Aller au contenu
Un groupe néolithique a devancé les Romains de 8 000 ans dans la fabrication du plâtre
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une avance technologique de 8 000 ans sur les Romains

credit : lanature.ca (image IA)

Dans l’imaginaire collectif, les Romains sont souvent célébrés comme les précurseurs de nombreuses avancées architecturales. Pourtant, une découverte récente vient bousculer cette hiérarchie historique. En réalité, nous accordons sans doute un peu trop de crédit à l’Empire romain en ce qui concerne l’invention du plâtre à base de dolomite. Ce matériau, réputé pour sa solidité et sa résistance à l’eau, a été maîtrisé bien avant les bâtisseurs de l’Antiquité classique.

Les véritables pionniers de cette technologie complexe étaient les habitants de Motza, une localité située dans l’actuel Israël. Selon une étude publiée dans le Journal of Archaeological Science, ces artisans du Néolithique pré-poterie possédaient déjà le savoir-faire technique nécessaire pour transformer la dolomite environ 8 000 ans avant les Romains. Cette avancée majeure démontre une compréhension scientifique de la matière bien plus précoce que ce que les historiens supposaient jusqu’à présent.

Les fours jumeaux de Motza : une preuve de savoir-faire

credit : lanature.ca (image IA)

La mise au jour de ce secret industriel du passé ne doit rien au hasard. Des fouilles archéologiques préventives ont été menées sur le site de Motza, situé à environ cinq kilomètres de Jérusalem, dans le cadre d’un projet d’extension d’autoroute. C’est durant ces travaux que les archéologues ont découvert plus de 100 sols plâtrés au sein de structures anciennes datant d’environ 7 000 avant notre ère. Ces vestiges constituent les premiers indices de l’expertise exceptionnelle des populations néolithiques locales.

L’équipe dirigée par l’Autorité des Antiquités d’Israël a également fait une découverte capitale sur le terrain : deux fours positionnés côte à côte. L’analyse a révélé que l’un était exclusivement réservé à la cuisson du calcaire, tandis que l’autre servait uniquement à la dolomite. Cette séparation physique prouve que les habitants de Motza comprenaient, dès cette époque reculée, que ces deux pierres nécessitaient des méthodes de transformation distinctes pour devenir du plâtre.

La science complexe derrière la pierre dolomitique

credit : lanature.ca (image IA)

Pourquoi la maîtrise de la dolomite est-elle si révélatrice ? Généralement, le plâtre est issu de la calcite présente dans le calcaire. La dolomite est une option bien plus robuste, mais son traitement est loin d’être simple. Sa transformation exige une expertise de haut niveau à chaque étape de la préparation. Alors que le calcaire est essentiellement composé de carbonate de calcium, la dolomite contient à la fois du carbonate de calcium et du carbonate de magnésium, ce qui modifie radicalement les réactions chimiques lors de la chauffe.

Le plâtre de dolomite est considéré comme le plus complexe à produire des deux types. Il nécessite une cuisson à une température plus basse et un apport en eau calculé avec une précision extrême. Si ces paramètres sont respectés, on obtient un matériau plus résistant et imperméable. La rareté du plâtre de dolomite de haute qualité dans les archives archéologiques s’explique justement par cette grande difficulté de production, que les bâtisseurs de Motza semblaient pourtant parfaitement gérer.

Ingéniosité locale et finitions artistiques

credit : lanature.ca (image IA)

Dans leur publication, les chercheurs expliquent que si les résidents de Motza utilisaient une recette standard pour leur plâtre, ils ont aussi appris à « intelligemment utiliser les matériaux locaux » au fil du temps. Ils ont notamment employé la dolomite à la fois comme agrégat et comme liant, et ce, « malgré les difficultés techniques ». Cette ingéniosité se reflétait directement dans la structure même des habitations de l’époque.

Les analyses montrent que le plâtre de dolomite était principalement utilisé comme une couche de base épaisse pour les revêtements de sol. Pour la finition, les artisans appliquaient par-dessus une couche de plâtre calcitique plus lisse, servant de support artistique. Certains de ces sols présentent d’ailleurs encore des traces de pigments rouges, témoignant d’une volonté esthétique associée à la solidité structurelle. Cette superposition de matériaux démontre une planification rigoureuse du chantier de construction.

Le miracle chimique des cristaux recristallisés

credit : lanature.ca (image IA)

Pour percer les mystères de ces sols millénaires, les scientifiques ont utilisé une batterie de tests analytiques de pointe. Le protocole incluait la spectroscopie infrarouge, la diffraction des rayons X, la thermogravimétrie, ainsi que la microscopie électronique à balayage et la microscopie optique. Ces outils ont permis d’étudier les restes de plâtre et de fours avec une précision microscopique, menant à une observation rarissime dans le monde de l’archéologie.

Les chercheurs ont conclu que les artisans néolithiques étaient si doués que de minuscules cristaux de dolomite se sont reformés après la création du plâtre. Les auteurs notent : « Ils ont peut-être réussi à fabriquer du plâtre de dolomite où la dolomite est entièrement recristallisée avec la calcite ». Ce phénomène chimique est exceptionnel car il représente « quelque chose qui, à notre connaissance, n’a été observé nulle part ailleurs ». Cette découverte redéfinit notre vision des capacités techniques des sociétés anciennes, bien avant l’avènement des grandes civilisations de l’Antiquité.

Selon la source : popularmechanics.com

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!
Plus de contenu