Une vaste analyse montre que les statines ne provoquent pas la majorité des effets secondaires mentionnés dans les notices
Auteur: Mathieu Gagnon
Une peur souvent injustifiée face à la notice

Vous avez sûrement déjà vécu ce moment d’hésitation. Vous ouvrez votre boîte de médicaments, vous dépliez l’interminable notice, et là, c’est la douche froide. Perte de mémoire, dépression, troubles du sommeil, dysfonction érectile… La liste des effets indésirables potentiels donne le vertige. Pourtant, une nouvelle analyse majeure vient bousculer nos certitudes : la grande majorité de ces symptômes ne seraient pas causés par le traitement lui-même.
C’est la conclusion frappante de l’étude la plus complète jamais réalisée sur le sujet, menée par les chercheurs d’Oxford Population Health et publiée dans la prestigieuse revue The Lancet. Quand on sait que les maladies cardiovasculaires causent environ 20 millions de décès par an dans le monde — et près d’un quart de tous les décès au Royaume-Uni — l’enjeu est colossal. Les statines, ces médicaments très efficaces pour abaisser le « mauvais » cholestérol (LDL) et prévenir les risques cardiaques, souffrent d’une mauvaise réputation qui pourrait bien être infondée.
Plus de 150 000 patients passés au crible
Pour en avoir le cœur net, les chercheurs n’ont pas fait les choses à moitié. Ils ont compilé les données de la Cholesterol Treatment Trialists’ Collaboration, regroupant 23 essais randomisés à grande échelle. Concrètement, cela représente une armée de patients : 123 940 participants répartis dans 19 essais cliniques comparant les statines à un placebo (un faux comprimé), et 30 724 autres participants dans quatre essais comparant un traitement intensif à un traitement plus léger.
La méthode est imparable. Tous ces essais étaient « en double aveugle », ce qui signifie que ni les patients ni les médecins ne savaient qui prenait le vrai médicament. Cela évite les biais psychologiques. Le suivi médian a duré près de cinq ans. Et le résultat ? Les chercheurs ont trouvé un nombre de signalements quasi identique chez les personnes sous statines et celles sous placebo pour la quasi-totalité des conditions listées dans les notices.
Prenons un exemple concret : les troubles cognitifs. Chaque année, 0,2 % des personnes sous statines ont signalé des problèmes de mémoire. Mais devinez quoi ? C’était exactement le même chiffre (0,2 %) chez ceux qui avalaient le comprimé de sucre (placebo). En clair : les gens peuvent ressentir ces problèmes pendant le traitement, mais il n’y a aucune preuve solide que le médicament en soit la cause.
Le tri entre les mythes et la réalité

Alors, que faut-il rayer de votre liste d’inquiétudes ? L’étude montre que la prise de statines n’a entraîné aucun excès significatif de perte de mémoire, de démence, de dépression, de troubles du sommeil, de dysfonction érectile, de prise de poids, de nausées, de fatigue ou même de maux de tête. Rien de tout cela.
Il y a tout de même quelques bémols, mais ils sont minimes. Les chercheurs ont noté une petite augmentation du risque (environ 0,1 %) d’anomalies dans les tests sanguins du foie. Toutefois, cela ne s’est pas traduit par une hausse des maladies hépatiques graves comme l’hépatite ou l’insuffisance hépatique. Des travaux précédents de la même équipe avaient déjà établi que la plupart des douleurs musculaires ne sont pas liées aux statines (seulement 1 % des gens en souffrent réellement à cause du médicament la première année, sans excès par la suite). On note aussi une légère augmentation possible de la glycémie, ce qui peut accélérer l’apparition du diabète chez les personnes déjà à risque.
Pour Christina Reith, professeure associée à Oxford Population Health et autrice principale, le message est clair : « Les inquiétudes concernant la sécurité des statines ont dissuadé de nombreuses personnes à risque de handicap grave ou de mort par crise cardiaque ou AVC. Notre étude rassure : pour la plupart des gens, le risque d’effets secondaires est largement compensé par les bénéfices. »
Vers une réécriture des notices ?

Cette mise au point pourrait changer la façon dont nous lisons nos boîtes de médicaments. Le professeur Bryan Williams, directeur scientifique et médical de la British Heart Foundation, souligne l’importance de ces résultats pour contrer la désinformation. Selon lui, sur les 66 effets secondaires évalués, seuls quatre ont montré une association réelle avec les statines, et ce chez une très faible proportion de patients. « Reconnaître quels effets secondaires sont réellement associés aux statines est important, car cela aidera les médecins à décider quand utiliser des traitements alternatifs », précise-t-il.
Mais alors, pourquoi nos notices sont-elles si alarmistes ? Le professeur Sir Rory Collins, auteur principal de l’article, explique que les étiquettes actuelles se basent souvent sur des études non randomisées, sujettes à des biais. « Maintenant que nous savons que les statines ne causent pas la majorité des effets secondaires listés, l’information sur les statines nécessite une révision rapide », conclut-il. L’objectif : aider patients et médecins à prendre des décisions de santé enfin basées sur des faits, et non sur la peur.
Selon la source : medicalxpress.com
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