Ice Memory : L’Antarctique devient le coffre-fort glacé de notre histoire climatique
Auteur: Adam David
Une bibliothèque de glace pour l’éternité (ou presque)

C’est une nouvelle qui pourrait sembler anecdotique, mais qui porte en elle le poids des siècles à venir. Imaginez un instant : deux carottes de glace, extraites des entrailles de nos montagnes européennes — le Mont Blanc en France et le Grand Combin en Suisse — viennent tout juste d’arriver dans leur dernière demeure, le Sanctuaire Ice Memory en Antarctique. Ce n’est pas juste de la glace ; ce sont de véritables capsules temporelles.
L’idée derrière cette mission est aussi simple qu’ambitieuse : stocker des morceaux de nos glaciers de montagne dans un congélateur naturel infaillible pour que les scientifiques du futur puissent les étudier. Pourquoi ? Parce que nos glaciers fondent, et vite. C’est effrayant quand on regarde les chiffres : on estime que depuis l’an 2000, la perte de masse glaciaire atteint environ 5 % à l’échelle mondiale. En Europe, c’est encore plus violent, avec une perte régionale oscillant entre 2 % et 39 %. Ce réchauffement d’origine anthropique ne se contente pas de modifier nos paysages, il efface des millénaires d’archives climatiques.
Face à ce constat d’urgence, la Fondation Ice Memory a été créée en 2015. C’est une coalition impressionnante d’institutions qui refusent de laisser ce savoir disparaître. On y retrouve le CNRS, l’IRD, l’Université Grenoble-Alpes et les Centres Nationaux de Référence côté français, main dans la main avec l’Université Ca’ Foscari de Venise et l’Institut Paul Scherrer en Suisse. Leur pari ? Que les technologies de demain, celles qui n’existent peut-être même pas encore, sauront faire parler ces glaces bien mieux que nous ne le pouvons aujourd’hui.
Une odyssée logistique de 1,7 tonne à travers le globe

Il ne suffit pas de décider de sauver la glace, encore faut-il la transporter à l’autre bout du monde sans qu’elle ne fonde d’une goutte. Le voyage de ces premiers échantillons alpins ressemble à un roman d’aventure logistique. Tout a commencé avec les forages : celui du col du Dôme au Mont Blanc a été réalisé en 2016, tandis que celui du Grand Combin est tout récent, datant de 2025. Au total, c’est une cargaison d’environ 1,7 tonne qui a dû être déplacée.
Les échantillons ont quitté les Alpes à la mi-octobre de l’année dernière. Ils ont embarqué sur le brise-glace de recherche italien, le Laura Bassi, pour un périple maritime qui donne le tournis : traversée de la Méditerranée, de l’Atlantique, puis du Pacifique, pour enfin affronter l’océan Austral et la mer de Ross. Plus de 50 jours de voyage, durant lesquels la température a été maintenue strictement à -20 °C. Une prouesse.
Le navire a finalement atteint la station Mario Zucchelli, sur la baie Terra Nova, le 7 décembre 2025. Mais le voyage n’était pas fini. Il a fallu transférer ces précieuses archives dans un avion spécial, équipé d’une cabine cargo réfrigérée, pour les acheminer jusqu’à Concordia. C’est là-bas, perdu au cœur du plateau antarctique à 3 200 mètres d’altitude, que le voyage s’achève.
Le Sanctuaire : un frigo naturel à -52 °C sans électricité

Une fois sur place, où met-on ces trésors ? Pas dans un hangar en tôle, non. Le Sanctuaire Ice Memory est une merveille de simplicité et d’efficacité. C’est une structure creusée directement dans la neige compacte de l’Antarctique. Imaginez une cave de 35 mètres de long, pour 5 mètres de haut et de large, qui s’enfonce jusqu’à 9 mètres de profondeur. C’est rustique, mais c’est le but.
L’avantage de ce design, c’est qu’il ne nécessite aucun matériau de construction importé ni aucun système de réfrigération mécanique qui pourrait tomber en panne. La nature fait tout le travail : à cette profondeur et sous ces latitudes, la température reste stable à -52 °C toute l’année. Les échantillons sont donc en sécurité, piégés dans le froid, prêts à révéler leurs secrets sur les gaz atmosphériques, les aérosols ou les polluants du passé.
Ce sanctuaire n’a pas vocation à rester vide. Dix forages ont déjà été réalisés par des équipes de plus de 13 pays, et d’autres carottes provenant des Andes, du Pamir, du Caucase ou encore du Svalbard devraient rejoindre les archives alpines dans les années à venir. C’est un véritable archivage mondial qui se met en place.
Conclusion : Un héritage pour une science qui n’existe pas encore

Ce projet va bien au-delà de la simple collecte de données. Comme le souligne Anne-Catherine Ohlmann, la directrice de la fondation, « nous sommes la dernière génération à pouvoir agir ». C’est une course contre la montre avant que la mémoire de nos glaciers ne fonde définitivement. Carlo Barbante, vice-président de la Fondation, insiste d’ailleurs sur le fait que ces échantillons permettront d’étudier le climat passé avec des outils futurs.
Pour gérer ce trésor, un cadre de gouvernance internationale sera mis en place au cours de la prochaine décennie. L’objectif est clair : garantir que ces carottes restent un patrimoine commun de l’humanité, avec un accès transparent pour les scientifiques. Thomas Stocker, de l’Université de Berne, le résume parfaitement en disant que ce modèle de gouvernance serait une réalisation majeure de la Décennie d’action des Nations unies pour les sciences de la cryosphère. En somme, on prépare le terrain pour les chercheurs de l’an 2100 et au-delà.
Selon la source : trustmyscience.com
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