Comment une technique d’armement chimique a résolu l’affaire de l’Ange de la Mort
Auteur: Mathieu Gagnon
Une enquête médicale dans une impasse

Retrouver les traces d’un crime chimique des années après le décès de la victime représente un défi majeur pour la science légale. Dans un article publié le 29 mai 2026 à 13h14 EDT par la journaliste Ashley Tysiac, les détails d’une investigation hors du commun ont été révélés. En 1999, le département de police de Glendale s’est retrouvé face à une série de morts suspectes survenues au sein de l’hôpital Glendale Adventist Medical Center.
Les soupçons des enquêteurs se sont rapidement portés sur la présence potentielle d’un tueur en série agissant dans les couloirs de l’établissement. Surnommé « Ange de la Mort », cet individu aurait injecté à ses patients des doses mortelles de Pavulon, un puissant médicament paralysant. Un an plus tôt, en 1998, un inhalothérapeute nommé Efren Saldivar avait avoué ces meurtres, poussant la police à estimer le nombre de ses victimes à bien plus de 100 personnes.
Cependant, Saldivar est revenu sur ses aveux peu de temps après. Pour consolider leur dossier, les forces de l’ordre devaient obtenir des preuves matérielles irréfutables. Elles ont alors décidé d’exhumer les corps des victimes présumées et ont fait appel à Brian Andresen, l’un des meilleurs experts en criminalistique, pour chercher des traces de Pavulon dans les dépouilles et prouver la culpabilité du suspect.
Le laboratoire de la dernière chance et les premiers échecs

Brian Andresen exerçait au sein du Forensic Science Center du Lawrence Livermore National Laboratory. Cette institution scientifique était couramment appelée le « Laboratoire de la dernière chance », une réputation acquise par sa capacité à traiter les dossiers les plus complexes. Extraire des échantillons exploitables de cadavres en décomposition dans des cimetières depuis des années s’annonçait comme une tâche titanesque.
Avant même de procéder à l’exhumation des restes des patients, le scientifique a voulu tester différentes méthodes d’extraction du Pavulon. Il a entamé ses recherches en achetant un morceau de foie de bœuf dans un supermarché Safeway voisin. Il a mélangé ce tissu animal avec la drogue paralysante, puis a tenté de l’isoler. L’expérience n’a produit aucun résultat concluant.
Face à ce premier revers, Brian Andresen a modifié son protocole en remplaçant la viande de bœuf par de la viande de porc, mais le succès n’a pas été au rendez-vous. Ces expérimentations se sont poursuivies pendant des mois. À chaque nouveau test, l’expert ne semblait pas se rapprocher d’une technique fonctionnelle capable d’extraire la substance mortelle des tissus biologiques.
L’inspiration issue des armes chimiques

L’issue de cette impasse est finalement venue d’un secteur inattendu au sein même du Forensic Science Center. Une unité spécifique de ce centre étudiait l’utilisation des armes chimiques pour le compte de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC). Les chercheurs de ce département utilisaient une approche très particulière pour manipuler des substances létales.
Leur protocole reposait sur l’utilisation de cartouches à phase unique, des objets ressemblant à des seringues équipées de filtres internes. Ce dispositif permettait de séparer les éléments mortels des autres substances présentes dans les armes chimiques. Brian Andresen a alors théorisé que cette méthode d’isolation pourrait fonctionner pour son propre dossier médico-légal.
Il s’est immédiatement mis au travail, appliquant la technique des cartouches à phase unique pour isoler le Pavulon dans des tissus de test en décomposition. Il a ensuite placé ces échantillons dans un spectromètre de masse pour confirmer la présence de la drogue. La méthode s’est révélée gagnante, ouvrant la voie à son application sur de véritables cadavres humains.
Le protocole scientifique sur les restes humains

Dès que les corps des victimes potentielles sont arrivés au laboratoire, Brian Andresen et son équipe ont mis en place un protocole d’analyse exhaustif. Pour chaque dépouille examinée, les scientifiques ont prélevé 12 échantillons de tissus provenant de différentes parties de l’anatomie. Les zones ciblées comprenaient le cœur, les poumons, un rein, l’estomac et les intestins.
La phase de préparation de ces prélèvements exigeait une rigueur absolue. L’équipe a découpé exactement 10 grammes de matière pour chaque échantillon. Ils y ont ensuite ajouté une solution saline avant de combiner le tout dans un mixeur afin d’obtenir un mélange parfaitement homogène.
Une fois cette solution tissulaire épaisse préparée, le liquide a été versé dans une cartouche à phase unique. La préparation finale a finalement été insérée dans le spectromètre de masse, dans l’espoir que la machine puisse détecter la moindre trace de la molécule administrée par l’inhalothérapeute.
Des résultats accablants face à la justice

Il a fallu attendre des mois avant que l’équipe n’obtienne le moindre succès dans la recherche de Pavulon à l’intérieur des corps des patients décédés. Puis le premier résultat positif est tombé, validant l’efficacité de la méthode. Armando Alcaraz, le partenaire de laboratoire de Brian Andresen, témoigne dans l’histoire complète : « Nous sautions partout, en disant : ‘Oui, nous l’avons !' ». Les experts ont fini par identifier six cas positifs de Pavulon dans les restes de personnes considérées comme les victimes d’Efren Saldivar.
Ces découvertes ont conduit à l’inculpation d’Efren Saldivar pour six chefs de meurtre et un chef de tentative de meurtre par un grand jury du comté de Los Angeles en octobre 2001. En mars 2002, le suspect a plaidé coupable pour les sept chefs d’accusation. Il purge actuellement une peine de prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle.
La résolution de cette affaire aurait été improbable sans l’innovation apportée par Brian Andresen. Steve Cooley, ancien procureur du comté de Los Angeles à la retraite, souligne dans le magazine Pop Mech que le travail du Livermore Lab a été « la clé pour établir le corpus delicti », c’est-à-dire les preuves nécessaires pour que la police démontre qu’une personne a commis un crime. En trouvant des preuves chez les morts, la science a permis de clore définitivement le dossier de l’Ange de la Mort.
Selon la source : popularmechanics.com