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Un chasseur de trésors découvre un légendaire butin d’or de la Seconde Guerre mondiale, puis un dictateur s’en mêle
Crédit: lanature.ca (image IA)

Le mystère de l’opération japonaise et le trésor enfoui

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Comme le rapporte un article rédigé par la journaliste Elizabeth Rayne, l’histoire commence dans le contexte tragique de la Seconde Guerre mondiale. Alors que les forces alliées progressaient sur tous les fronts du théâtre pacifique, l’armée impériale japonaise s’est empressée de dissimuler les immenses richesses pillées dans les territoires occupés d’Asie du Sud-Est depuis 1937. Selon les recherches menées par Sterling et Peggy Seagrave, cette vaste entreprise de dissimulation, baptisée Opération Lys d’Or, était dirigée par le prince Chichibu, le frère de l’empereur Hirohito. Des forces militaires, des agents de renseignement et des membres des yakuza auraient vidé des coffres de banque et profané des temples sacrés à travers une douzaine de nations asiatiques, provoquant la faillite de pays entiers. Une grande partie de cet or volé aurait été fondue en lingots afin de masquer sa provenance.

Le nom indissociable de ce butin légendaire reste celui du général Tomoyuki Yamashita. Surnommé le « Tigre de Malaisie », ce commandant impitoyable a dirigé les troupes japonaises aux Philippines durant les derniers mois du conflit. Jugé pour crimes de guerre, il a été pendu en février 1946. La légende veut qu’avant la fin des hostilités, ses hommes aient caché des artefacts anciens, des livres rares, des œuvres d’art inestimables, des objets religieux ainsi que des quantités colossales d’or, d’argent et de pierres précieuses dans près de 175 sites répartis sur l’archipel philippin. Les rumeurs affirment que pour garantir le secret de ces caches, les ouvriers et les soldats ayant construit les chambres fortes souterraines ont été emmurés vivants une fois les portes scellées. L’or de Yamashita a été estimé à une valeur de 100 milliards de dollars ou plus, bien que la plupart des historiens et des experts philippins soulignent l’absence de preuves crédibles confirmant une telle ampleur.

Une piste inespérée et une expédition sous surveillance

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Dans les années qui ont suivi la guerre, de nombreux chasseurs de trésors ont tenté de débusquer ces richesses, sans aucun succès vérifié. La situation prend une tournure inattendue en 1961, lorsqu’un ancien soldat philippin devenu serrurier, Rogelio Roxas (également connu sous le prénom de Roger), obtient une piste sérieuse. Dans la ville de Baguio, il rencontre un certain Fuchigami, dont le père avait servi dans l’armée japonaise. Cet homme lui confie une carte dessinée à la main censée indiquer l’emplacement d’un butin enfoui. Peu après, Roxas croise un deuxième individu affirmant avoir été interprète sous les ordres de Yamashita. Ce témoin raconte avoir vu de l’or être dissimulé dans des tunnels souterrains.

Un obstacle majeur se dressait cependant devant toute tentative d’excavation : le dictateur Ferdinand Marcos. Arrivé au pouvoir en 1965 avec son épouse Imelda, plus tard célèbre pour sa collection de milliers de chaussures de créateurs, il était déjà fortuné. Ses instincts kleptocrates l’auraient rendu obsédé par la recherche de ces richesses souterraines. Marcos avait ordonné à son armée d’inspecter les sites suspects et imposé que chaque chercheur de trésor légitime demande un permis révélant l’endroit exact des fouilles. Ce système contraignait indirectement les explorateurs à travailler pour lui.

Malgré les motifs manifestement corrompus de cette législation, Roxas décide de s’y conformer. En 1970, il obtient un permis auprès du juge Pio Marcos, un magistrat local et membre de la famille du président, qui lui rappelle que la loi philippine exige qu’au moins trente pour cent de toute découverte soit versée au gouvernement. Roxas bénéficiait toutefois d’un avantage géographique de taille : Baguio, sa ville de résidence, se situait dans la région montagneuse du nord de l’île de Luçon, un secteur où les troupes japonaises avaient été très actives et où Yamashita lui-même avait signé sa reddition formelle en 1945.

