Les mythiques Portes de l’Enfer du Turkménistan s’éteignent lentement : le paradoxe d’un déclin
Auteur: Mathieu Gagnon
Un brasier d’un demi-siècle dans le Karakoum

Le désert du Karakoum abrite un phénomène qui fascine autant qu’il intrigue. Depuis les années 1970, une fosse incandescente brûle sans interruption, alimentée par des fuites de gaz méthane émanant directement des profondeurs de la Terre.
Les responsables politiques et les défenseurs de l’environnement expriment depuis des décennies le souhait de voir ces flammes s’éteindre définitivement. Une baisse récente de l’intensité du feu a été observée par les spécialistes du site.
Cette diminution de l’activité du cratère pourrait sembler être une victoire écologique évidente. La réalité scientifique de ce déclin révèle une situation bien plus complexe, où l’extinction des flammes n’est peut-être pas la meilleure issue.
Les origines d’un accident industriel monumental

Le site, officiellement connu sous le nom de cratère gazeux de Darvaza, est plus célèbre sous son surnom de Portes de l’Enfer. Les récits concernant sa formation divergent, mais la version la plus communément admise remonte à l’année 1971, lorsque des ingénieurs soviétiques, en quête de pétrole, ont accidentellement foré dans une immense poche de gaz naturel.
Afin d’empêcher la propagation de vapeurs toxiques dans l’atmosphère environnante, les Soviétiques ont pris la décision d’enflammer le gaz, espérant qu’il se consumerait rapidement. Cette initiative s’est soldée par une erreur de calcul colossale provoquant l’effondrement du sol et la création d’un cratère mesurant 70,1 mètres (230 pieds) de largeur et 20,1 mètres (66 pieds) de profondeur.
Cinq décennies plus tard, le gouffre attire les voyageurs du monde entier. Ce lieu demeure pourtant d’un accès complexe, nécessitant une invitation formelle pour pénétrer sur le territoire du Turkménistan. L’endroit a même servi de toile de fond à une campagne promotionnelle orchestrée par un président turkmène.
La confirmation officielle d’un essoufflement
Au cours des dernières années, divers observateurs ont commencé à noter un changement visible dans la dynamique du cratère, les brasiers perdant progressivement de leur superbe. Cette observation a pris une tournure officielle sur la scène mondiale peu de temps après.
En 2025, lors d’une conférence internationale, le Turkménistan a publiquement déclaré que les incendies du cratère gazeux de Darvaza faiblissaient et devenaient moins visibles. Irina Luryeva, directrice de l’entreprise énergétique d’État Turkmengaz, a précisé lors de cet événement : « La réduction [des incendies] est de près du triple ».
Cette altération a été corroborée par des données satellitaires indépendantes. Ces informations proviennent de Capterio, une entreprise britannique spécialisée dans le développement de projets et le conseil en matière de réduction du brûlage des gaz à la torche dans les industries pétrolières et gazières.
Les causes du déclin en question

Le gouvernement du Turkménistan avance une explication technique pour justifier cette baisse d’intensité. Les autorités affirment que deux puits ont été forés à proximité du cratère en 2024 dans le but d’extraire le gaz naturel directement depuis la poche souterraine.
La société Capterio propose une lecture différente des événements. Selon les informations rapportées par le New York Times, l’entreprise de surveillance estime que les flammes avaient commencé à s’estomper bien avant la création de ces nouveaux puits d’extraction.
Cette divergence d’analyses soulève des interrogations sur la véritable nature du phénomène en cours. La question de savoir si des causes naturelles ont contribué à l’ensemble de ce processus reste aujourd’hui sans réponse définitive.
Le paradoxe climatique du méthane

Faut-il espérer une fermeture définitive de ces Portes de l’Enfer ? Le New York Times indique que, malgré l’affaiblissement actuel des flammes, une extinction complète dans un avenir proche demeure improbable, le cratère continuant de produire une quantité astronomique de gaz chaque année.
L’organisation à but non lucratif Carbon Mapper a fourni des données précises à ce sujet. Entre 2022 et 2025, le cratère a émis en moyenne environ 1 300 kilogrammes de méthane par heure, un chiffre qui a grimpé à 1 960 kilogrammes par heure en octobre 2025. Bien que ce volume soit inférieur au gaz libéré par certains grands champs pétroliers et gaziers, il représente une source significative de pollution.
Le véritable enjeu réside dans la nature même de la combustion. En brûlant, le méthane se transforme en dioxyde de carbone, ce qui le rend légèrement moins nocif pour l’environnement. Le méthane brut est environ 30 fois plus puissant que le dioxyde de carbone pour piéger la chaleur dans l’atmosphère. Si le CO2 est le principal moteur du changement climatique à long terme, le méthane est le deuxième gaz à effet de serre le plus abondant, représentant environ 11 % des émissions mondiales. Une disparition totale du feu libérerait ce méthane brut, suggérant que le maintien de ces flammes n’est finalement peut-être pas une mauvaise chose.
Selon la source : iflscience.com