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Hantavirus en Terre de Feu : Une Vaste Traque Scientifique Lancée à Ushuaïa
Crédit: lanature.ca (image IA)

L’alerte déclenchée par une croisière australe

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Depuis ce lundi, la province argentine de la Terre de Feu est le théâtre d’une vaste mission scientifique. Des biologistes cherchent à identifier la présence éventuelle de rongeurs porteurs de l’hantavirus sur ce territoire. Cette expédition fait suite à une situation d’alarme mondiale provoquée par l’apparition d’un foyer d’infection à bord du navire de croisière Hondius, qui avait levé l’ancre depuis le port d’Ushuaïa le 1er avril dernier.

Le bilan actuel de cette contamination s’élève à trois décès, plaçant les autorités sanitaires en état d’alerte maximale. L’attention s’est rapidement focalisée sur le patient considéré comme le « cas zéro », un ressortissant néerlandais. L’enquête épidémiologique a révélé que cet homme avait passé 48 heures dans la ville d’Ushuaïa juste avant d’embarquer sur le navire.

Pendant une quinzaine de jours, les responsables de la Terre de Feu se sont vigoureusement défendus contre l’hypothèse selon laquelle le virus aurait été contracté sur leur sol. La province martèle que la maladie y est officiellement absente. Depuis l’instauration de la déclaration obligatoire de cette infection il y a trente ans, aucun cas n’a été recensé. De mémoire de scientifique local, cette absence de cas remonte même bien avant cette période de trois décennies.

Le mystère de l’itinéraire du patient néerlandais

credit : lanature.ca (image IA)

Avant d’arriver à la pointe sud de l’Argentine, le patient néerlandais et sa compagne avaient entrepris un long périple de quatre mois à travers le pays. Leurs voyages les ont notamment conduits à faire des incursions en Uruguay ainsi qu’au Chili, une nation voisine où la présence de l’hantavirus est avérée. Cette longue route pousse une partie de la communauté scientifique à privilégier l’hypothèse d’une contamination survenue dans une tout autre région d’Amérique du Sud.

Cependant, une rumeur persistante, bien que non confirmée, a alimenté les suspicions locales. Le « cas zéro », décrit comme un grand passionné d’ornithologie, se serait rendu près d’une décharge à enfouissement d’Ushuaïa dans le but d’observer des oiseaux charognards endémiques. Cette promenade hypothétique a soulevé la crainte d’un contact fortuit avec des rats infectés présents dans la zone.

Les spécialistes argentins réfutent l’idée d’aller chercher la source du virus au cœur de ces déchets. Juan Petrina, le responsable de l’épidémiologie au niveau provincial, précise que poser des pièges dans ce lieu précis n’aurait « pas de sens, (car) les rongeurs qui s’y trouvent sont des rongeurs urbains, pas susceptibles d’hantavirus ». L’investigation se tourne donc vers des espaces naturels beaucoup plus vastes.

Le protocole de la mission de l’Institut Malbran

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Afin de faire la lumière sur cette affaire, une équipe de biologistes a fait le voyage depuis Buenos Aires. Ces experts appartiennent à l’Institut Malbran, l’établissement argentin qui fait office de référence absolue en matière d’infectiologie. Leur objectif principal est de vérifier si les rongeurs de l’île sont porteurs de la souche spécifique « Andes » du virus, une variante particulièrement surveillée car elle possède la capacité de se transmettre d’humain à humain.

Le protocole de recherche sur le terrain s’annonce rigoureux et exigeant. Des sources sanitaires locales ont détaillé la méthode : les chercheurs déposeront des cages-pièges à la tombée de la nuit et procéderont à leur relevé au petit matin. Cette technique nocturne est conçue pour capturer les rongeurs vivants, permettant ainsi des prélèvements optimaux. Après cette phase de capture, les analyses en laboratoire commenceront, et les résultats définitifs devraient être communiqués sous quatre semaines, selon les estimations de Juan Petrina.

La communauté scientifique de la région soutient pleinement cette démarche venue de la capitale. Guillermo DeFerrari, biologiste œuvrant au Centre austral d’investigations scientifiques (CADIC), estime que cette mission est nécessaire pour « évaluer avec plus de certitude la dangerosité potentielle des rongeurs » locaux. L’enjeu est de remplacer les suppositions par des données biologiques incontestables.

La cible : un rongeur forestier au cœur du débat

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Le dispositif de piégeage se concentre sur des environnements très spécifiques. La zone privilégiée par les chercheurs est le Parc national de la Terre de Feu, un immense territoire naturel de 70 000 hectares mêlant forêts, lacs et montagnes, situé à seulement 15 kilomètres d’Ushuaïa. Une seconde zone boisée, située à proximité de la décharge mentionnée précédemment mais à l’extérieur de celle-ci, fera également l’objet de prélèvements.

L’identité exacte de l’animal recherché fait l’objet d’un débat scientifique pointu. La cible est un petit mammifère dont le corps mesure entre 6 et 8 centimètres, prolongé par une queue impressionnante pouvant atteindre 15 centimètres. Il s’agirait du rat à longue queue, appelé localement « raton colilargo » (Oligoryzomys longicaudatus), ou potentiellement d’une sous-espèce distincte, le colilargo de Magellan (Oligoryzomys magellanicus), qui présente quelques variations morphologiques.

Les habitudes de ce rongeur dictent la stratégie de l’Institut Malbran. Il évolue dans des écosystèmes composés de bois et de buissons, trouve refuge dans les cavités des troncs d’arbres, s’active principalement la nuit et se nourrit de fruits et de graines. Juan Petrina résume l’enjeu taxonomique : « Pour certains, il s’agit de la même espèce, pour d’autres d’une sous-espèce, mais l’important est d’analyser si l’un d’eux est infecté par l’hantavirus ».

L’enjeu géographique et la protection de l’économie locale

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Pour Sebastian Poljak, expert spécialisé dans l’étude des mammifères locaux, cette expédition scientifique est l’opportunité « d’éradiquer définitivement l’idée qu’il y a de l’hantavirus ici ». En rappelant le fait qu’il n’y a « Aucun antécédent », le spécialiste met en avant la topographie unique de la région. L’hantavirus est certes présent dans des provinces andines situées à 1500 kilomètres plus au nord, comme le Chubut ou le Rio Negro, mais la Terre de Feu bénéficie d’une insularité protectrice.

La province forme un archipel coupé du continent. Sebastian Poljak explique que « le détroit de Magellan, soit une grande barrière géographique pour les espèces. La population de rongeurs de Terre de Feu présente un degré d’isolement important par rapport aux autres ». Cet isolement naturel renforce l’idée qu’une migration spontanée du virus vers l’extrême sud est hautement improbable.

Les autorités locales attendent avec impatience que les résultats de l’Institut Malbran écartent définitivement l’hypothèse d’une contamination autochtone, afin de préserver l’industrie du tourisme, véritable poumon économique de la zone. Si Ushuaïa connaît une période plus calme au début de l’hiver, la saison des croisières, qui s’étend de septembre à avril, attire jusqu’à 200 000 visiteurs annuels. L’inquiétude est palpable du côté des institutions. « On ne veut pas que (cette histoire) continue de prendre de l’ampleur », a déclaré vendredi dernier Juan Manuel Pavlov, le secrétaire de l’Institut de tourisme de la province.

Selon la source : tvanouvelles.ca

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