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Les grenouilles de Tchernobyl deviennent plus sombres sous nos yeux
Crédit: lanature.ca (image IA)

Un laboratoire à ciel ouvert né d’une catastrophe

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On se souvient tous de la date. Le 26 avril 1986, le réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl entrait en fusion. Une catastrophe absolue, causant des centaines de milliards de dollars de dégâts, contaminant l’environnement pour des siècles et provoquant, très probablement, la mort de milliers de personnes. Ce statut de désastre historique ? Indiscutable. Mais ce qu’on sait moins, c’est ce qui s’est passé ensuite.

Au fil des mois, des années et maintenant des décennies, la zone d’exclusion de Tchernobyl (la fameuse CEZ) s’est transformée en quelque chose d’inattendu : un véritable « laboratoire vivant ». Les scientifiques s’y pressent pour comprendre comment la vie s’adapte à une exposition prolongée aux radiations.

Et croyez-moi, ils n’ont pas chômé. Les chercheurs ont tout passé au crible : le taux de mutation des nématodes (des petits vers), la taille des populations d’oiseaux, la croissance des pins sylvestres, la résistance des champignons aux radiations, ou encore les fibroblastes de campagnols. Ils se sont même penchés sur les changements subtils, parfois déroutants, observés chez les chiens sauvages de la zone. Mais le changement physique le plus spectaculaire concerne un petit amphibien bien précis : la rainette orientale, ou Hyla orientalis pour les intimes.

L’évolution en accéléré : plus c’est foncé, plus ça résiste

credit : lanature.ca (image IA)

Alors, qu’est-ce qu’elle a de spécial, cette grenouille ? C’est simple : elle change de couleur. À l’intérieur de la zone d’exclusion, ces rainettes présentent une peau beaucoup plus foncée que leurs cousines de la même espèce vivant à l’extérieur. Une étude menée en 2022 a mis le doigt sur la cause : une production accrue de mélanine. C’est ce pigment qui fonce la peau, et il s’avère qu’il absorbe et dissipe les dommages liés aux radiations.

C’est de la sélection naturelle pure et dure, mais en version accélérée. Comme l’expliquaient deux auteurs de l’étude de 2022 dans The Conversation, « les grenouilles foncées auraient mieux survécu aux radiations et se seraient reproduites avec plus de succès ». Plus de dix générations de grenouilles se sont succédé depuis l’accident. Résultat ? Ce type foncé est devenu dominant dans la zone.

Mais attention, Tchernobyl n’est pas le seul endroit où la nature nous donne une leçon de résilience face à la radioactivité. Une nouvelle revue d’études, publiée dans la revue Dose-Response, a décidé de comparer ces grenouilles mutantes à un autre sujet d’étude fascinant : l’être humain.

De l’Iran au Brésil : quand l’humain s’adapte aussi

credit : lanature.ca (image IA)

Il existe sur Terre des endroits où le niveau de radiation naturelle est incroyablement élevé. Prenez Ramsar, en Iran. À cause de la géologie locale et de l’hydrogéologie, certains coins de cette ville exposent leurs habitants à plus de 260 mSv par an. Pour vous donner une idée, c’est plus de 10 fois la limite légale autorisée pour les travailleurs du nucléaire.

C’est là que ça devient étrange. Une étude de 2002 a testé les habitants de Ramsar. On s’attendait au pire, non ? Eh bien, les scientifiques ont trouvé moins d’aberrations chromosomiques chez eux que dans les populations témoins. Mieux encore : leurs cellules montraient une activité de réparation de l’ADN accrue. On a observé des adaptations similaires dans d’autres zones à forte radiation naturelle, comme au Kerala, dans le sud-ouest de l’Inde, ou à Guarapari, au Brésil.

Les auteurs de la nouvelle revue font un parallèle saisissant : « Le lien entre les résidents de Ramsar et les grenouilles de Tchernobyl souligne les diverses stratégies que les organismes emploient pour s’adapter ». Chez les humains de Ramsar, l’adaptation est interne, cellulaire, invisible. Chez les grenouilles de Tchernobyl, le changement est externe et visible. Mais le principe reste le même : c’est l’évolution adaptative en marche pour survivre au stress environnemental.

Une leçon de vie pour l’avenir

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Que l’exposition soit brutale et récente comme à Tchernobyl, ou naturelle et millénaire comme à Ramsar, le constat est le même. Ces recherches révèlent une « résilience sous-jacente inhérente à la vie elle-même », notent les auteurs.

Pourquoi est-ce important pour nous, aujourd’hui ? Parce qu’en creusant ce mystère de la résilience, les scientifiques espèrent débloquer des avancées majeures. Cela pourrait nous aider à améliorer la radiobiologie, bien sûr, mais aussi la médecine spatiale. Car si nous voulons un jour voyager loin dans l’espace, il faudra bien apprendre à nos corps, comme ces grenouilles et ces habitants de Ramsar, à vivre avec les radiations.

Selon la source : popularmechanics.com

Créé par des humains, assisté par IA.

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