases étaient scellés par des bols retournés. À Girdi Sheytan, un fœtus avait des perles en pierre, alors qu’à Ovçular Tepesi, on a trouvé trois haches en cuivre ! À l’opposé, à Yarim Tepe, près de Dalma, aucune des 14 sépultures fœtales ne contenait d’objets.

Cette différence de traitement à Chaparabad, sur une si petite distance, permet d’éliminer certaines hypothèses. Comme le note le Dr Alirezazadeh : « Cette proximité spatiale et temporelle nous permet d’exclure des explications basées sur des différences culturelles plus larges ou des différences de rang familial. »

Le fin mot de l’histoire ?

credit : lanature.ca (image IA)

Alors, pourquoi cette différence ? Le chercheur reste humble : « Nous devons souligner que nous ne vivions pas au sein de ces communautés. » Impossible donc d’affirmer avec certitude pourquoi un enfant a eu droit à des offrandes et l’autre non. Les interprétations actuelles se limitent aux données disponibles.

Pour percer ce mystère, il faudra attendre la suite. Des recherches futures, incluant des analyses ADN et des isotopes stables (en cours), pourraient nous donner des indices supplémentaires. Ce que l’on retient pour l’instant, c’est la complexité insoupçonnée des pratiques funéraires préhistoriques et l’importance culturelle accordée, déjà à l’époque, à ces vies qui n’avaient pas encore vraiment commencé.

Selon la source : phys.org

Créé par des humains, assisté par IA.

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