Votre complément d’huile de poisson est-il vraiment efficace ? Une découverte pourrait tout changer
Auteur: Mathieu Gagnon
Cette gélule que des millions de gens prennent chaque matin

Beaucoup d’entre nous, près de 19 millions d’adultes rien qu’aux États-Unis, avalent leur gélule d’huile de poisson chaque jour. On nous dit que c’est bon pour la santé, plein d’oméga-3, ces fameux EPA et DHA qui sont censés combattre l’inflammation et nous protéger de maladies chroniques. C’est presque devenu un réflexe. Mais voilà, quand on se penche sur la question du cancer, les choses deviennent tout de suite… beaucoup plus floues.
Une nouvelle étude vient de jeter un pavé dans la mare. Des chercheurs de l’Université du Michigan et du MD Anderson Cancer Center ont mis le doigt sur quelque chose d’essentiel : une petite enzyme qui pourrait bien être la clé de tout. Sans elle, nos chères gélules pourraient ne pas servir à grand-chose.
Le grand flou autour des oméga-3 et du cancer

Pendant des années, les scientifiques ont essayé de comprendre le lien entre l’huile de poisson et la prévention du cancer. Le résultat ? Un véritable casse-tête. Des études à grande échelle se contredisent les unes les autres. Certaines suggèrent un petit bénéfice, oui, peut-être une réduction du risque. D’autres, au contraire, ne trouvent aucun effet, voire, et c’est troublant, une possible augmentation de certains cancers.
On se retrouve donc avec un grand point d’interrogation. Pourquoi ce qui semble si prometteur en théorie ne donne-t-il pas de résultats clairs et nets dans la pratique ? C’est cette question qui a poussé les chercheurs à creuser plus loin.
La découverte : tout dépend d’une enzyme nommée ALOX15

Et ils ont trouvé une piste sérieuse. Le secret résiderait dans un gène appelé ALOX15 (ou 15-lipoxygénase-1, mais retenons ALOX15, c’est plus simple). Ce gène produit une enzyme qui est absolument cruciale. C’est elle qui permet à notre corps de transformer les oméga-3 (EPA et DHA) en molécules qui combattent l’inflammation chronique, un terrain fertile pour le développement des cancers.
Le problème, et il est de taille, c’est que cette enzyme ALOX15 est souvent inactive, comme « éteinte », dans les tumeurs colorectales. Imaginez que vous avez la meilleure clé du monde (l’huile de poisson) mais que la serrure (l’enzyme ALOX15) est cassée. La clé ne sert plus à rien. C’est un peu ce qui se passe dans le corps de certaines personnes.
Des résultats surprenants, voire inquiétants, chez les souris

Pour vérifier leur hypothèse, les chercheurs ont mené des expériences sur des souris. Et là, surprise. Dans un premier temps, en donnant de l’huile de poisson à des souris exposées à des produits pro-inflammatoires, ils ont constaté… une augmentation du nombre de tumeurs du côlon. L’inverse de ce qu’on attendait !
Mais tout s’est éclairci quand ils ont regardé de plus près. Ce résultat inquiétant se produisait surtout chez les souris qui n’avaient pas l’enzyme ALOX15. En l’absence de cette enzyme, non seulement les oméga-3 n’aidaient pas, mais ils semblaient même aggraver les choses. Cela montre bien à quel point cette enzyme est déterminante.
Attention, toutes les huiles de poisson ne se valent pas

L’étude a aussi montré que les choses sont encore un peu plus compliquées. Tous les oméga-3 et toutes les formes de compléments ne réagissent pas de la même manière. Par exemple, l’EPA semblait donner de meilleurs résultats que le DHA en l’absence de l’enzyme. De plus, les formes utilisées dans les compléments (acides gras libres, esters d’éthyle comme dans le médicament Lovaza, ou triglycérides) ont aussi leur importance.
Globalement, les formes d’EPA ont réussi à réduire les tumeurs, mais surtout quand l’enzyme ALOX15 était bien présente. Le DHA, lui, était bien moins efficace sans cette fameuse enzyme. Comme le dit le professeur Imad Shureiqi, l’un des auteurs : « Tous les compléments d’huile de poisson ne sont pas les mêmes. » C’est une information capitale.
Alors, on continue ou on arrête les gélules ?

Que doit-on retenir de tout ça ? D’abord, que la science est complexe et qu’une solution unique ne fonctionne pas pour tout le monde. L’efficacité de votre gélule d’huile de poisson pour prévenir le cancer colorectal pourrait dépendre de votre profil génétique, et plus précisément de la présence de cette enzyme ALOX15.
Même si ces études ont été menées sur des animaux, elles nous incitent à la prudence. La recommandation des chercheurs est simple et pleine de bon sens : ne commencez pas ou n’arrêtez pas un complément sans en parler à votre médecin. Lui seul pourra vous conseiller au mieux.
La bonne nouvelle, c’est que la recherche avance. L’équipe travaille déjà à développer des médicaments qui pourraient « réactiver » l’ALOX15. Un jour, peut-être, on pourra combiner ces médicaments avec les oméga-3 pour une prévention vraiment efficace. Mais d’ici là, la prudence est de mise.