Hegseth perd son sang-froid lors d’une audition au Congrès : une session sous haute tension
Auteur: Simon Kabbaj
Un conflit coûteux et une audition attendue

Le 29 avril dernier, le ministre de la Guerre Pete Hegseth a été convoqué pour témoigner devant le Congrès. Au cœur des débats : la guerre menée par les États-Unis contre l’Iran, un conflit aussi coûteux que meurtrier. Depuis les premières frappes américaines, déclenchées le 28 février, plus de 6 000 personnes ont trouvé la mort. Un bilan humain tragique dont plus de 95 % des victimes se situent en Iran et au Liban.
Cette intervention militaire a été lancée sans l’aval du Congrès, l’administration de Donald Trump la qualifiant d’« opérations militaires » pour éviter une déclaration de guerre officielle. Le coût pour les contribuables américains a déjà dépassé les 25 milliards de dollars. Dans ce contexte, Donald Trump a proposé une augmentation spectaculaire des dépenses militaires pour l’année 2027. Le budget prévu atteindrait 1 500 milliards de dollars, soit une hausse de plus de 40 % par rapport au total de 2025.
Hegseth sur le gril : six heures sous tension

L’audition du 29 avril constituait une première pour Pete Hegseth. C’était la première fois qu’il était contraint de rendre des comptes au Congrès sur ce conflit. Selon les informations rapportées, il aurait jusqu’alors réussi à éviter cet exercice grâce à l’influence de Donald Trump. L’ambiance était électrique. Les membres républicains du Congrès ont affiché leur soutien à la guerre, tandis que les démocrates ont soumis le ministre à un interrogatoire serré.
Les questions ont porté sur le coût financier de la guerre, mais aussi sur l’épuisement des ressources militaires américaines qu’elle engendre. Un point particulièrement sensible a été abordé : le bombardement d’une école primaire iranienne dès le premier jour des hostilités. Cette frappe, qui a tué 120 enfants et 26 enseignantes, a été rapidement attribuée à un missile Tomahawk américain. Au fil des six heures d’une audition éreintante, Pete Hegseth a semblé mal préparé, perdant son sang-froid à de multiples reprises, haussant le ton et lançant des insultes aux élus démocrates.
Face à Maggie Goodlander : le ministre pris au dépourvu
Today’s hearing confirmed what we all know to be true: Pete Hegseth has no business serving as our Secretary of Defense. pic.twitter.com/bCciLiwxek
— Maggie Goodlander (@MaggieG603) April 30, 2026
La représentante démocrate du New Hampshire, Maggie Goodlander, s’est révélée être l’une de ses plus redoutables interlocutrices. Après que Pete Hegseth se fut vanté de son « équipe économique de choc », elle l’a mis à l’épreuve sur des faits concrets. Elle lui a d’abord demandé s’il connaissait le prix moyen de l’essence le 28 février, jour du début du conflit. Visiblement pris de court, Hegseth a répondu sur un ton sarcastique : « Si vous viviez en Californie, c’était 8 dollars ». Une affirmation erronée, le prix moyen réel en Californie étant de 4,44 dollars à cette date. Goodlander a ignoré sa remarque, précisant que la moyenne nationale était alors de 2,83 dollars.
Ne se laissant pas démonter, la représentante a enchaîné en lui demandant le prix moyen du jour, le 29 avril. Hegseth a de nouveau esquivé avec une remarque sur la Californie. Maggie Goodlander a alors souri avant de lui donner la réponse : 4,23 dollars. Elle a conclu en soulignant le paradoxe : « Monsieur Hegseth, vous avez dit que vous disposiez d’une équipe économique de premier ordre qui examine l’impact de cette guerre sur le contribuable américain, et vous êtes incapable de répondre à cette question élémentaire – cela devrait choquer la conscience de chaque Américain. »
Pour finir son temps de parole, Maggie Goodlander lui a demandé s’il était d’accord avec l’affirmation selon laquelle « l’armée ne suivra pas d’ordres illégaux ». Piqué au vif, Hegseth a rétorqué : « Je comprends ce que vous insinuez d’un point de vue partisan. » La représentante a alors révélé qu’elle venait en réalité de le citer lui-même. Le temps de parole étant écoulé, l’échange s’est arrêté là. Maggie Goodlander a par la suite critiqué le ministre sur le réseau social X.
Guerre contre ‘l’ambition’ : un dialogue de sourds