Une percée décisive au cœur de la terre

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Roxas rassemble alors une équipe d’ouvriers et lance des travaux d’excavation sur un terrain appartenant à l’État, à proximité de l’hôpital général de Baguio. Durant sept mois de labeur exténuant, l’équipe creuse jour et nuit sans relâche. Leurs efforts finissent par percer l’accès à un réseau de tunnels souterrains. À l’intérieur, ils découvrent des câbles électriques, des radios, des baïonnettes, des fusils et un squelette humain portant encore un uniforme de l’armée japonaise. Il s’agissait des restes de l’une des personnes emmurées lors de la fermeture du site. Bien que macabre, cette trouvaille confirme à Roxas qu’il est sur la bonne voie. Les recherches se poursuivent quelques semaines de plus jusqu’à ce que les hommes butent sur une enceinte en béton de trois mètres d’épaisseur dans le sol du tunnel, qu’ils réussissent finalement à percer le 24 janvier 1971.

C’est à cet instant précis que le serrurier découvre une statue de Bouddha mesurant près d’un mètre de haut, façonnée dans un style traditionnel, les mains jointes et les yeux clos en méditation éternelle. L’objet semblait entièrement constitué d’or massif et affichait un poids d’une tonne métrique selon les estimations de son découvreur. Il aura fallu dix hommes, un palan à chaîne, de multiples cordes et des rondins de bois pour remonter la relique à la surface. En examinant l’artefact, Roxas remarque une anomalie au niveau de la tête et réalise qu’elle peut être retirée. L’intérieur recèle alors des poignées de diamants non taillés.

Le trésor ne se limitait pas à cette seule statue. Sous l’enveloppe de béton, l’équipe découvre une immense zone de près de deux mètres de large sur neuf mètres de long, remplie de boîtes en bois de la taille d’une caisse de bière, empilées sur cinq ou six niveaux. En ouvrant l’un de ces réceptacles, Roxas y trouve vingt-quatre lingots d’or. Il prend la décision d’emporter ces vingt-quatre pièces ainsi que des sabres de samouraï, avant de sceller soigneusement l’entrée du tunnel derrière lui. Loin de cacher sa réussite, il pose avec le Bouddha pour des photographes de presse et montre l’objet à des acheteurs potentiels. Deux d’entre eux analysent le métal et attestent qu’il s’agit d’or massif d’au moins 20 carats. L’information finit rapidement par remonter jusqu’au palais présidentiel.

La confiscation brutale et les persécutions de l’État

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La gloire de cette trouvaille fut d’une courte durée. Le 5 avril 1971, à 2h30 du matin, un groupe d’hommes en uniformes militaires fait irruption au domicile de la famille Roxas. Ils présentent un document qu’ils décrivent comme un mandat de perquisition signé par le juge Pio Marcos. Les intrus frappent le frère de Roxas à coups de crosse de fusil et terrorisent toute la famille. À leur départ, ils emportent le Bouddha, les diamants, les dix-sept lingots d’or restants (Roxas en ayant probablement vendu quelques-uns), les sabres de samouraï, la collection de pièces de monnaie de son épouse, et même la tirelire des enfants. En l’espace de quelques minutes, les fruits de plusieurs années de sacrifices s’évanouissent.

Déterminé à ne pas se laisser faire, Roxas s’adresse à la police et aux médias. Il confronte directement le juge Pio Marcos, qui lui avoue avoir signé le mandat sur ordre du président, tout en le prévenant que sa vie est désormais menacée. Les accusations portées contre le dictateur font la une des journaux. Peu de temps après, l’armée dépose une statue de Bouddha au palais de justice de Baguio. Convoqué pour identifier l’objet, Roxas constate immédiatement qu’il ne s’agit pas du sien. La couleur est différente et la tête ne peut pas être retirée. Il dénonce publiquement une contrefaçon, prouvant au régime qu’il ne se laissera pas intimider si facilement.

