Deepfakes : la loi se durcit après la diffusion d’une image IA de la Première ministre italienne en tenue légère
Auteur: Simon Kabbaj
Quand l’intelligence artificielle devient une arme
Girano in questi giorni diverse mie foto false, generate con l’intelligenza artificiale e spacciate per vere da qualche solerte oppositore.
Devo riconoscere che chi le ha realizzate, almeno nel caso in allegato, mi ha anche migliorata parecchio. Ma resta il fatto che, pur di… pic.twitter.com/or44qru2qj
— Giorgia Meloni (@GiorgiaMeloni) May 5, 2026
La révolution de l’intelligence artificielle (IA) transforme notre monde, mais elle a aussi ouvert la porte à une nouvelle forme d’horreur technologique. Partout sur la planète, des citoyens de tous milieux découvrent avec effroi la facilité avec laquelle leur image peut être détournée pour créer des « deepfakes » à caractère de contenu mature. Avec de simples connaissances de base en IA, n’importe qui peut désormais s’emparer d’un visage et l’utiliser dans des montages dégradants.
Ce fléau, qui relève de l’abus basé sur l’image, est devenu un problème majeur ces dernières années. Il ne touche pas seulement les anonymes, mais aussi les personnalités les plus en vue, comme la Première ministre italienne, et s’étend jusqu’aux cours d’école, où de jeunes élèves en sont victimes.
Cette semaine, Giorgia Meloni, la cheffe du gouvernement italien, a elle-même partagé sur son compte X (anciennement Twitter) l’un de ces montages la représentant en lingerie. Elle a accompagné l’image d’un avertissement clair : ces créations de l’IA « peuvent tromper, manipuler et frapper n’importe qui ». Elle ajoutait : « aujourd’hui, cela m’arrive à moi, demain, cela peut arriver à n’importe qui ».
Un vide juridique longtemps exploité
Pendant des années, les législateurs ont peiné à endiguer cette nouvelle vague de misogynie technologique, alors même que les outils de génération d’images se multipliaient sur internet. Une première tentative de régulation par l’Union européenne en 2024 avait montré ses limites. La loi exigeait que la plupart des images générées par IA soient identifiées comme telles, mais prévoyait de nombreuses exceptions, notamment pour des usages politiques ou satiriques.
Surtout, cette législation n’instaurait que peu de conséquences pénales pour les créateurs de deepfakes non consensuels. Cette brèche a permis la prolifération d’applications, des logiciels conçus pour déshabiller numériquement une personne à partir d’une simple photo. Ces outils sont devenus un problème croissant dans les écoles du monde entier, où ils ciblent principalement les étudiantes.
La situation est devenue si préoccupante que ce jeudi, en Pennsylvanie, des familles se sont rassemblées pour exiger une meilleure protection pour leurs filles. Plusieurs élèves d’une même école avaient été victimes de deepfakes partagés entre camarades. La mère d’une des victimes a témoigné : « C’est un événement brutal qui crée un traumatisme immédiat. C’est incroyablement humiliant. »
L’Europe contre-attaque : la fin de l’impunité

Face à ce fléau, le vent est en train de tourner. De nombreux pays et États américains légifèrent désormais pour rendre la création de ces images totalement illégale. L’Union européenne, souvent pionnière en matière de régulation technologique, comme elle le fut pour l’imposition du port USB-C, a décidé de frapper fort.
Bruxelles a choisi une solution radicale : l’interdiction pure et simple des applications de type « nudifier ». De plus, pour clarifier les règles, une nouvelle directive a été adoptée. Elle oblige les 27 pays membres de l’UE à considérer comme une infraction pénale la création d’images deepfakes à caractère explicite.
Ces nouvelles lois entreront en vigueur le 2 décembre sur tout le continent européen. Elles stipulent précisément que : « Le contenu devient illégal lorsqu’il est utilisé à des fins telles que la pornographie non consensuelle, la diffamation, le contenu terroriste, les violations de la vie privée, la fraude financière, les infractions au droit électoral, les discours de haine racistes ou xénophobes, ou les atteintes aux droits de propriété intellectuelle. »
Des sanctions records pour les plateformes complices

La nouvelle législation européenne ne vise pas seulement les créateurs de ces contenus, mais aussi les entreprises qui leur fournissent les outils ou les plateformes de diffusion. Les sociétés qui ne se conformeront pas à la directive et qui aideront les utilisateurs à enfreindre ces règles s’exposent à des sanctions financières extrêmement lourdes.
La pénalité prévue est une amende de 35 millions d’euros ou, si le montant est plus élevé, de 7 % du chiffre d’affaires annuel mondial total de l’entreprise. Cette mesure vise à responsabiliser les géants de la tech. Récemment, l’outil d’intelligence artificielle Grok, propriété du réseau social X, a d’ailleurs été critiqué pour avoir permis à ses utilisateurs de créer du contenu explicite.
Les États-Unis aussi serrent la vis

Caassemblyedits via wikimedia CC BY-SA 4.0
Outre-Atlantique, la lutte s’organise également. Des lois criminalisant la création de deepfakes de contenu mature existent déjà, à des degrés divers, dans 46 États américains. Au niveau fédéral, une loi oblige les plateformes à retirer ces images dans les 48 heures suivant leur signalement.
La création de ces contenus abusifs a été partiellement criminalisée au niveau fédéral en mai de l’année dernière. Les peines prévues peuvent aller jusqu’à deux ans de prison pour une image non consensuelle d’un adulte, et trois ans s’il s’agit d’un enfant. Mais pour certains, cela ne va pas assez loin. En janvier, la femme d’affaires Paris Hilton s’est associée à la députée Alexandria Ocasio-Cortez pour réclamer des sanctions plus sévères contre les entreprises qui facilitent ces dérives.
Leur projet de loi, baptisé DEFIANCE Act, a déjà été adopté par le Sénat mais reste actuellement bloqué à la Chambre des représentants. S’il était voté, il permettrait aux victimes de poursuivre en justice les créateurs des deepfakes ainsi que les entreprises responsables, et de réclamer jusqu’à 250 000 dollars de dédommagement.
Créé par des humains, assisté par IA.