Une vague colossale frappe un fjord d’Alaska

Le soir du 9 août 2025, un événement cataclysmique a secoué Tracy Arm, un fjord très prisé des touristes dans le sud-est de l’Alaska. Un glissement de terrain majeur a précipité des millions de tonnes de roches dans les eaux glacées, déclenchant un mégatsunami d’une ampleur stupéfiante. La vague a atteint une hauteur maximale mesurée de 481 mètres, ce qui en fait le deuxième plus important tsunami jamais enregistré par sa hauteur.
Le drame a été évité de justesse. À peine douze heures avant la catastrophe, un navire de croisière rempli de touristes naviguait précisément dans cette zone. Cet événement spectaculaire met en lumière une urgence : la nécessité de développer des stratégies d’alerte précoce pour anticiper ces glissements de terrain dans les régions arctiques, de plus en plus fréquentées.
Les fjords, un terrain propice aux catastrophes

Les glissements de terrain ne sont pas rares dans les montagnes côtières des régions arctiques comme l’Alaska, la Norvège ou le Canada. Les fjords, en particulier, sont des zones à haut risque. Ces bras de mer étroits, qui s’enfoncent parfois sur des dizaines de kilomètres à l’intérieur des terres, sont bordés de falaises très escarpées. Leur formation, façonnée sur des milliers d’années par le retrait des glaciers qui a permis à la mer de s’engouffrer, explique leur topographie si particulière.
Plusieurs facteurs contribuent à cette instabilité. Le retrait des glaciers lui-même déstabilise les pentes. L’érosion et l’infiltration d’eau, souvent causées par de fortes précipitations, fragilisent davantage la roche. Lorsque des millions de tonnes de débris rocheux plongent dans l’eau, ils déplacent un volume colossal et génèrent des tsunamis aux vagues pouvant atteindre des centaines de mètres de hauteur.
Fait notable, les tsunamis issus de glissements de terrain sont souvent plus hauts que ceux d’origine sismique. Cela s’explique par les importantes variations de profondeur dans les fjords — leurs embouchures étant généralement moins profondes que le reste du bras de mer — et par le déplacement direct et brutal de la colonne d’eau provoqué par l’effondrement de la pente.
Le sud-est de l’Alaska, une menace grandissante

Si le phénomène est connu dans les régions de fjords, le sud-est de l’Alaska a connu plusieurs événements majeurs de ce type au cours des dernières années. Cette récurrence dans une même zone géographique soulève de sérieuses inquiétudes pour la sécurité des habitants et des navires, d’autant que la région est une destination de plus en plus populaire pour les bateaux de croisière.
Dans un article publié dans The Conversation, Michael E. West et Ezgi Karasözen, du Centre sismologique de l’Alaska à l’Université de l’Alaska, décrivent le dilemme : « Dans tout l’Arctique, les pays tentent de maîtriser ce danger croissant. Les options sont loin d’être idéales : éviter de vastes étendues côtières ou vivre avec un risque mal connu ».
Pour ces scientifiques, la solution passe par la prévention. « Nous sommes convaincus du rôle essentiel des systèmes d’alerte, à condition que les scientifiques comprennent mieux où et quand les glissements de terrain sont susceptibles de se produire », ajoutent-ils. Le glissement de terrain de Tracy Arm s’est produit dans un contexte bien précis : des eaux océaniques plus chaudes et de fortes pluies qui ont favorisé le recul du glacier et fragilisé les pentes. Le glacier en amont avait d’ailleurs reculé de plus de 500 mètres dans les deux mois précédents, tout en subissant un vêlage rapide — le détachement de gros blocs de glace. Simultanément, les eaux de pluie s’infiltraient dans les fissures de la montagne, achevant de saper sa structure.
Des signaux avant-coureurs qui n’ont pas été entendus

L’analyse de la catastrophe, publiée le 6 mai dans la revue Science par l’équipe de Michael E. West, a confirmé la puissance de l’événement. Le glissement a projeté eau et débris jusqu’à 481 mètres de haut sur la rive opposée, érodant violemment les parois du fjord et arrachant une grande partie des sédiments et de la végétation. Fort heureusement, aucune perte humaine ni dégât matériel n’est à déplorer, malgré le passage du navire de croisière Hanse Explorer douze heures plus tôt. Depuis, certaines compagnies de croisière évitent le secteur, bien que le risque ne soit pas limité à ce seul fjord.
Mais l’élément le plus frappant de l’étude réside ailleurs. « Le plus troublant, ce sont sans doute les milliers de petites secousses sismiques qui ont émané de la zone du glissement de terrain dans les jours précédant l’effondrement du flanc de la montagne », soulignent les chercheurs. Cette activité sismique suggère qu’une alerte précoce aurait pu être émise au moins un jour à l’avance. Une telle alerte aurait permis de prévenir les navires, ainsi que les habitations et commerces côtiers potentiellement sur la trajectoire du tsunami.
L’urgence de mettre en place des systèmes de surveillance

Alors que des systèmes d’alerte performants existent pour les volcans, les avalanches ou encore la sécurité des centrales nucléaires, il n’existe actuellement aucun dispositif de surveillance pour les glissements de terrain de cette ampleur aux États-Unis. Les chercheurs insistent sur le fait que, même si de tels outils ne peuvent éliminer totalement le risque, ils offrent un temps précieux pour anticiper les impacts, ce qui est crucial dans des zones hautement touristiques.
L’équipe scientifique est formelle : les conditions étaient réunies pour une alerte. « Nous estimons que la combinaison des conditions météorologiques et du recul rapide des glaciers début août 2025 était probablement suffisante pour justifier le déclenchement d’une alerte informant la population d’une possible augmentation temporaire du risque dans la zone concernée », écrivent-ils. Les scientifiques concluent sur la marche à suivre : « Sa mise en place nécessitera la coopération des agences étatiques et fédérales, ainsi que le renforcement des réseaux de surveillance et de communication ».
Le rapport de l’étude est accompagné d’une animation qui montre la progression du tsunami le long des parois du fjord après le glissement de terrain, ainsi que la crête de la vague déferlant sur le bras de mer de Tracy, illustrant de manière saisissante la dynamique de la catastrophe.
Selon la source : trustmyscience.com