Cet affront ne reste pas impuni. En mai 1971, le chasseur de trésor est arrêté et détenu pendant des semaines. Les hommes de Marcos lui font subir des tortures glaçantes : chocs électriques avec des fils reliés à une batterie de voiture, brûlures de cigarettes et coups de maillet en caoutchouc. Sous la contrainte, il est forcé de signer une déclaration sous serment attestant que la perquisition de son domicile a été « effectuée de manière pacifique ». Ayant conservé ses talents de serrurier, il parvient à s’échapper en forçant le verrou d’une fenêtre. Son répit est bref : arrêté de nouveau en 1972 sur la base d’accusations forgées de toutes pièces pour port d’armes, il reste emprisonné jusqu’en novembre 1974. Cette épreuve détruit sa vie de famille. Il se sépare de sa femme, et ses enfants grandissent en grande partie sans leur père, condamné à passer ses années dans la clandestinité ou derrière les barreaux.

Une quête de justice posthume face à un système corrompu

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Il aura fallu attendre la révolution populaire de 1986 pour que Ferdinand Marcos soit chassé du pouvoir et contraint de fuir à Hawaï. Le nouveau gouvernement, prenant possession du palais de Malacañang, met au jour des documents reliant l’ancien président à des comptes bancaires secrets à l’étranger, ainsi que la tristement célèbre collection de plus de 2 700 paires de chaussures d’Imelda. En 1992, cette dernière déclare publiquement que l’immense fortune de sa famille provenait en réalité de l’or de Yamashita, et non de la fraude et du détournement de fonds que la population suspectait.

Avec le dictateur en exil, Roxas engage un procès à Hawaï en 1988. Il réclame une compensation financière pour la torture endurée, son emprisonnement abusif et le vol de son trésor. Malheureusement, il ne verra jamais l’aboutissement de cette procédure judiciaire. Rogelio Roxas décède le 25 mai 1993 dans sa ville de Baguio. La cause officielle de sa mort est attribuée à la tuberculose, mais aucune autopsie n’est pratiquée. Son avocat souligne le calendrier troublant de cette disparition, survenue quelques jours seulement avant qu’il ne fournisse un témoignage clé pour le procès. Ferdinand Marcos, quant à lui, était déjà mort en exil en 1989.

Le dossier survit à la disparition de ses deux principaux protagonistes. En 1996, un jury d’Honolulu reconnaît la responsabilité posthume de l’ancien dictateur et accorde des dommages-intérêts colossaux de 22 milliards de dollars, ce qui représentait à l’époque la plus importante sanction civile jamais prononcée aux États-Unis. Cependant, en 1998, la Cour suprême d’Hawaï annule la portion de 22 milliards, estimant que l’évaluation de la valeur des boîtes en or restées fermées était trop spéculative. Les indemnités sont finalement réduites à environ 19 millions de dollars, comprenant 6 millions pour les actes de torture et de séquestration infligés à Roxas, et 13 millions pour le vol du Bouddha et des lingots d’or. Encore aujourd’hui, les héritiers de l’explorateur peinent à recouvrer cette somme réduite auprès de la famille Marcos.

Le destin tragique de Rogelio Roxas n’a nullement dissuadé d’autres passionnés de poursuivre la recherche des caches secrètes que l’armée japonaise aurait laissées derrière elle sur le sol philippin. Les risques demeurent pourtant extrêmement élevés, et certains le paient de leur vie. Au fil des décennies, des dizaines de chercheurs ont péri à la suite d’effondrements de grottes, d’expositions à des gaz toxiques ou d’asphyxie dans des galeries instables. En mars 2024, quatre hommes sont morts étouffés à l’intérieur d’une cavité dans la province de Bukidnon en cherchant l’or de Yamashita. Pour beaucoup d’individus, tout comme pour Roxas, le prix de cette richesse s’est révélé bien trop lourd à porter.

Selon la source : popularmechanics.com

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