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Des calmars géants détectés dans des eaux inexplorées après 25 ans d’absence
Crédit: lanature.ca (image IA)

Le réveil du Kraken dans l’océan Indien

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Pour la première fois depuis des décennies, des calmars géants ont été détectés dans les eaux au large de l’Australie occidentale. Ces créatures mythiques se cachent dans les canyons sous-marins de l’est de l’océan Indien, à des profondeurs où peu d’humains osent s’aventurer. Pourtant, aucun chercheur ne les a directement observés cette fois-ci. Comment ont-ils alors confirmé leur présence ?

La réponse tient dans une technique révolutionnaire : l’ADN environnemental, ou eDNA. Au lieu de traquer les animaux eux-mêmes, les scientifiques ont collecté des traces génétiques qu’ils laissent naturellement dans l’eau. Ces fragments microscopiques racontent une histoire que l’œil humain ne pourrait saisir dans les ténèbres abyssales. Cette découverte marque le premier enregistrement confirmé de calmars géants dans cette région depuis plus de 25 ans.

Les eaux profondes de l’Australie occidentale recèlent encore bien des secrets. Et celui-ci vient de refaire surface.

Un géant des profondeurs aux proportions stupéfiantes

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Le calmar géant, connu scientifiquement sous le nom d’Architeuthis dux, mérite amplement sa réputation légendaire. Imaginez une créature pouvant atteindre 13 mètres de longueur, dépassant ainsi la taille d’un bus scolaire. Ses yeux, véritables prodiges d’adaptation, peuvent mesurer jusqu’à 10 pouces de diamètre. Cette caractéristique anatomique n’est pas un hasard : elle permet à l’animal de capter la moindre lueur dans les abysses où règne une obscurité quasi totale.

Malgré leurs dimensions colossales, ces céphalopodes restent extrêmement rares à observer. Quelques rencontres dans leur milieu naturel ont été documentées au fil des décennies, mais elles se comptent sur les doigts d’une main. L’essentiel de nos connaissances provient d’individus morts échoués sur les plages ou des restes de leurs becs découverts dans l’estomac de cachalots, leurs prédateurs naturels.

Cette rareté des observations directes fait du calmar géant l’un des animaux les plus énigmatiques de notre planète. Comment étudier ce qui refuse obstinément de se montrer ?

L’ADN environnemental, une traque génétique innovante

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Face à ce défi, les scientifiques de l’Université Curtin et du Musée d’Australie occidentale ont choisi une approche radicalement différente. Ils se sont tournés vers l’ADN environnemental, ces fragments de matériel génétique que tous les organismes dispersent involontairement dans leur environnement. Chaque fois qu’un animal nage, se nourrit ou simplement existe, il laisse derrière lui des cellules, des mucus, des excréments contenant son code génétique.

À bord du navire R/V Falkor, appartenant au Schmidt Ocean Institute, l’équipe a entrepris une collecte méthodique. Près de 200 échantillons d’eau ont été prélevés à diverses profondeurs dans deux canyons sous-marins : Cape Range et Cloates. Ces formations géologiques spectaculaires se situent à environ 1200 kilomètres au nord de Perth, soit 745 miles pour ceux qui préfèrent cette unité de mesure.

Cette expédition scientifique minutieuse allait bientôt porter ses fruits. Les profondeurs gardaient leurs secrets, mais l’ADN ne ment jamais.

Six échantillons révèlent une présence inattendue

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L’analyse génétique a livré un verdict sans appel : du matériel génétique de calmar géant a été détecté dans six échantillons distincts, provenant à la fois des canyons de Cape Range et de Cloates. Un résultat d’autant plus remarquable qu’il n’existait que deux enregistrements antérieurs de calmars géants au large de l’Australie occidentale. Aucune observation confirmée ni spécimen n’avait été recensé depuis plus d’un quart de siècle.

