Erreur de cible et guerre de territoire : près de neuf ans de prison pour le tireur de Val-Alain
Auteur: Adam David
Une expédition punitive au cœur d’un conflit larvé

Depuis quelques années, la grande région de Québec est le théâtre d’un conflit portant sur des questions de redevances entre différents groupes criminalisés. Ces luttes de pouvoir se traduisent régulièrement par des actes ciblés et des représailles. Le 29 janvier 2025, cette tension persistante a pris une tournure dramatique lorsqu’un trio d’individus s’est mis en route pour exécuter une opération violente.
Leur destination précise était une résidence située à Val-Alain, une municipalité de la MRC de Lotbinière. L’objectif initial de l’expédition était de s’en prendre physiquement à un homme soupçonné d’être impliqué dans ce conflit territorial. Jean-François Hutchinson, accompagné de ses deux présumés complices, s’est alors présenté sur les lieux pour confronter cet individu.
L’opération criminelle a toutefois pris une trajectoire imprévue dès les premiers instants. La confusion ambiante et la précipitation ont engendré une situation de crise, plaçant un homme totalement étranger aux querelles de redevances au centre d’une violente invasion de domicile.
La violence de l’assaut et l’erreur de cible

Dans la foulée de son arrivée sur le pas de la porte, le délinquant de 45 ans tenait fermement un pistolet de calibre 9 millimètres. Sans attendre, Jean-François Hutchinson a défoncé l’entrée de la maison avec une force suffisante pour faire immédiatement perdre l’équilibre à l’occupant des lieux, précipitant le drame.
Une erreur fatale d’identification venait de se concrétiser. L’homme qui se trouvait à l’intérieur n’était nullement la cible initialement visée par le commando, mais simplement le colocataire de la personne recherchée. Ignorant cette méprise sur le moment, le tireur a pointé son arme en direction des jambes de la victime et a déchargé trois balles, atteignant l’homme à une reprise.
Gravement blessé à la jambe, ce colocataire a été contraint de faire preuve d’un immense sang-froid. Alors qu’il perdait une quantité importante de sang, l’homme est resté figé, choisissant d’attendre que les suspects prennent définitivement la fuite avant d’appeler les secours pour obtenir une assistance médicale urgente.
Une intervention policière à haut risque sur l’autoroute

L’alerte ayant été rapidement communiquée aux forces de l’ordre, les policiers ont pu s’appuyer sur une description très précise du véhicule utilisé par les assaillants pour prendre la fuite, à savoir une voiture de marque Acura. Ce détail crucial a permis de repérer le tireur ainsi que ses deux acolytes, identifiés comme étant Peggy Rolden Paul et Billey Deverze.
L’arrestation s’est transformée en une opération de grande envergure, déclenchée en pleine heure de pointe sur la très passante autoroute Félix-Leclerc. Cette intervention classée à haut risque a exigé la mobilisation de plusieurs agents pour neutraliser le trio en toute sécurité, au beau milieu de la circulation dense.
Une fois la zone sécurisée et les suspects maîtrisés, les autorités ont inspecté le périmètre autour du véhicule. Dissimulés sous la voiture, deux sacs réutilisables ont été découverts, chacun renfermant une arme à feu prohibée. Les évaluations balistiques ont par la suite relié l’une de ces armes à la fusillade survenue dans la résidence de Val-Alain, un lien confirmé par la présence de l’ADN de Jean-François Hutchinson sur l’objet.
Le passé montréalais et les saisies de stupéfiants

La condamnation du quadragénaire englobe également des dossiers judiciaires actifs dans la région de Montréal, s’ajoutant à l’invasion de domicile de Lotbinière. L’homme avait préalablement enregistré des plaidoyers de culpabilité pour possession de stupéfiants dans le but de trafic, de même que pour possession d’arme ou de dispositifs prohibés.
Ces éléments distincts remontent au mois de juillet 2023, époque à laquelle Jean-François Hutchinson avait fait l’objet d’une arrestation découlant d’une perquisition minutieuse dans son appartement. En fouillant les lieux, les enquêteurs avaient confisqué un équipement préoccupant, incluant un poing américain, des chargeurs prohibés à grande capacité ainsi que des munitions.
L’inventaire des saisies effectuées sur place démontrait l’envergure du trafic de drogue opéré. Les autorités avaient confisqué 172 buvards de LSD et des comprimés de méthamphétamines. L’analyse des substances a par la suite confirmé la présence de drogues dures en quantités précises : 11 grammes de crack, 11 grammes de MDMA et 16 grammes de cocaïne.
Verdict, aveux et avenir judiciaire des coaccusés

C’est vendredi que les différentes parties se sont réunies au tribunal pour conclure cette affaire complexe. Le ministère public était représenté par Me Matthieu Rochette, faisant face à la défense assurée par Me Hélène Poussard. La peine annoncée découle d’une suggestion commune, acceptée par la cour à la suite du plaidoyer de culpabilité de l’accusé.
Une peine globale s’élevant à huit ans et neuf mois de détention a été prononcée. Juste avant d’être formellement condamné, Jean-François Hutchinson a pris le temps d’offrir ses excuses à la victime innocente de Val-Alain. « Cette journée-là, j’ai pris une mauvaise décision. […] Oui, j’avais un objectif, oui, j’avais apporté une arme à feu avec moi, mais je n’avais pas l’intention de blesser monsieur. C’est arrivé et on ne peut pas revenir en arrière, mais je suis désolé pour la victime », a-t-il affirmé publiquement. En tenant compte du temps déjà passé en détention provisoire, le délinquant devra purger un peu moins de sept ans derrière les barreaux.
Pendant que le principal tireur entame sa période d’incarcération, le volet judiciaire se poursuit pour ses présumés complices. Billey Deverze et Peggy Rolden Paul demeurent dans l’attente de la suite des procédures, leur procès commun étant officiellement programmé pour le mois de janvier 2027.
Selon la source : journaldequebec.com