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Un navire a été retrouvé naviguant seul, petit-déjeuner encore sur la table, sans trace de son équipage
Crédit: lanature.ca (image IA)

Un héritage maritime toujours teinté d’inconnu

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Ces mots puisent leur source dans les archives. Cette histoire a été initialement publiée dans le numéro d’octobre 1930 de Popular Mechanics. Sa republication s’inscrit dans une rétrospective continue des meilleurs reportages parus dans le magazine au cours des 125 dernières années. Le texte est présenté tel qu’il a été édité à l’époque ; certains détails, la terminologie employée ou la compréhension des événements ont pu évoluer avec le temps.

Les récits étranges de navires volatilisés continuent de déconcerter les enquêteurs de Lloyd’s, la célèbre compagnie maritime siégeant au Royal Exchange de Londres. Ces professionnels observent de vaines recherches menées par des avions, des paquebots et des navires de guerre qui parcourent inlassablement les mers du globe, de la ville du Cap jusqu’au Cap Horn et à Frisco, pour tenter de résoudre ces énigmes maritimes. Pas un mois ne s’écoule sans que le nom d’une embarcation disparue ne vienne garnir les dossiers du « cimetière » des navires de Lloyd’s. En ce moment même, on dénombre une demi-douzaine de mystères de premier ordre concernant des bateaux sous pavillon européen évanouis en haute mer entre 1929 et 1930.

Les avancées technologiques sont réelles, qu’il s’agisse de la télégraphie sans fil directionnelle, des phares ou compas radio, ou encore de la navigation par faisceau radio. L’océan conserve néanmoins toute sa part d’inconnu et de danger. Le crieur en robe rouge monte toujours à la tribune de Lloyd’s pour faire sonner la cloche de la « Lutine » perdue. Ce son annonce le destin ignoré d’un fier navire dont le port d’attache n’a reçu aucune nouvelle depuis de longs mois après son départ.

Les passagers d’un voyage vers Gênes

credit : lanature.ca (image IA)

Parmi tous les squelettes reposant dans le casier de Davy Jones, rien ne surpasse l’étrangeté du destin de l’équipage de la « Mary Celeste ». Il y a cinquante-huit ans, ce solide navire a été découvert à l’état d’épave flottante dans les eaux de l’Atlantique Nord. Aujourd’hui encore, dans les ports de la côte est des États-Unis, des descendants du capitaine espèrent de leur vivant voir ce mystère enfin éclairci. Ils se plaignent des écrivains de la mer qui tissent des légendes autour du commandant et de son équipage. Cette réputation a rendu l’embarcation tout aussi inquiétante que le mythique Hollandais Volant. Dans les faits, la vérité entourant ce vaisseau dépasse la fiction la plus débridée.

Les éléments factuels posent le cadre avec précision. La « Mary Celeste », un brigantin de 282 tonnes, quitte New York le 7 novembre 1872 pour rejoindre Gênes, en Italie. Ses cales sont chargées d’une cargaison d’alcool. Le capitaine, Benjamin S. Briggs, un citoyen américain, est copropriétaire du bâtiment aux côtés de James H. Winchester, un armateur new-yorkais. La femme et l’enfant du commandant embarquent avec lui pour ce voyage décisif.

L’équipage rassemble des marins d’expérience. On y trouve le second Albert C. Richardson, le troisième officier Andrew Gilling, ainsi que le steward Edward W. Head. À leurs côtés, quatre marins, décrits comme des Allemands ou des Scandinaves, complètent l’effectif : Walkert Lorenzen, Arian Hardene, Boy Lorenzen et Gallhib Gondschatt.

Une découverte figée dans le temps

credit : lanature.ca (image IA)

Le voyage se déroule sans accroc majeur pendant environ dix-sept jours à travers l’océan. Le 25 novembre, à 8h00 du matin, une main inscrit sur le journal de bord en ardoise situé sur le pont que l’île de Santa Maria, dans l’archipel des Açores, a été aperçue. Douze jours après cette ultime trace écrite, le brigantin néo-écossais britannique « Dei Gratia », sous le commandement du capitaine Morehouse, croise la route d’un étrange bâtiment. Ce bateau fait route de New York vers Gibraltar pour y recevoir des ordres. Il navigue avec son foc et sa trinquette hissés, sur les amures tribord, mais avec une trajectoire si erratique que Morehouse prend la décision d’aller enquêter.

L’inspection s’avère minutieuse, mais aucune âme n’est trouvée à bord. La scène semblait figée dans le temps, comme si les hommes s’étaient éloignés un instant pour ne jamais revenir. Dans la cabine, la table est dressée pour le petit-déjeuner, un repas laissé à moitié consommé. Du côté du gaillard d’avant, les coffres de vêtements des marins sont parfaitement secs. Les rasoirs laissés sur place ne montrent pas la moindre trace de rouille. Le pont ne présente aucune fissure, que ce soit sur la peinture ou sur ses planches.

