Pourquoi certaines personnes croient voir des fantômes ? Une psychologue explique 3 raisons possibles
Auteur: Simon Kabbaj
Une réalité subjective : la psychologie moderne face à l’inexplicable
La majorité des individus n’ont jamais vu de fantôme. Pourtant, beaucoup connaissent quelqu’un qui en a vu un, ou du moins quelqu’un qui jure que c’est le cas. Ces récits ne sont pas des témoignages marginaux émanant de personnes isolées en marge de la société ; ils proviennent de voisins, de collègues, de médecins et d’amis proches. La personne qui raconte l’histoire ne semble ni délirante ni perturbée. Elle paraît authentiquement ébranlée par quelque chose qu’elle ne parvient pas à expliquer. Cette situation soulève une question que la plupart des scientifiques ont longtemps hésité à formuler à voix haute : et si l’expérience était totalement réelle pour cette personne, même si aucun fantôme ne s’y trouvait physiquement ?
Cet écart entre la réalité objective et l’expérience subjective est précisément le domaine où la psychologie moderne accomplit ses travaux les plus intéressants. Les chercheurs ne demandent plus simplement « les fantômes existent-ils ? » pour ensuite passer à autre chose. Ils posent une question beaucoup plus précise : que se passe-t-il à l’intérieur du cerveau et de la personnalité de quelqu’un qui en aperçoit un ? La distinction est plus importante qu’elle n’y paraît, car la réponse n’a rien à voir avec le surnaturel et tout à voir avec la façon dont la perception humaine fonctionne dans des conditions très spécifiques.
Aujourd’hui, la psychologie aborde la raison pour laquelle les gens voient des fantômes comme une question de fonctionnement cérébral et de personnalité, et non comme un débat sur l’existence des esprits. Ce qui rend le cerveau d’une personne plus enclin à générer l’expérience d’un fantôme que celui d’une autre s’explique par trois facteurs distincts, chacun étant soutenu par un corpus de recherche grandissant. Avant d’examiner ces facteurs, l’ampleur du phénomène mérite que l’on s’y attarde.
L’ampleur de la question : des croyances mesurées et partagées
Les seules données de prévalence sont frappantes. Selon une enquête Gallup de 2025, 39 % des Américains expriment une croyance dans les fantômes, tandis qu’entre 24 % et 29 % déclarent croire en six autres phénomènes surnaturels, incluant la télépathie, la communication avec les morts, la clairvoyance, l’astrologie, la réincarnation et les sorcières. Ces résultats reposent sur un sondage Gallup mené du 1er au 18 mai 2025. L’analyse par grappes de ces données par Gallup a révélé que ce sont le plus souvent les mêmes personnes, croyant en de multiples phénomènes, qui constituent la majorité des croyants aux États-Unis.
Les femmes, les personnes qui fréquentent moins souvent l’église et les adultes sans diplôme universitaire sont plus susceptibles que leurs homologues d’être ouverts à la croyance en au moins quelques phénomènes paranormaux. De plus, un sondage YouGov de 2025 a révélé qu’une majorité d’Américains déclarent avoir vécu personnellement au moins un événement paranormal.
Ces chiffres ne suggèrent pas l’existence d’une frange de la population qui serait simplement crédule. Ils indiquent plutôt un phénomène systématique. Lorsque la croyance et les expériences rapportées sont aussi répandues, la question scientifique la plus utile devient la suivante : pourquoi certaines personnes voient-elles des fantômes et d’autres non, alors qu’elles se trouvent dans la même pièce et au même moment ? La recherche met en évidence trois facteurs convergents. Pris isolément, aucun d’entre eux ne suffit peut-être à produire l’observation complète d’un fantôme. Mais lorsqu’ils se superposent, la probabilité qu’une personne interprète une expérience ordinaire comme étant paranormale augmente de façon spectaculaire. Une conjonction parfaite de facteurs peut faire d’un fantôme la seule explication apparente.
Facteur 1 : Les ratés neurologiques et la construction d’une présence

Le premier facteur, qui est aussi le plus mécaniquement précis, est d’ordre neurologique. Le cerveau possède une région appelée jonction temporo-pariétale, un amas de tissu neural situé au point de rencontre des lobes temporal et pariétal. La stimulation d’une zone connue sous le nom de jonction temporo-pariétale gauche peut provoquer chez une personne la sensation de la présence d’une silhouette sombre. Cette jonction temporo-pariétale participe à la distinction entre soi et les autres, et intègre les informations sensorielles liées au corps. Lorsqu’elle fonctionne normalement, vous savez exactement où se termine votre corps et où commence le monde extérieur. Lorsqu’elle connaît des ratés, cette frontière devient floue, et quelque chose qui ressemble fortement à une autre présence peut émerger.
