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La pollution plastique favorise des conditions hydriques dangereuses, selon une nouvelle étude
Crédit: Scott Morton, Shurin Lab, UC San Diego

Quand les algues prennent le pouvoir

Vous avez sûrement déjà entendu parler de ces « marées rouges », ces concentrations d’algues toxiques qui transforment nos littoraux en zones interdites. Le phénomène est mondial et parfois dramatique. Prenez le sud de l’Australie, par exemple : la région subit actuellement une prolifération d’algues toxiques qui s’étire sur des milliers de kilomètres. Cela dure depuis neuf mois et a déjà causé la mort de milliers d’animaux marins.

Ces efflorescences algales nuisibles (ou HAB, pour les intimes) libèrent des toxines si dangereuses que les municipalités n’ont souvent pas d’autre choix que de fermer plages et lacs pour protéger la santé publique. Jusqu’ici, on pointait systématiquement le même coupable : l’excès de nutriments rejetés par les terres. En gros, les engrais agricoles et les eaux usées qui finissent dans l’eau et nourrissent ces algues. C’est ce qu’on appelle un effet « ascendant ». Mais une nouvelle étude menée par l’Université de Californie à San Diego vient bousculer nos certitudes. Et si la pollution plastique jouait un rôle bien plus pervers qu’on ne le pensait ?

Le plastique, ce prédateur silencieux

On sait que le plastique est partout. Des abysses les plus profonds jusqu’à la banquise arctique, il ne laisse aucun répit à la planète. Plus inquiétant encore, des microplastiques dégradés ont été retrouvés dans le sang humain et des organes vitaux comme le cerveau ou les poumons. Mais quel est son impact réel sur la vie aquatique ? C’est la question que s’est posée Jonathan Shurin, professeur de sciences biologiques et auteur principal de l’étude publiée dans Communications Sustainability.

« Nous voyons tout ce plastique, mais comment modifie-t-il les populations d’algues, de bactéries, d’oiseaux marins ou de poissons ? On ne le sait pas vraiment », admet-il. Pour y voir plus clair, son équipe, associée au département de chimie, a mené une expérience de trois mois. Ils ont comparé les effets du plastique traditionnel à base de pétrole (polyuréthane) et de nouveaux plastiques biodégradables, développés notamment par l’entreprise universitaire Algenesis.

Ils ont utilisé 30 écosystèmes d’étangs expérimentaux. Sophia Albee et Grant Gustin, deux étudiants bénévoles, ont passé leur temps à relever des données sur la qualité de l’eau à l’aide de sondes. Et les résultats sont surprenants : le plastique fossile ne se contente pas de polluer, il modifie toute la chaîne alimentaire.

L’effet domino : quand les nettoyeurs disparaissent

credit : Scott Morton, Shurin Lab, UC San Diego

C’est ici que ça devient technique, mais fascinant. Dans les bassins contenant du plastique à base de pétrole, les chercheurs ont observé un effondrement immédiat des populations de zooplancton. Ce sont ces minuscules animaux aquatiques qui, d’ordinaire, mangent les algues. S’il n’y a plus de zooplancton pour « tondre la pelouse », les algues prolifèrent à toute vitesse. C’est ce que les scientifiques appellent un effet « descendant ».

Scott Morton, l’étudiant diplômé qui a signé l’étude en premier auteur, résume la situation simplement : « Le plastique pétrolier semblait avoir un fort effet négatif sur le zooplancton. Ils mouraient ou arrêtaient de se reproduire très vite. Moins de zooplancton pour manger toutes ces algues, cela signifie qu’il en reste plus dans le système, ce qui conduit aux efflorescences que nous avons vues. »

À l’inverse, les bassins testés avec des plastiques d’origine biologique ont montré un impact beaucoup plus faible sur l’écosystème. L’équipe a aussi noté l’apparition de communautés bactériennes distinctes en présence de plastique, même si la cause exacte reste encore à éclaircir. La conclusion est toutefois claire : les microplastiques, surtout ceux dérivés du pétrole, peuvent déstabiliser la structure microbienne et favoriser ces fameuses marées rouges.

Vers une économie du biodégradable ?

Face à ce constat, est-on condamnés à voir nos eaux devenir vertes et toxiques ? Pas forcément. Les auteurs de l’étude soulignent que le passage à une économie de plastiques biodégradables pourrait grandement limiter les dégâts. C’est d’ailleurs le combat du professeur Michael Burkart, co-auteur de l’étude.

Depuis dix ans, son groupe développe des plastiques biosourcés conçus pour se dégrader dans la nature. On les retrouve déjà dans des produits de consommation comme des planches de surf, des tongs ou des coques de téléphone. « Il est essentiel pour nous de comprendre comment ces nouveaux matériaux se comparent aux plastiques pétroliers traditionnels lorsqu’ils sont rejetés dans l’environnement », explique Michael Burkart. Son objectif ? Minimiser les risques écologiques et sanitaires de ces matériaux devenus omniprésents.

Les recherches ne s’arrêtent pas là. L’équipe teste désormais des « plastiques vivants », remplis de spores bactériennes capables de décomposer le matériau une fois qu’il arrive en fin de vie. Une lueur d’espoir pour nos océans.

Selon la source : phys.org

Créé par des humains, assisté par IA.

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