Un physicien affirme qu’on peut accroître sa conscience et élargir sa perception vers un « autre plan »
Auteur: Mathieu Gagnon
Les mystères intimes de la conscience humaine

En tant qu’expert en physique quantique, Vlatko Vedral, professeur à l’Université d’Oxford, postule une théorie sur notre esprit. Connu pour ses travaux théoriques et expérimentaux sur l’information quantique, le développement d’une nouvelle façon de quantifier l’intrication et son application aux systèmes physiques macroscopiques, le chercheur né en Serbie et résidant aujourd’hui à Oxford estime qu’il serait possible d’améliorer drastiquement notre conscience. Cette faculté, aux rouages inexplicables, est le phénomène qui vous donne la sensation d’être profondément vous-même.
Cette conscience dicte absolument tout ce que vous vivez et ressentez. Elle justifie chacune de vos pensées, de vos révélations les plus profondes à la décision de la collation que vous allez manger selon votre appétit du moment, un mécanisme quotidien que les scientifiques peinent encore à comprendre. Selon les observations de l’auteur, la créativité humaine se heurte aujourd’hui à des limites biologiques majeures, contraignant le potentiel de l’intellect.
Le scientifique, dont les loisirs incluent le dessin, le wakeboard et la guitare électrique poussée « jusqu’à 11 », développe une hypothèse audacieuse exposée dans son ouvrage « Décoder la réalité » publié en 2010, ainsi que dans son récent « Portails vers une nouvelle réalité ». Il conçoit un avenir où l’on pourrait créer des « humains augmentés ». Ces individus inédits auraient la faculté d’expérimenter des dimensions de la réalité qui demeurent actuellement cachées, élargissant ainsi notre conscience de façon phénoménale grâce à la physique quantique, l’étude rigoureuse du fonctionnement de l’univers à son échelle la plus infime.
L’héritage scientifique quantique de Bohr et Bohm

L’idée centrale de cette théorie tire ses racines des travaux du regretté David Bohm, Ph.D. Ce physicien américain affirmait que les caractéristiques fondamentales de la physique quantique, comme la superposition, l’interférence et l’intrication, constituent une extension directe du fonctionnement de notre propre cerveau. Sa conception faisait explicitement écho aux thèses d’un des pères fondateurs de la discipline, le Danois Niels Bohr, Ph.D.
Les recherches de Bohr avançaient que certaines particules, notamment les électrons, et certaines ondes, comme la lumière, pouvaient librement présenter des propriétés ressemblant à celles des ondes ou des particules selon les circonstances. Cette dualité onde-particule spécifique à la physique quantique traduirait parfaitement la dualité siégeant entre notre pensée intuitive et notre pensée logique. Elle incarne l’opposition frontale entre un esprit vagabond et incertain face à une prise de décision ferme et définitive.
Le progrès récent des sciences modernes offre l’opportunité de dépasser les simples théories formulées jadis par Bohr et Bohm. De multiples expériences empiriques offrent la possibilité de mettre rigoureusement à l’épreuve ces hypothèses en laboratoire. Les analyses montrent que ce phénomène répond au principe de complémentarité théorisé par Bohr. Les ondes et les particules se manifestent en physique quantique, mais elles ne le font jamais au même instant au terme d’une chronologie identique de l’expérience, assoyant les bases mêmes du principe d’incertitude de Heisenberg, voulant que connaître la position précise d’une particule rende sa vitesse hautement incertaine.
L’expérience des fentes de Young au cœur de l’esprit

Bohr et Bohm avaient visé juste dans la mesure où le processus de la pensée humaine obéit à un principe d’incertitude similaire. L’illustration la plus concrète réside dans la fameuse expérience de la double fente, le test incontournable pour prouver qu’un objet peut se trouver à deux endroits et réaliser une superposition quantique. Un laser tire des photons, des particules lumineuses, sur une plaque percée de deux fentes afin de former un motif d’interférence sur l’écran opposé. Les électrons, les neutrons et des molécules plus volumineuses testés parviennent tous à passer simultanément à travers les deux fissures.
Cependant, si l’on décide de regarder l’objet quantique pour mesurer la nature de sa trajectoire, l’effet d’interférence s’évapore et l’objet réagit de manière aussi classique qu’une balle de tennis traversant l’air dans un arc prévisible. Face à nos choix de la vie quotidienne, tel que décider quel repas cuisiner, notre cerveau lance une mécanique similaire. L’esprit explore des chemins multiples de type onirique et ne garde aucun détail conscient de chaque route étudiée.
Lorsqu’une conclusion s’impose enfin, elle se rapproche du résultat final du processus d’interférence quantique où d’innombrables trajectoires se sont répercutées simultanément pour n’offrir qu’une unique option. Nous décidons soudainement : « Je vais manger du poulet pour le dîner. » Aussitôt conscients de cette pensée définie précise, ou de la fente spécifique par laquelle passe l’élément quantique, la réflexion latérale brassant la multitude disparait, éteignant l’interférence.
La mécanique de l’incertitude face à l’intelligence artificielle

