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Les nouvelles règles du débat public : identité, minorités et tensions sociales
Crédit: Makaristos, Wikimedia Commons (Public domain)

La fin de la curiosité naïve

Il fut une époque, pas si lointaine, où la curiosité guidait les interactions sociales. Demander à une personne semblant venir d’ailleurs quelles étaient ses origines ne suscitait pas de controverse. L’interlocuteur répondait simplement « Guadeloupe », « Rwanda » ou « Syrie », et la conversation se poursuivait naturellement sur un simple signe d’intérêt. Cette dynamique semble aujourd’hui révolue, laissant place à une susceptibilité accrue où la moindre interrogation peut être interprétée comme une offense.

Désormais, les réactions sont vives et immédiates. Une confusion géographique peut entraîner une rectification cinglante : « Je ne suis pas Chinois, OK, je suis Taïwanais ! ». L’interlocuteur n’a d’autre choix que de s’excuser platement face à cette nouvelle sensibilité épidermique qui régit les échanges quotidiens.

500 dollars d’amende pour une coupe de cheveux

Cette vigilance s’étend désormais aux services commerciaux les plus banals. Récemment, Radio-Canada a rapporté le cas d’un salon de coiffure sanctionné pour ses pratiques de réservation en ligne. Le tort de l’établissement ? Avoir demandé à sa clientèle de choisir entre une coupe pour homme et une coupe pour femme lors de la prise de rendez-vous. Cette distinction binaire a suffi pour qu’une personne non binaire saisisse la Commission des droits de la personne, alléguant discrimination et ségrégation.

Le tribunal a tranché en faveur du plaignant. La réaction de l’institution a été sans équivoque : « Vous avez bien fait de nous appeler ! On va leur imposer une amende de 500 $ ! ». Le salon a ainsi été contraint de verser cette indemnité.

Cette jurisprudence soulève des interrogations sur l’avenir d’autres appellations genrées dans le commerce courant. Certains observateurs se demandent, non sans ironie, si les restaurants servant des croque-madame et des croque-monsieur seront les prochaines cibles, au motif que les personnes non genrées ne disposent pas de leur propre version du sandwich.

Nouvelles normes fédérales dans les lieux d’aisance

Le discours public semble désormais dicté par une frange militante extrêmement minoritaire mais très active. Il suffit parfois d’une seule plainte, déposée au milieu de la nuit par une personne hypersensible, pour que les règles collectives soient modifiées. Bien que les individus non genrés ne représentent que 0,03 % de la population, et qu’une infime fraction d’entre eux soit encline à saisir la Commission des droits de la personne, leur influence entraîne la disparition des distinctions traditionnelles, y compris dans les lieux d’aisance.

Le gouvernement fédéral a ainsi mis en place de nouvelles normes strictes concernant les produits d’hygiène. Il est désormais obligatoire de trouver des tampons dans toutes les toilettes des institutions fédérales, y compris celles réservées aux hommes. Le site du gouvernement du Canada stipule cette règle noir sur blanc : « Aux termes du règlement, il est précisé que des produits menstruels seront obligatoirement fournis dans les toilettes, genrées ou non. Autrement dit, il y aura obligatoirement des produits menstruels dans les toilettes pour femmes, les toilettes pour hommes et les toilettes mixtes. »

Cette mesure s’applique uniformément, peu importe le nombre réel d’hommes menstrués au Canada. C’est l’illustration d’une dynamique où la minorité de la minorité impose ses standards à l’ensemble, redéfinissant l’aménagement des espaces publics.

Tatouages, tensions et paradoxes de l’inclusion

L’inclusivité est devenue le maître-mot du marché du travail, redéfinissant les codes de l’apparence professionnelle. Un candidat arborant des tatouages de Star Wars sur le visage, des écarteurs d’oreilles descendant jusqu’aux orteils et trois anneaux dans le nez peut désormais prétendre à des postes de prestige. Il est légitime pour lui de briguer un poste à l’accueil d’un salon funéraire ou de devenir maître d’hôtel au Ritz. Tout refus risquerait d’entraîner une plainte immédiate à la Commission.

Paradoxalement, cette exigence d’inclusion totale connaît des exceptions notables. Certaines organisations religieuses continuent de séparer les hommes et les femmes sans être inquiétées par la Commission, tandis que le reste de la société doit s’adapter à chaque revendication minoritaire. On assiste à un renversement de paradigme : ce n’est plus à la minorité de se fondre dans la majorité, mais à la majorité de s’ajuster.

Cette tension permanente se manifeste par une hypersensibilité collective, symbolisée par cette « grosse veine bleue » apparente sur le cou de citoyens à cran. Les accusations fusent à la moindre remarque : « Fasciste ! », « Raciste ! », « Communiste ! », « Homophobe ! », « Transphobe ! ». Un simple compliment sur une perte de poids déclenche des cris au « Body Shaming » et à la « Grossophobie ». La programmation d’un film israélien dans un festival provoque des manifestations scandant « Génocide », « Queers for Palestine » et « From the river to the sea ». La société semble avoir besoin d’une immense séance de yoga collectif pour passer l’hiver sans exploser.

Adieu à un caméléon du cinéma

Dans ce tumulte, le monde du cinéma a perdu une figure emblématique. L’acteur Robert Duvall est décédé cette semaine à l’âge de 95 ans. Sa disparition est l’occasion de souligner la différence fondamentale entre les écoles de jeu américaine et britannique. Là où des stars comme Jack Nicholson ou Tom Cruise tendent à jouer leur propre rôle film après film, les acteurs de tradition britannique, à l’image d’Helen Mirren, s’effacent totalement derrière leur personnage.

Bien qu’Américain, Robert Duvall incarnait cette approche britannique. Dans Le Parrain, il n’était pas Duvall, il ÉTAIT l’avocat Tom Hagen. Dans Apocalypse Now, il ÉTAIT le colonel Kilgore. Cette capacité de métamorphose était telle que de nombreux spectateurs ignoraient jusqu’à son nom.

Avec son départ, Al Pacino demeure le dernier survivant de la distribution principale du Parrain. Si Pacino savait lui aussi se fondre dans ses rôles au début de sa carrière, son jeu a évolué depuis trente ans vers une performance où il joue, voire surjoue, contrastant avec la sobriété qui caractérisait Duvall.

La confiance rompue dans le système de santé

Loin des plateaux de tournage, une autre crise secoue le Québec : celle du système de santé. Plus de 1000 médecins ont fait le choix de quitter le secteur public pour exercer au privé, et ce, malgré le recul du gouvernement sur la loi 2. Pour justifier cet exode, le corps médical avance que « le mal est fait » et que « le lien de confiance entre les médecins et le gouvernement est brisé ».

Cependant, cette rupture de confiance semble également affecter la relation entre les praticiens et leurs patients. Dans un contexte économique où de plus en plus de citoyens peinent à boucler leurs fins de mois et n’ont pas accès à un médecin de famille, voir des professionnels bien rémunérés partir chercher un profit supplémentaire au privé passe mal.

Le serment d’Hippocrate engage pourtant les médecins à promettre : « J’interviendrai pour protéger toutes les personnes si elles sont affaiblies et vulnérables ». Au vu de la situation actuelle, certains suggèrent cyniquement qu’il faudrait y ajouter une clause restrictive : « En autant que ces personnes malades aient assez d’argent pour aller dans une clinique privée ».

Selon la source : journaldemontreal.com

Créé par des humains, assisté par IA.

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