Il ne s’agit pas d’une simple théorie. En 2006, des scientifiques dirigés par Olaf Blanke à l’EPFL ont montré qu’ils pouvaient induire la sensation d’une présence sombre chez une personne en stimulant électriquement une partie spécifique du cerveau appelée la jonction temporo-pariétale gauche. Cette région cérébrale relie les observations de l’environnement extérieur aux souvenirs et pensées internes, et a été associée aux hallucinations. Comme le rapporte une étude publiée dans Nature, lorsque des chirurgiens ont administré un choc électrique à la jonction temporo-pariétale gauche d’une patiente en attente d’une chirurgie pour l’épilepsie, celle-ci a immédiatement ressenti une présence fantôme derrière elle. Elle a décrit avoir senti une « ombre » qui était silencieuse et immobile, et a réagi de la même manière à chaque fois que l’équipe a stimulé cette même région.
Le sommeil constitue une autre voie majeure vers cette même perturbation neurologique. La paralysie du sommeil est une incapacité temporaire de bouger ou de parler qui survient directement après l’endormissement ou au réveil. Les individus conservent leur conscience pendant ces épisodes, qui impliquent fréquemment des hallucinations ou une sensation de suffocation. Les études montrent qu’environ 20 % des personnes ont connu une paralysie du sommeil au moins une fois. L’atonie, une brève perte de contrôle musculaire survenant juste après l’endormissement ou avant le réveil, caractérise la paralysie du sommeil, et les gens éprouvent souvent des hallucinations durant ces épisodes. Environ 75 % des épisodes impliquent des hallucinations qui se distinguent des rêves typiques.
Ce qui rend la paralysie du sommeil particulièrement pertinente pour les observations de fantômes, c’est ce qui s’y déroule. Historiquement, cette expérience a alimenté les histoires de fantômes dans les cultures du monde entier : des silhouettes appuyant sur la poitrine pendant la nuit, des ombres se tenant au pied du lit, des voix sans origine identifiable. L’analyse détaillée de la paralysie du sommeil par The Hearty Soul explique comment ce phénomène traverse les cultures, générant systématiquement la sensation d’une présence indésirable dans la pièce. L’enseignement pratique de ce facteur neurologique est clair : si vous avez vécu une rencontre nocturne terrifiante et très nette avec une présence que vous ne pouviez pas voir, la paralysie du sommeil constitue une explication bien plus directe qu’une hantise. En discuter avec un médecin, en particulier si le phénomène est récurrent, est la première étape appropriée.
Facteur 2 : La vulnérabilité psychologique face au deuil et au stress
Le deuxième facteur opère à un niveau psychologique, et beaucoup de personnes le trouveraient inconfortablement familier. Des facteurs psychologiques tels que le stress, le deuil et les traumatismes peuvent accroître la susceptibilité aux expériences paranormales. Il ne s’agit pas ici de parler de maladie mentale, mais d’observer ce qu’une détresse émotionnelle ordinaire fait à la perception. Lorsque l’esprit est soumis à une pression importante, il ne fonctionne pas simplement plus lentement, il fonctionne différemment. Le deuil, en particulier, crée un état cognitif unique où le cerveau est préparé à détecter la présence d’une personne qu’il cherche désespérément à retrouver. Les personnes endeuillées figurent parmi les groupes les plus couramment cités rapportant des apparitions de proches décédés, et les psychologues comprennent largement cela comme le cerveau répondant à une attente non satisfaite, et non comme la preuve d’une vie après la mort.
Le biais de confirmation joue un rôle structurel dans ce processus. Une fois qu’une personne a décidé qu’un espace est hanté ou qu’un esprit pourrait être présent, le cerveau recherche activement des informations qui correspondent à cette conclusion. Une lame de plancher qui grince, et qui serait normalement ignorée, devient une preuve. Une ombre dans la vision périphérique se transforme en silhouette. Cela rejoint directement une tendance perceptuelle connexe appelée paréidolie : la pulsion automatique du cerveau à trouver des modèles dans un bruit visuel aléatoire. C’est ce même mécanisme qui permet de reconnaître rapidement des visages dans une foule. Une ombre qui ressemble à une silhouette, une tache sur un mur qui suggère un visage, le jeu de la lumière à travers des rideaux qui produit une forme semblant humaine : tout cela est le produit du fonctionnement normal du cerveau. Mais dans des conditions de stress ou de deuil, ce mécanisme peut devenir hyperactif, produisant des figures fantomatiques à partir de données environnementales véritablement aléatoires.
