Un rendez-vous manqué en Californie

C’est une absence qui fait déjà couler beaucoup d’encre. Le président Donald Trump ne sera pas présent dans les tribunes du Levi’s Stadium de Santa Clara, en Californie, pour assister au Super Bowl LX. Ce dimanche 8 février, alors que les regards de l’Amérique seront tournés vers l’affrontement entre les New England Patriots et les Seattle Seahawks, le fauteuil présidentiel restera vide. Le coup d’envoi, prévu à 18h30 (heure de l’Est), marquera pourtant l’un des sommets télévisuels de l’année.
Cet événement dépasse largement le cadre purement sportif pour devenir un phénomène culturel majeur. Cette année, le spectacle s’annonce particulièrement chargé en symboles avec la présence de la superstar portoricaine Bad Bunny pour le show de la mi-temps, ainsi que du groupe Green Day pour la cérémonie d’ouverture. Ces choix artistiques ont transformé la rencontre en un véritable sujet de débat politique dans les semaines précédant le match.
La décision de Donald Trump de ne pas faire le déplacement rompt avec ses habitudes récentes. Durant son mandat, le président a fréquemment utilisé les grandes enceintes sportives comme des tribunes pour mesurer sa popularité et projeter son influence auprès du grand public. Son absence à Santa Clara soulève donc de nombreuses interrogations sur les motivations réelles de ce retrait.
La version officielle : distance et désaccord artistique

Interrogé par le New York Post, Donald Trump a fourni ses propres explications, mêlant contraintes logistiques et critiques culturelles. Le président a d’abord mis en avant la géographie, qualifiant le trajet jusqu’à la côte Ouest de rédhibitoire. « C’est tout simplement trop loin. J’irais bien. J’ai reçu de très bonnes mains pour le Super Bowl. Ils m’apprécient », a-t-il confié au journal, ajoutant qu’il aurait volontiers fait le déplacement si la distance avait été plus courte.
Mais l’argument logistique s’accompagne d’une attaque frontale contre la programmation musicale de l’événement. Le président n’a pas mâché ses mots concernant la sélection de Bad Bunny et de Green Day. « Je suis contre eux. Je pense que c’est un choix terrible. Tout ce que cela fait, c’est semer la haine. C’est terrible », a-t-il déclaré lors de la même interview.
Bien qu’il insiste sur le fait que les artistes ne sont pas l’unique raison de son boycott, ces commentaires soulignent une fracture culturelle évidente. En rejetant la responsabilité sur les organisateurs du spectacle, Donald Trump tente de justifier son absence par une position de principe, refusant de s’associer à des personnalités qu’il juge clivantes.
La crainte de l’image virale négative
Au-delà des déclarations publiques, d’autres sons de cloche émanent des coulisses du pouvoir. Selon des informations rapportées par The Independent, les conseillers du président auraient fortement déconseillé ce déplacement, redoutant un accueil hostile de la part du public californien. L’entourage de Donald Trump aurait « discrètement conclu » que le risque d’un incident d’image était trop élevé.
Les stratèges de la Maison-Blanche craignaient spécifiquement que le président ne soit la cible de huées bruyantes et agressives dès son apparition. Dans l’ère des réseaux sociaux, de telles images seraient devenues instantanément virales, dominant la couverture médiatique et éclipsant le message politique de l’administration. Les conseillers ont estimé qu’il y avait une « forte probabilité » pour que la réaction de la foule soit négative à « grande échelle ».
Cette prudence intervient dans un contexte national tendu. L’administration fait actuellement face à une vague de manifestations et de critiques concernant sa politique migratoire stricte, ainsi que des mesures controversées appliquées récemment dans plusieurs grandes villes américaines. Éviter le stade permettrait ainsi d’éviter une confrontation directe avec une opinion publique potentiellement frondeuse.
La Maison-Blanche contre-attaque

Face aux rumeurs évoquant la peur d’être hué, l’exécutif américain a réagi avec fermeté. La Maison-Blanche rejette catégoriquement l’idée que la décision du président soit dictée par la crainte d’une foule hostile. Les porte-paroles de l’administration s’efforcent de rectifier le tir en affirmant que Donald Trump jouit d’un soutien populaire inébranlable.
Davis Ingle, porte-parole de la présidence, a tenu à clarifier la situation : « Le président Trump travaille dur pour le peuple américain. S’il assistait au Super Bowl, il serait chaleureusement accueilli, car l’Amérique sait qu’il a fait plus pour aider ce pays que n’importe quel autre président dans l’histoire. » Cette déclaration vise à couper court aux spéculations sur une baisse de popularité.
L’objectif de cette communication est double : dissocier l’absence du président de tout sentiment de rejet populaire et réaffirmer son bilan. Cependant, les observateurs notent que cette mise au point survient à un moment où les divisions politiques, exacerbées par le choix des artistes du Super Bowl, sont particulièrement visibles dans le débat public.
Musique et politique : un cocktail explosif

La présence de Bad Bunny, de son vrai nom Benito Antonio Martínez Ocasio, cristallise les tensions autour de cette édition du Super Bowl. Premier artiste majoritairement hispanophone à être la tête d’affiche du spectacle de la mi-temps, le chanteur portoricain est aussi une voix qui porte sur les questions sociales. Il s’est souvent exprimé contre les injustices qu’il perçoit dans l’application des lois sur l’immigration.
Lors des Grammy Awards 2026, l’artiste avait marqué les esprits par une prise de parole directe : « La seule chose qui soit plus puissante que la haine, c’est l’amour. Alors, s’il vous plaît, nous devons être différents. Si nous nous battons, nous devons le faire avec amour. » Ces mots résonnaient alors comme une critique des pratiques de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE).
Pour certains groupes conservateurs et commentateurs, l’engagement de Bad Bunny et sa musique sont devenus trop politisés pour un événement de cette ampleur. Sa performance est attendue comme un moment culturel charnière, mais elle sert également de catalyseur aux critiques formulées par le président et ses soutiens, renforçant la polarisation autour de ce rendez-vous sportif.
Sécurité et ruptures de tradition
En marge des polémiques sur la présence présidentielle, la question de la sécurité et de l’immigration s’est invitée dans l’organisation logistique du match. Des rumeurs, alimentées par d’anciens commentaires de responsables, laissaient craindre une opération de contrôle de l’immigration durant l’événement. La NFL a dû intervenir pour rassurer le public et les participants.
Cathy Lanier, responsable de la sécurité de la ligue, a été formelle face aux journalistes : « Aucune opération de contrôle de l’immigration ou de l’ICE n’est prévue lors du Super Bowl ou de tout autre événement lié au Super Bowl. » Elle a précisé que si la sécurité sera assurée par une collaboration entre agences fédérales et locales, l’ICE ne fera pas partie du dispositif.
Cette absence de Donald Trump marque un contraste saisissant avec l’année précédente. En 2025, lors du Super Bowl LIX à la Nouvelle-Orléans, il était devenu le premier président en exercice à assister à la finale du championnat. Sa présence régulière aux courses NASCAR ou aux championnats universitaires avait habitué les Américains à le voir dans les stades, rendant ce siège vide à Santa Clara d’autant plus symbolique.
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