L’EPA ne prendra plus en compte les coûts sanitaires pour deux polluants mortels : un virage inquiétant
Auteur: Simon Kabbaj
Un revirement qui pèse lourd sur la facture médicale

C’est une décision qui a de quoi surprendre, voire choquer, tant elle semble aller à contre-courant de la logique même de protection sanitaire. Publiée ce 13 janvier 2026 par Ellyn Lapointe, l’information révèle un changement de cap radical. Il faut d’abord réaliser ce que cela implique financièrement pour nous, les citoyens. Saviez-vous que la pollution de l’air, causée uniquement par les combustibles fossiles, coûte en moyenne à chaque Américain la somme astronomique de 2 500 dollars par an en frais médicaux supplémentaires ? C’est énorme.
À l’échelle nationale, on parle d’une facture globale dépassant les 820 milliards de dollars chaque année. Pourtant, selon la nouvelle directive de l’EPA (l’Agence de protection de l’environnement) sous l’administration Trump, ces coûts exorbitants ne devront plus peser dans la balance. L’agence a décidé qu’elle ne prendrait plus en compte le coût économique des dommages causés à la santé humaine par deux des polluants atmosphériques les plus répandus et les plus meurtriers aux États-Unis : les particules fines (connues sous le nom de PM2.5) et l’ozone.
C’est un renversement complet, et franchement stupéfiant, de la mission affichée par l’agence. En substance, cette nouvelle règle met fin à une pratique de longue date qui consistait à effectuer des analyses coûts-avantages. Ces analyses servaient à estimer la valeur économique des visites aux urgences évitées, des maladies prévenues et, bien sûr, des décès prématurés liés à un air plus pur. Désormais, ces calculs disparaissent de l’équation réglementaire.
Une justification technique qui facilite la dérégulation industrielle

Pourquoi un tel changement maintenant ? C’est la question qu’on peut légitimement se poser. Selon les experts, l’abandon de la « monétisation » des bénéfices sanitaires liés à la régulation de l’ozone et des PM2.5 pourrait considérablement faciliter l’assouplissement des limites imposées aux grands pollueurs. On pense ici aux centrales électriques, aux aciéries, aux raffineries de pétrole et à toutes ces installations industrielles lourdes. Richard Revesz, directeur de la faculté de l’Institut pour l’intégrité des politiques à la faculté de droit de l’Université de New York, n’a pas mâché ses mots dans le New York Times.
Pour lui, « l’idée que l’EPA ne prenne pas en compte les bénéfices de ses réglementations pour la santé publique est un anathème à la mission même de l’EPA ». Et il a raison, si l’on se fie à la déclaration de mission de l’agence elle-même, dont la responsabilité fondamentale est censée être de « protéger la santé humaine et l’environnement ». Mais l’agence a sa propre ligne de défense. Dans une analyse d’impact réglementaire, l’EPA affirme que les anciennes analyses coûts-avantages avaient, je cite, « surestimé la précision » des impacts sanitaires monétisés.
Pour « rectifier cette erreur », l’agence cessera donc de considérer la valeur en dollars des bénéfices santé « jusqu’à ce qu’elle soit suffisamment confiante dans la modélisation pour monétiser correctement ces impacts ». Un porte-parole de l’EPA a même précisé par courriel à Gizmodo que, puisque les niveaux de PM2.5 et d’ozone ont baissé depuis l’an 2000, les « impacts incrémentiels » de nouvelles réductions sont devenus plus difficiles à mesurer, ce qui les a poussés à réévaluer leurs méthodes. Richard Revesz, s’exprimant cette fois sur NPR, souligne le danger de cette logique : si les bénéfices ne se voient pas attribuer un montant concret en dollars, il devient terriblement facile de les ignorer purement et simplement.
Contexte politique et réalités biologiques : des poumons en danger

Il ne faut pas être dupe, ce changement ne sort pas de nulle part. Il s’inscrit dans un schéma bien plus large de mesures de dérégulation orchestrées par l’EPA de l’administration Trump. Au cours de l’année écoulée, nous avons vu l’agence tenter d’annuler le constat de mise en danger (qui permet aux États-Unis de réguler les émissions de gaz à effet de serre), abandonner les limites d’émissions pour les centrales électriques, et même revenir sur une interdiction de l’amiante, pourtant cancérigène, qui avait été mise en place sous l’ère Biden. C’est un détricotage systématique des protections environnementales établies.
Pourtant, la science, elle, ne change pas d’avis sur la dangerosité de ces substances. Des études ont établi des liens solides entre l’exposition à long terme à l’ozone et aux PM2.5 et une série d’effets graves sur la santé : maladies cardiaques, accidents vasculaires cérébraux (AVC), maladies pulmonaires chroniques et décès prématurés. Les particules PM2.5 sont particulièrement vicieuses car elles sont suffisamment minuscules pour pénétrer profondément dans les poumons et entrer directement dans la circulation sanguine, provoquant une inflammation généralisée et des dommages aux organes. L’ozone, de son côté, s’attaque principalement au système respiratoire, irritant les voies aériennes et réduisant la fonction pulmonaire au fil du temps. Même une exposition courte peut déclencher de l’asthme ou des infections respiratoires.
D’où viennent-ils ? Ces deux polluants proviennent largement des activités industrielles, en particulier la combustion de combustibles fossiles. Les PM2.5 peuvent être émises directement par les usines, les mines et les centrales, ou se former dans l’atmosphère par réaction chimique. L’ozone, lui, ne sort pas directement d’une cheminée ; il se forme lorsque les oxydes d’azote et les composés organiques volatils (rejetés par les véhicules, les fourneaux industriels et les chaudières) réagissent sous la lumière du soleil.
Conclusion : L’argent prime-t-il désormais sur la vie ?

Certes, si l’on regarde les tendances sur plusieurs décennies, les concentrations moyennes de PM2.5 et d’ozone ont baissé à l’échelle nationale, et l’EPA attribue cela aux réglementations fédérales et étatiques passées. Mais attention à ne pas crier victoire trop vite. Le rapport « State of the Air » 2025 de l’American Lung Association a jeté un pavé dans la mare en révélant que les progrès sur l’ozone se sont inversés ces dernières années. De plus, des pics malsains de pollution aux PM2.5 restent un problème majeur et persistant dans de nombreuses régions du pays.
Alors que ces tendances inquiétantes se poursuivent, la décision de l’EPA pourrait signifier que les futures réglementations sur la qualité de l’air seront jugées principalement sur les coûts de conformité pour l’industrie, et non plus sur le coût des factures médicales ou des vies perdues. Ce glissement sémantique et comptable pourrait ouvrir la voie à des normes plus faibles, précisément à un moment où la pollution de l’air demeure une menace croissante pour la santé publique des Américains. C’est un pari risqué sur l’avenir, où la santé semble passer au second plan.
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.