Malgré l’absence de preuves expérimentales définitives pour un tel postulat, Vlatko Vedral accomplit un grand saut théorique en assumant que notre conscience naît d’une immense quantité d’expériences de double fente quantique orchestrées à un niveau fondamental dans nos circuits cérébraux. Ces micro-expériences forment un maillage où les conclusions nourrissent les entrées des opérations suivantes. Il en découle un effet boule de neige interagissant de manière intriquée dans le registre d’une synchronicité parfaite.
Le basculement psychique débute à partir d’une conception stricte, pour sombrer ensuite dans une incertitude totale de pensées superposées. La décision de rénover une pièce initie une superposition pour trancher l’idée que la couleur des murs sera bleue. Mais une introspection viendra fracturer ce choix avec une nouvelle interrogation quantique sur la nuance de bleu requise, réitérant le calcul et basculant entre nos états conscients, déterminés, et nos états subconscients faits d’interférences.
La compréhension humaine émerge de ce traitement informatique et parallèle géant oscillant entre voie logique des particules, et méthode intuitive des ondes. Toute l’étendue du pouvoir créatif humain proviendrait de cette superposition simultanée propre au subconscient. L’intelligence artificielle est, quant à elle, orpheline de cette fonctionnalité en suivant scrupuleusement de stricts processus programmés d’une complexité phénoménale. Les idées novatrices ou les flashs de génie frappant soudainement les individus quand ils pensent à autre chose n’existent absolument pas avec l’IA. Cette dernière manque cruellement de l’incertitude quantique indispensable à ces sursauts spontanés.
La puce quantique pour transcender la biologie

Le physicien questionne ouvertement notre évolution en cherchant à savoir si l’architecture biologique entrave la limite absolue de l’intellect de l’humanité. L’horloge qui gouverne le cerveau pourrait rendre les moments purement vécus dans l’intuitif beaucoup trop courts et restreindre la durée de notre incertitude structurante. Ses réflexions s’abreuvent des pensées de l’auteur Aldous Huxley, dont le fameux texte littéraire « Les Portes de la perception » relatait l’utilisation de drogues comme un moyen de modifier la conscience et de dévoiler la vraie réalité.
Refusant l’emprise des drogues, le scientifique britannique favorise plutôt la conception aboutie de puces quantiques spécialisées étendant l’activité ondulatoire du cortex. Leur rôle consisterait à supprimer totalement le bruit générant l’introspection hâtive et à fournir une période d’interférence d’une longueur inégalée. Cette phase étendue octroierait plus d’amplitude spatiale et temporelle au développement de réflexions intuitives neuves, offrant une solution au déploiement de l’esprit beaucoup plus puissante que celle suggérée par Huxley en son temps.
Toutes ces manœuvres exigent que la communauté scientifique identifie l’endroit et la manière de manipuler l’information stockée par l’encéphale. Le physicien britannique Roger Penrose, Ph.D., suppose à ce titre que l’opération prend place dans l’une des zones des microtubules. Il s’agit de composants dynamiques de profil tubulaires et creux nichés dans le cytosquelette eucaryote. Assurant notamment le transport intercellulaire, ils laissent encore des doutes expérimentaux à justifier vis-à-vis de leur aptitude à subir des interférences quantiques pures, mais nécessitent de sérieuses investigations supplémentaires.
L’avènement potentiel d’une évolution qualitative

Le dessein ultime exigerait de créer une puce dont l’interface épouserait sans la moindre friction les composants biologiques concernés par la charge de conscience afin de consolider la réflexion ondulatoire créative de ses hôtes. Au niveau théorique, le mécanisme devrait charger et sauvegarder ces dimensions superposées pendant de vastes repères de temps pour inhiber le taux d’effondrement naturel observé jusqu’alors.
Une technique pareille générerait immanquablement une déferlante de puissance intellectuelle libérée. Sa nature ne s’amènerait pas une métamorphose quantitative vouée à fabriquer des calculateurs humains plus expéditifs et des solutionneurs de problèmes travaillant plus rigoureusement, et ce même si les effets obtenus demeureraient spectaculaires. L’avancée relèverait du bouleversement purement qualitatif, étendant les portes de la perception vers un domaine inexploré aux fins de créer efficacement une toute nouvelle espèce.
Ces « humains augmentés » verraient des domaines de la réalité plus lointains qui resteraient, dans une autre configuration de notre univers, éternellement dissimulés pour nous autres, de simples humains ordinaires. Cette prouesse nous éjecterait au-dessus des standards communs de notre espèce pour forger de profonds écarts similaires à notre domination actuelle établie vis-à-vis des autres grands singes peuplant la Terre. Afin de découvrir si cet espoir est le simple fait d’un énième physicien optimiste s’adonnant à de vains espoirs, l’historien scientifique nous montre que l’analyse des faits passés laissera au temps la lourde charge de répondre à cette folle énigme de la physique moderne quantique.
Selon la source : popularmechanics.com