Une étude de 2026 publiée dans Frontiers in Psychology fournit un soutien empirique à l’idée que le scepticisme scientifique et les croyances paranormales sont associés à des styles de traitement cognitif distincts et opposés. Elle identifie deux profils latents : le « Higher Evidence-based Thinking » (la pensée basée sur des preuves plus élevée) et le « Lower Evidence-based Thinking » (la pensée basée sur des preuves plus faible). Cette résistance est importante : une fois qu’une personne a interprété une expérience comme étant paranormale, elle modifie rarement cette interprétation, même lorsqu’une explication rationnelle lui est proposée. Le poids émotionnel de l’expérience dépasse souvent tout contre-argument.
La dissociation, un état mental dans lequel une personne se sent détachée de ses pensées, de ses sentiments ou de son environnement, ajoute un niveau supplémentaire. Les tendances dissociatives, incluant la dépersonnalisation, sont associées à une croyance accrue dans les phénomènes paranormaux. Pour les personnes qui se dissocient plus facilement, en particulier sous stress, la frontière entre l’imagination et la réalité perçue devient plus mince, ce qui rend plus probable l’interprétation d’expériences inhabituelles comme étant externes plutôt qu’internes. L’enseignement pratique est de prêter attention au contexte émotionnel entourant une apparition signalée, car il en dit souvent plus long que l’apparition elle-même. Le deuil, le stress aigu et les traumatismes ne sont pas des signes de faiblesse, mais ce sont des amplificateurs connus de l’interprétation paranormale.
Facteur 3 : Les traits de personnalité et la propension à la schizotypie

Le troisième facteur est le plus persistant, car il précède toute expérience spécifique. Certains profils de personnalité sont systématiquement et substantiellement plus enclins à voir des fantômes, à rapporter des expériences paranormales et à interpréter des événements ambigus comme surnaturels. Ces profils apparaissent de manière fiable à travers des décennies de recherche psychologique. Au centre de ces recherches se trouve un concept appelé schizotypie (dont la prononciation anglaise est précisée skitzo-TIE-pee), une dimension de la personnalité qui existe sur un spectre dans la population générale et qui est entièrement distincte de la schizophrénie. Il a été découvert que la croyance paranormale est fortement corrélée à la schizotypie positive. Celle-ci ne désigne pas quelque chose de bénéfique, mais plutôt la présence d’expériences sortant de l’ordinaire : pensée magique, perceptions inhabituelles, tendance à percevoir des schémas dans des événements qui semblent personnellement significatifs, et une conscience accrue des coïncidences devant lesquelles d’autres passent totalement inaperçus.
Une étude de 2025 publiée dans Frontiers in Psychology a examiné les interrelations entre les croyances paranormales et les croyances complotistes, ainsi que les résultats positifs en matière de bien-être, avec 1 667 participants ayant complété les mesures de l’étude. L’analyse a révélé que la croyance paranormale et l’estime de soi étaient des variables centrales, et qu’il existait des relations communes avec la recherche de sens dans la vie et l’adaptation évitante. Bien qu’elles soient fortement corrélées, les chercheurs ont noté que la croyance paranormale, la pensée complotiste et la schizotypie diffèrent dans leurs relations avec les résultats établis en matière de bien-être, tels que la satisfaction à l’égard de la vie et l’estime de soi. C’est un point critique : obtenir un score élevé en schizotypie et croire au paranormal ne signifie pas qu’une personne va mal. Cela signifie que son style perceptuel et interprétatif penche vers l’inhabituel, et dans les bonnes conditions, ce style produit des expériences de fantômes.
La recherche a révélé que les participants ayant obtenu des scores élevés sur une échelle d’idéation magique testaient moins d’hypothèses pour résoudre un problème expérimental et s’appuyaient plus souvent sur des preuves confirmatoires que les participants ayant obtenu des scores faibles. Ils montraient ainsi un biais prédominant dans le test des hypothèses, échantillonnant plus souvent les informations confirmatoires que les informations infirmatoires. Une brise froide succède à une sensation étrange, et l’esprit établit un lien. Une lumière vacille à un moment lourd de sens, et la coïncidence est perçue comme une confirmation. Ce n’est pas irrationnel au sens clinique du terme. C’est une caractéristique d’un style cognitif particulier qui fonctionne davantage sur la complétion de schémas que sur l’examen sceptique.
