Un médicament courant contre le diabète associé à une “longévité exceptionnelle” chez les femmes
Auteur: Simon Kabbaj
Un double bénéfice potentiel pour la santé des femmes

La metformine est connue depuis longtemps pour son efficacité dans la gestion du diabète de type 2. Cependant, une étude publiée en 2025 suggère que ce médicament pourrait offrir bien plus qu’un simple contrôle glycémique. La molécule pourrait également augmenter les chances des femmes âgées d’atteindre l’âge vénérable de 90 ans. Ce phénomène serait dû à une variété d’effets anti-âge que le médicament semble provoquer dans l’organisme.
Cette découverte a été réalisée par une équipe de scientifiques basés aux États-Unis et en Allemagne. Pour parvenir à ces conclusions, ils ont exploité les données issues d’une étude américaine à long terme portant sur des femmes ménopausées. L’objectif était de comprendre si le traitement médicamenteux pouvait avoir une incidence directe sur la durée de vie, au-delà de la simple gestion de la pathologie diabétique.
Les chercheurs se sont penchés sur les dossiers de 438 personnes au total. La méthodologie comparative était stricte : la moitié de ces femmes prenait de la metformine pour traiter leur diabète, tandis que l’autre moitié recevait un autre médicament contre le diabète, la sulfonylurée. Cette comparaison a permis d’isoler les effets spécifiques de la metformine par rapport à un autre standard de soin.
Une réduction significative du risque de mortalité
prompt image: IMAGE_PROMPT: Photographie macro scientifique, plan très serré sur des dossiers médicaux et des graphiques statistiques posés sur un bureau en bois, lunettes de vue posées à côté, éclairage de bureau focalisé, profondeur de champ réduite.
Les résultats de l’analyse sont frappants, bien que les auteurs soulignent la présence de certaines réserves et nuances. Le groupe traité à la metformine a affiché un risque de mourir avant l’âge de 90 ans inférieur de 30 % par rapport au groupe traité par sulfonylurée. L’âge de 90 ans a été spécifiquement utilisé dans cette étude comme le marqueur de ce que les chercheurs qualifient de « longévité exceptionnelle ».
Dans leur article publié, les chercheurs expliquent le mécanisme supposé derrière ces chiffres : « La metformine a montré qu’elle cible de multiples voies du vieillissement et, par conséquent, a été postulée comme un médicament pouvant prolonger la longévité humaine ». Cette observation renforce l’idée que la molécule agit sur des processus biologiques fondamentaux.
La conclusion des auteurs est sans appel concernant la comparaison entre les deux traitements. Ils écrivent : « Nous avons découvert que l’initiation à la metformine augmentait la longévité exceptionnelle par rapport à l’initiation à la sulfonylurée chez les femmes atteintes de diabète de type 2 ». Ces déclarations positionnent la metformine comme un candidat sérieux dans la recherche sur le vieillissement.
La metformine : un gérothérapeutique en puissance ?

La metformine n’est pas une nouveauté ; elle est utilisée depuis des décennies. Elle est aujourd’hui considérée comme un « gérothérapeutique », c’est-à-dire un médicament capable de ralentir divers processus de vieillissement dans le corps. Les scientifiques ont par exemple démontré qu’elle pouvait limiter les dommages à l’ADN et favoriser une activité génétique associée à une longue vie.
Les recherches antérieures avaient déjà mis en lumière d’autres vertus de cette molécule. Il a été montré que la metformine peut freiner l’usure du cerveau et même réduire le risque de Covid long. Cependant, la communauté scientifique n’est pas encore certaine que le médicament prolonge réellement la durée de vie globale, en particulier chez les humains, ce qui constituait l’une des motivations principales de cette nouvelle étude.
Il est important de noter que ce travail de recherche ne peut pas prouver un lien de cause à effet avec la même certitude qu’un essai contrôlé randomisé (ECR). Les participantes n’ont pas été assignées au hasard à un traitement ; elles suivaient les conseils de leurs médecins. De plus, il n’y avait pas de groupe placebo ne recevant aucun traitement, et la taille globale de l’échantillon n’était pas particulièrement grande.
La force d’un suivi sur le long terme

Malgré ses limites méthodologiques, l’étude présente des atouts indéniables, notamment la durée de l’observation. La période de suivi moyenne s’est étendue sur 14 à 15 ans, une durée bien supérieure à celle que permettrait un essai contrôlé randomisé standard. Cette échelle temporelle est cruciale pour comprendre comment une intervention médicale peut impacter la durée de vie sur le long terme.
Les chercheurs insistent sur cette particularité méthodologique dans leur publication : « Un avantage clé de notre analyse était la longue période de suivi après l’initiation du traitement permise par l’examen d’une cohorte avec un suivi étendu du milieu de la vie jusqu’à 90 ans et plus, ce qui n’est pas réalisable dans les essais contrôlés randomisés typiques ».
Cette approche longitudinale permet d’observer des effets cumulatifs et des tendances de survie qui échapperaient à des études plus courtes. Elle offre une fenêtre unique sur l’évolution de la santé des patientes depuis leur âge mûr jusqu’à un âge très avancé.
Vers une nouvelle approche du vieillissement biologique

Les chercheurs suggèrent que des essais contrôlés randomisés pourraient être menés à l’avenir pour approfondir ces résultats. En attendant, alors que la population mondiale continue de vieillir, les études se multiplient pour trouver des moyens de nous garder en bonne santé plus longtemps et de réduire les dommages corporels liés à l’âge. Ces travaux ont été publiés dans le Journal of Gerontology: Medical Sciences.
Cette étude s’inscrit dans un cadre théorique plus large appelé la géroscience. Comme l’expliquent les auteurs : « L’hypothèse de la géroscience postule que le vieillissement biologique est malléable et que le ralentissement du vieillissement biologique peut retarder ou prévenir l’apparition de multiples maladies et incapacités liées à l’âge ».
L’ambition finale de ces recherches dépasse le simple traitement du diabète. Les chercheurs concluent en affirmant : « Un objectif clé de la géroscience est d’identifier de nouvelles interventions thérapeutiques et préventives qui ralentissent le vieillissement biologique ». La metformine pourrait bien être l’une de ces clés.