Lisa Kirkendale, responsable de la zoologie aquatique au Musée d’Australie occidentale et conservatrice des mollusques, n’a pas caché son enthousiasme : « Il s’agit du premier enregistrement d’un calmar géant détecté au large de la côte d’Australie occidentale en utilisant des protocoles d’ADN environnemental et de l’enregistrement le plus au nord d’A. dux dans l’est de l’océan Indien. » Cette découverte suggère que ces créatures pourraient être plus communes dans cette région que ce que les scientifiques avaient imaginé jusqu’à présent.

Mais les révélations ne s’arrêtaient pas là. Les chercheurs ont identifié de l’ADN environnemental provenant de 226 espèces réparties dans 11 groupes d’animaux majeurs. Parmi elles figuraient des poissons rares des grands fonds, des cnidaires, des échinodermes, d’autres espèces de calmars, et des mammifères marins. Deux découvertes se sont révélées particulièrement significatives : la présence du cachalot pygmée, dont le nom scientifique est Kogia breviceps, et de la baleine à bec de Cuvier, connue sous le nom de Ziphius cavirostris. Ces deux espèces de baleines plongeuses sont réputées pour chasser les calmars dans les profondeurs.

Une biodiversité abyssale insoupçonnée

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Georgia Nester, qui a mené ces recherches dans le cadre de ses études de doctorat à l’Université Curtin et travaille désormais au Centre Minderoo OceanOmics de l’Université d’Australie occidentale, replace cette découverte dans un contexte plus large. « Trouver des preuves d’un calmar géant capture vraiment l’imagination des gens, mais ce n’est qu’une partie d’un tableau beaucoup plus vaste », explique-t-elle.

La chercheuse poursuit avec une révélation encore plus intrigante : « Nous avons trouvé un grand nombre d’espèces qui ne correspondent pas clairement à quoi que ce soit d’actuellement enregistré, ce qui ne signifie pas automatiquement qu’elles sont nouvelles pour la science, mais cela suggère fortement qu’il existe une vaste quantité de biodiversité des grands fonds que nous commençons seulement à découvrir. » Ces propos soulignent l’ampleur de notre ignorance concernant les écosystèmes des profondeurs marines.

Toutes ces découvertes n’ont été rendues possibles que grâce aux avancées récentes dans le domaine de l’ADN environnemental. Cet outil transforme littéralement la biologie et la conservation en offrant une méthode non invasive pour détecter des espèces rares ou insaisissables directement dans leur habitat naturel. Plus besoin de capturer ou de perturber les animaux pour confirmer leur présence.

Une fenêtre sur un monde inexploré

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Georgia Nester souligne l’importance stratégique de ces canyons sous-marins : « Ces canyons sont des écosystèmes incroyablement riches et, jusqu’à présent, ils ont été largement inexplorés en raison de la difficulté de travailler à de telles profondeurs extrêmes. » Les conditions y sont si hostiles que les méthodes d’exploration traditionnelles se révèlent souvent inadaptées ou prohibitives en termes de coûts.

C’est précisément là que l’ADN environnemental change la donne. « Avec l’eDNA, un seul échantillon d’eau peut nous renseigner sur des centaines d’espèces à la fois. Cela signifie que nous pouvons considérablement élargir notre compréhension des environnements d’eaux profondes d’une manière qui n’a tout simplement pas été possible auparavant », précise la chercheuse. Cette technique ouvre donc des perspectives vertigineuses pour la cartographie de la biodiversité marine.

L’étude complète a été publiée dans la revue scientifique Environmental DNA, marquant une étape supplémentaire dans notre compréhension des profondeurs océaniques. Les calmars géants de l’ouest australien ne sont probablement que la partie émergée de l’iceberg. Combien d’autres créatures fantastiques attendent encore d’être détectées dans ces canyons obscurs ? La science vient tout juste de commencer à gratter la surface d’un monde qui reste, à bien des égards, plus mystérieux que l’espace extra-atmosphérique.

Selon la source : iflscience.com

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