US House Office of Photography via wikimedia public domaine
Plus tard dans la journée, le représentant démocrate Adam Smith, principal démocrate de la commission, a demandé au ministre de justifier la guerre. Ayant pris note des déclarations de Hegseth tout au long de l’audition, il a axé son attaque sur la question nucléaire. « Nous avons dû déclencher cette guerre, comme vous l’avez dit il y a 60 jours, parce que l’arme nucléaire constituait une menace imminente. [Aujourd’hui], vous dites qu’elle a été complètement détruite ? » a-t-il interrogé.
Pete Hegseth a concédé que l’Iran n’avait « pas encore » renoncé à ses ambitions nucléaires et que le pays possédait toujours des milliers de missiles, même après deux mois de conflit. Adam Smith a souri avant de conclure : « Donc [cette guerre] nous a laissés exactement là où nous étions avant. » Le ministre a alors insisté sur le concept d’« ambition », affirmant que si les installations iraniennes avaient été détruites, leur ambition demeurait. Lancer une guerre pour « anéantir l’ambition d’un pays » est une justification sans précédent historique.
Le représentant de Californie, John Garamendi, a également pris la parole pour accuser Hegseth d’induire le public en erreur, qualifiant la guerre de « calamité géopolitique », de « gaffe stratégique » et de « blessure auto-infligée à l’Amérique ». Il a lancé directement au ministre : « Monsieur le secrétaire Hegseth, vous mentez au public américain au sujet de cette guerre depuis le premier jour, tout comme le président. » La réponse de Hegseth fut théâtrale : « Pour qui êtes-vous en train de crier ? Votre haine envers le président Trump vous rend aveugle [au succès de la guerre] ».
Instaurer une ‘culture guerrière’ : le grand ménage au Pentagone

Le secrétaire Hegseth a également dû s’expliquer sur le remaniement incessant au sein du commandement militaire depuis sa prise de fonction en janvier. Depuis qu’il dirige le ministère, rebaptisé « ministère de la Guerre », plus d’une douzaine de hauts responsables ont été licenciés ou poussés à la retraite.
La liste des départs est longue et concerne des postes clés. Parmi eux figurent Randy George, chef d’état-major de l’armée de terre ; Jeffrey Kruse, directeur de l’Agence de renseignement de la défense ; John C. Phelan, secrétaire à la Marine ; David M. Hodne, commandant du Commandement de l’avenir et de la formation de l’armée ; et William Green Jr, chef des aumôniers. Tous ont été écartés par Hegseth dans le cadre d’une profonde restructuration.
Pour justifier cette purge, le ministre a affirmé que ces changements de personnel visaient à instaurer une « culture guerrière » au Pentagone. Sur ce point, il a reçu le soutien de la députée républicaine de Caroline du Sud, Nancy Mace. Celle-ci a pris sa défense, déclarant qu’il se devait de licencier « quiconque se mettait en travers de son chemin ».
Le portrait d’un ministre sous pression

Si cette longue audition n’a pas permis d’éclaircir en profondeur le processus décisionnel de l’armée américaine, elle a néanmoins mis en lumière certains traits de caractère du ministre. Les échanges ont révélé une personnalité qui peut se montrer impulsive et colérique lorsqu’elle est mise sous pression.
À plusieurs reprises, Pete Hegseth a montré des difficultés à répondre aux critiques avec le sang-froid et le respect attendus à ce niveau de responsabilité. Ces six heures de témoignage ont ainsi offert au public et aux élus un aperçu direct du style de commandement et de la gestion du stress du secrétaire à la Guerre en pleine période de conflit.
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