Un retraité canadien perd 181 000 dollars après avoir été piégé par une vidéo truquée de Mark Carney
Auteur: Simon Kabbaj
La chute d’un retraité, l’œuvre d’un faux Premier ministre

La technologie peut faire des miracles, mais aussi des ravages. Un résident de l’Estrie en a fait l’amère expérience. À 69 ans, Luc C. a vu les économies de toute une vie, soit 181 000 $, s’évaporer. La cause ? Une vidéo truquée mettant en scène le premier ministre canadien, Mark Carney. Cette fraude par hypertrucage l’a non seulement dépouillé de son argent, mais l’a aussi contraint à quitter son logement et à envisager la faillite.
Le piège s’est refermé l’année dernière, lorsque Luc C. est tombé sur une publicité en ligne. Il y voyait une figure d’autorité, le premier ministre lui-même, lui faire une promesse alléchante. La voix, générée par intelligence artificielle, était pourtant claire : « Votre investissement est sécurisé par les réserves d’or et de devises étrangères du Canada. […] Vous pourriez être parmi eux ». Une illusion parfaite qui allait le mener au désastre.
L’appât : une confiance aveugle dans le visage du pouvoir

Pourquoi Luc C. a-t-il mordu à l’hameçon ? Traversant une période personnelle difficile, l’homme de 69 ans cherchait une solution. La vidéo lui a semblé être une opportunité inespérée. La crédibilité du message reposait entièrement sur le visage et la fonction de l’homme qui le portait. « C’était lui [Carney] qui parlait, j’ai essayé ça », a-t-il simplement raconté pour expliquer son geste.
Son fil d’actualité Facebook était d’ailleurs déjà peuplé de ce type de contenus. Il n’était pas rare qu’il y voie des publicités similaires utilisant l’image d’autres personnalités connues et respectées. Il a ainsi mentionné avoir vu des annonces mettant en scène le premier ministre du Québec François Legault, le champion d’arts martiaux mixtes Georges St-Pierre, ou encore l’homme d’affaires Luc Poirier. Une surexposition qui a sans doute contribué à banaliser le danger et à renforcer la crédibilité de l’arnaque.
L’engrenage fatal : de l’investissement à la ruine

Après avoir cliqué sur la publicité, Luc C. a été dirigé vers un processus bien rodé. Il a d’abord dû débourser 450 $ pour s’inscrire sur une plateforme d’investissement nommée EQXE. Fait notable, cette plateforme faisait l’objet d’une mise en garde de l’Autorité des marchés financiers (AMF) depuis juin 2025. Une fois inscrit, il a été contacté par une certaine « Sophie ». C’est elle qui l’aurait convaincu de placer son argent, notamment dans les cryptomonnaies.
La machine était lancée. Un premier virement de 71 000 $ a été effectué, rapidement suivi par d’autres montants. La prise de conscience fut brutale. Elle est survenue lorsque « Sophie » lui a signalé une prétendue erreur de sa part sur le montant d’une transaction, juste avant que son compte ne soit vidé. La fréquence de plus en plus insistante des appels de sa « conseillère » lui avait déjà mis la puce à l’oreille. Il était trop tard.
Les conséquences sont dévastatrices. L’homme confie avoir envisagé la faillite et même le suicide. « Je faisais des semaines de 60 heures… et là, j’ai plus rien », souffle-t-il. Pour ne rien arranger, l’argent investi provenait de ses REER. Il doit donc aujourd’hui faire face à une importante facture d’impôts sur des sommes qu’il ne possède plus. Un coup de grâce moral et financier. « Si je ne fais pas une dépression, je dois être sur le bord », conclut-il.
D’autres retraités dans la tourmente
Le cas de Luc C. n’est pas isolé. Martin (un nom d’emprunt), un retraité de la Montérégie, a lui aussi été piégé par une fausse publicité de Mark Carney. Il a commencé par un petit investissement de 250 $. Voyant ses gains virtuels grimper à toute vitesse, il a été encouragé à injecter 2 000 $ supplémentaires. Son objectif était modeste : « J’espérais pouvoir payer mes pneus avec ça », raconte-t-il au téléphone.
Dans le même temps, sa conjointe s’est laissée tenter par une autre arnaque, cette fois-ci portée par une fausse publicité de l’homme d’affaires Luc Poirier, qui promettait un placement sans risque. Elle a déposé une somme initiale de 350 $. C’est paradoxalement cet investissement qui a sauvé le couple d’une perte plus grande. L’institution financière de la dame, suspicieuse, a gelé son compte après le dépôt et l’a alertée qu’elle était victime d’une fraude.
Cette intervention a permis à Martin de comprendre qu’il était lui aussi tombé dans un piège. En essayant de retirer ses fonds, il a dû se rendre à l’évidence : son argent était bel et bien irrécupérable. D’autres personnalités, comme l’acteur hollywoodien Keanu Reeves, sont également utilisées dans ces publicités trompeuses.
Éviter le piège : la vigilance comme seul rempart
Certains parviennent heureusement à déjouer les fraudeurs in extremis. C’est le cas de Monique (nom d’emprunt), une résidente de Lanaudière. Elle a cru tomber sur un reportage authentique de la chaîne CBC, où la journaliste Rosemary Barton semblait interviewer le premier ministre canadien. Selon ce faux reportage, M. Carney y dévoilait son secret pour faire fortune. Monique y a cru.
La publicité l’a menée vers un site utilisant l’intelligence artificielle pour promouvoir des investissements en cryptomonnaies et sur le marché des devises. Elle a alors transmis son numéro de carte de crédit. Presque aussitôt, le doute s’est installé. Son réflexe a été d’appeler sa banque. L’établissement lui a confirmé qu’il s’agissait bien d’une fraude et, heureusement pour elle, toutes les transactions ont pu être bloquées à temps.
Ces témoignages, rapportés par le journaliste Jean-François Cloutier le 11 mai 2026, s’inscrivent dans un phénomène plus large d’arnaques utilisant l’hypertrucage, comme le montrent également d’autres articles et podcasts vidéo mentionnés en marge de l’enquête originale, notamment une émission de Mario Dumont et une analyse sur le vol de données.
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