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Chefferie de la CAQ : le duel Drainville-Fréchette redessine le visage du parti
Crédit: Side-by-side fusion: "Bernard Drainville Janvier 2024 (1; cropped).jpg" by TVA Nouvelles licensed under CC BY 3.0 via Wikimedia Commons + "Christine Fréchette.jpg" by TVA Nouvelles licensed under CC0 via Wikimedia Commons

Le pari offensif de l’ultime confrontation

Samedi marquait le deuxième et dernier débat dans la course à la succession de François Legault. Accusant un retard important dans les appuis, Bernard Drainville a fait le choix de jouer le tout pour le tout afin d’exister politiquement au sein de cette campagne. L’événement s’est toutefois conclu sous les huées du public à l’endroit du candidat, alors qu’il s’efforçait de mettre en relief les hésitations de sa rivale, plus particulièrement sur les questions identitaires.

Sans pour autant rabaisser la démarche du député, sa décision d’attaquer de front pourrait paradoxalement le transformer en véritable faire-valoir pour Christine Fréchette. En la poussant dans ses retranchements, il contribue à définir son image quant au choix du prochain premier ministre.

La dynamique de ce grand rendez-vous public a mis en lumière l’ampleur des défis qui attendent la formation politique. L’affrontement a clairement dessiné les lignes de faille et les stratégies distinctes des deux principaux protagonistes.

Tension maximale sur la langue et les frontières

Les échanges de samedi se sont particulièrement cristallisés autour de dossiers sensibles. Bernard Drainville a vertement reproché à son opposante de ne pas avoir eu le bon réflexe face à la controverse d’Air Canada. Selon lui, elle aurait dû exiger immédiatement la démission du patron unilingue de l’entreprise aérienne.

Le candidat a ensuite cherché à semer le doute sur la volonté initiale de sa collègue concernant la fermeture du chemin Roxham. Cette attaque précise a littéralement déchaîné l’aspirante cheffe ainsi que la foule de ses partisans présents pour l’écouter.

Ancienne ministre de l’Immigration, c’est pourtant elle qui a ultimement mis un terme à ce passage irrégulier massivement emprunté par les demandeurs d’asile. Poussée à bout par la remise en question de son bilan, elle a répliqué sans détour : « Tu me prêtes des intentions, ça va faire ».

De l’autoroute à l’habitation : des répliques cinglantes

Lors du tout premier débat de cette course, Christine Fréchette avait causé une certaine surprise en jetant les gants en premier. Elle avait ciblé l’amour-propre de son rival en évoquant le dossier du troisième lien et l’impopulaire corridor central, même si les observateurs notaient qu’elle ne paraissait pas tout à fait à l’aise dans ce mode purement offensif.

La seconde confrontation a offert un visage différent, lui permettant d’ébranler sérieusement la mesure phare de Bernard Drainville sur l’immobilier. Celui-ci proposait d’aider les acheteurs d’une première habitation neuve en leur prêtant une mise de fonds de 20 %. Cette somme devrait être remboursée au moment de la revente, imposant aux propriétaires de perdre une partie de la plus-value de leur maison.

Cette perspective financière n’a pas survécu intacte aux critiques de la candidate. Elle a asséné un coup direct à cette idée économique en lançant au visage de son adversaire : « Tu vas faire de l’argent sur le dos des jeunes ».

L’épreuve des sondages et la stature de cheffe

L’habile débatteur qu’est Bernard Drainville a-t-il suffisamment fissuré la cuirasse de son opposante en voulant la dépeindre comme une personnalité beige et indécise ? La réponse penche probablement vers la négative. L’offensive ne semble pas en mesure de renverser une tendance lourde, visible tant dans les appuis au sein de la CAQ que dans les sondages récents.

Il convient néanmoins d’aborder ces enquêtes d’opinion avec un grain de sel. L’échantillon des sympathisants caquistes sondés s’avère plutôt restreint. Ces répondants ne sont d’ailleurs pas nécessairement des membres en règle de la CAQ détenant un droit de vote officiel pour décider de la chefferie.

Chose certaine, en adoptant une posture de bagarreur samedi, le candidat a chauffé une adversaire qui en avait besoin. En l’obligeant à réagir et à se défendre avec émotion, il lui offre l’opportunité de se révéler davantage. Les caquistes peuvent ainsi juger si elle possède l’étoffe d’une première ministre. Ils ont pu observer ses réactions face à un feu nourri, une préparation nécessaire avant un éventuel débat des chefs devant des adversaires pugnaces tels que le PSPP ou Éric Duhaime.

Un parti à la croisée des chemins

Au terme de cet exercice, la CAQ ressort à la fois amochée et revigorée, selon la perspective adoptée. Les cicatrices de l’affrontement de samedi laissent planer un doute sur l’unité future de la formation politique.

Il est loin d’être acquis que Bernard Drainville, ainsi que les députés qui le soutiennent ouvertement, trouveront leur place et travailleront docilement avec Christine Fréchette dans l’éventualité où elle l’emporterait.

La course aura toutefois forcé des remises en question majeures au sein de l’appareil militant. Elle marque des ruptures avec l’héritage du gouvernement Legault et a permis de générer de nouvelles idées, posant les jalons d’une campagne électorale qui s’annonce décisive pour la survie du parti.

Selon la source : journaldemontreal.com

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