L’hypothèse du mauvais temps se heurte à un détail confondant. Une petite fiole d’huile pour machine à coudre se dresse à la verticale, juste à côté d’une bobine de fil en coton et d’un dé. Des mers agitées auraient immanquablement renversé ce minuscule flacon de verre. Rien n’indique qu’une tempête soit venue troubler la quiétude des lieux avant la disparition totale des occupants.

L’analyse des indices et les anomalies maritimes

Face à cette situation incompréhensible, le capitaine du « Dei Gratia » donne l’ordre à son second et à deux membres de son propre équipage de ramener la « Mary Celeste » jusqu’à Gibraltar. Ils y parviennent le 13 décembre. Le consul des États-Unis, Horatio J. Sprague, adresse un rapport à Washington. « Il n’y avait aucun canot à bord de la Mary Celeste », explique-t-il, avant de préciser : « Le navire est dit fuir un peu, mais son nouvel équipage n’a eu aucune difficulté à l’amener dans ce port. »

La cargaison d’alcool se trouve en parfait état, à l’exception d’un unique fût qui a été entamé. L’extérieur de la coque, sous la ligne de flottaison, ne montre pas le moindre signe de dommage. Le navire lui-même est dans un état irréprochable. Les enquêteurs repèrent cependant un élément d’apparence sinistre : des marques ressemblant à du sang tachent la lisse de perroquet de la « Mary Celeste », et les deux arcs de la proue ont été « intentionnellement entaillés ». Le connaissement et le manifeste du navire manquent à l’appel.

La confrontation des journaux de bord de la « Mary Celeste » et du « Dei Gratia » révèle une circonstance très étrange. Entre le 25 novembre et le 5 décembre, date à laquelle le navire semblait abandonné et a été repéré, l’épave semble avoir maintenu son cap avec une barre libre et aucun barreur aux commandes. La distance longitudinale entre le lieu de la découverte et l’île de Santa Maria avoisine les 527 milles.

Les experts de l’amirauté se penchent sur cette anomalie mathématique. « Il semble presque impossible que l’épave ait pu parcourir pendant ce temps une telle distance en tout cas sur les amures tribord, sur lesquelles elle a été rencontrée par le Dei Gratia, quand le journal de bord de ce dernier montre que le vent soufflait du nord pendant tout ce temps, et qu’elle était sur les amures bâbord tout le temps. » En des termes non techniques, la position des voiles a forcément été modifiée par quelqu’un durant cette période de dix jours. L’analyste conclut : « et la conclusion évidente est que la Mary Celeste n’a été abandonnée que quelques jours après la dernière entrée dans son journal de bord. »

Entre reliques troublantes et nouvelles tragédies

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L’enquête à Gibraltar prend une tournure inattendue lorsque le maréchal du tribunal de la vice-amirauté pénètre dans la cabine du navire fantôme. Il y découvre une curieuse épée posée sur le sol. Le consul Sprague en fait l’écho à Washington : « Je l’ai examinée, et elle est de toute évidence de fabrication italienne, et porte une croix de Savoie sur la garde ; elle reste sous la garde du tribunal. Le chronomètre et les papiers du navire sont introuvables. » De son côté, le capitaine R. W. Shufeldt du navire de guerre américain « Plymouth », de passage à Gibraltar à ce moment-là, inspecte le brigantin à la demande du consul. « Je rejette l’idée d’une mutinerie ; il n’y a aucune preuve de violence sur le pont ou dans les cabines », tranche l’officier, laissant cette énigme insoluble.

Le mystère de la « Mary Celeste » trouve un triste écho dans des événements beaucoup plus récents. Des avions ouest-australiens, un paquebot venu du Cap, un navire à moteur, un bateau à vapeur et toute une flotte de bâtiments danois ont récemment été incapables de résoudre un autre drame de la mer. Le « Kobenhavn », un voilier cinq-mâts presque neuf et bien équipé, a levé l’ancre de Montevideo le 14 décembre 1928. Il devait se rendre à Melbourne, en Australie, pour y charger du blé.

Huit jours après sa sortie du port, alors qu’il naviguait dans l’Atlantique Sud, le voilier a adressé un signal « tout va bien » à un vapeur norvégien qui passait dans les parages. L’imposant bâtiment s’est ensuite volatilisé dans les régions inhospitalières des « Quarantièmes rugissants ». À son bord se trouvaient soixante-dix cadets de la marine danoise et un équipage très expérimenté. Le voilier était pourtant doté d’une radio et de moteurs auxiliaires, une technologie qui n’a pas suffi à le sauver du silence éternel de l’océan.

Selon la source : popularmechanics.com

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