L’enseignement pratique est le suivant : si vous êtes quelqu’un qui perçoit régulièrement du sens dans les coïncidences, qui éprouve de fortes intuitions ou qui a des expériences imaginatives vives, votre style perceptuel rend véritablement les expériences paranormales plus accessibles. Ce n’est pas un défaut à corriger. Cependant, le comprendre modifie la façon dont vous pourriez évaluer ce que vous percevez.
Le rôle de l’environnement : champs électromagnétiques et lieux réputés hantés
Ces trois facteurs psychologiques ne fonctionnent pas en vase clos. Ils interagissent avec les conditions environnementales, et l’une des plus discutées dans la recherche paranormale est l’exposition aux champs électromagnétiques (CEM). La recherche a révélé que l’exposition humaine à des champs électromagnétiques complexes de basse fréquence peut induire des expériences hallucinatoires étranges et exceptionnelles dans des conditions contrôlées. Une étude, menée dans les voûtes de South Street sous Édimbourg, en Écosse, a révélé que les CEM fluctuaient davantage dans les zones ayant un historique d’événements fantomatiques. Une autre étude a trouvé une plus grande variabilité des CEM dans les zones les plus « hantées » du palais de Hampton Court en Angleterre.
Mais c’est ici que la recherche se complique : les personnes qui décrivaient des expériences anormales étaient les mêmes personnes qui croyaient le plus fortement au paranormal. Lorsqu’un croyant convaincu et un sceptique entrent dans la même pièce, le croyant est beaucoup plus susceptible de signaler quelque chose d’étrange. Cela ne se produit pas parce que la pièce est hantée, mais parce que sa croyance préalable façonne la manière dont il interprète chaque sensation ambiguë.
Si un croyant était exposé à des CEM fluctuants, par exemple, il pourrait être prompt à catégoriser cette sensation étrange comme paranormale. Un sceptique pourrait noter qu’il s’est senti bizarre ou mal à l’aise, mais ne pointerait probablement pas vers une explication paranormale. Cette étape d’étiquetage est le point où tout converge. Le raté neurologique, la vulnérabilité psychologique et le profil de personnalité ne produisent pas individuellement un fantôme. Ils génèrent une constellation de perceptions ambiguës. L’acte final, consistant à décider que ce qui vient de se passer était paranormal, nécessite un cadre de croyance préalable qui établit que les explications paranormales sont acceptables. Dans la plupart des cas, ce cadre est une chose qu’une personne a construite sur plusieurs années.
Ce que cela signifie pour vous : comprendre les mécanismes de son propre esprit

La science ne tranche pas définitivement la question de savoir si les fantômes existent. Ce qu’elle établit avec une cohérence considérable, c’est que des facteurs spécifiques et identifiables rendent une personne substantiellement plus susceptible de vivre une expérience qu’elle interprétera comme l’apparition d’un fantôme. Ces facteurs sont d’ordre neurologique, psychologique et dispositionnel, et ils interagissent les uns avec les autres ainsi qu’avec l’environnement immédiat.
Si la question de savoir pourquoi les gens voient des fantômes vous a interpellé, que ce soit à propos de vous-même ou de quelqu’un que vous connaissez, la réponse honnête est que le cerveau, dans de bonnes conditions, est extraordinairement capable de produire des expériences qui semblent plus réelles que la vie ordinaire. Les perturbations du sommeil peuvent générer la sensation physique d’une présence par le biais de processus neurologiques documentés. Le deuil et le stress abaissent le seuil de l’interprétation anormale. Enfin, une personnalité disposée aux expériences inhabituelles rend l’ensemble du système plus sensible à la base.
Rien de tout cela ne rend ces expériences moins réelles pour les personnes qui les vivent. Une présence ressentie pendant une paralysie du sommeil est authentiquement terrifiante, quelle que soit son origine neurologique. Une silhouette entrevue dans le deuil est authentiquement porteuse de sens, peu importe ce qu’elle représente biologiquement. Reconnaître les fondements psychologiques n’efface pas le poids émotionnel de ce qui a été vécu. Ce que cela offre, c’est un cadre pour comprendre son propre esprit, et cela s’avère bien plus utile que n’importe quelle histoire de fantôme.
Avertissement : Les informations fournies ici le sont à des fins éducatives et informatives uniquement et ne remplacent pas les conseils, diagnostics ou traitements professionnels psychologiques, psychiatriques ou en santé mentale. Demandez toujours conseil à un professionnel de la santé mentale agréé, un thérapeute, un psychologue ou un psychiatre pour toute question ou préoccupation concernant votre bien-être émotionnel ou vos problèmes de santé mentale. N’ignorez jamais l’avis d’un professionnel et ne tardez jamais à chercher du soutien à cause de quelque chose que vous avez lu ici.
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