Les plantes crient quand elles ont soif : pourquoi ces papillons les écoutent
Auteur: Mathieu Gagnon
Le monde secret des plantes bruyantes

On a souvent tendance à imaginer le monde végétal comme un havre de paix, totalement silencieux. Pourtant, si vous tendiez l’oreille — ou plutôt, si vous aviez l’ouïe ultra-sophistiquée de certains insectes — vous seriez surpris par le vacarme. Figurez-vous que les plantes parlent. Enfin, elles ne discutent pas de la pluie et du beau temps, mais elles émettent des sons bien réels.
Une étude fascinante vient de bouleverser nos certitudes. Elle révèle que les femelles papillons ne se fient pas uniquement à leurs yeux ou à leur odorat pour survivre. Non, elles écoutent. Elles sont capables de détecter les clics ultrasoniques émis par des plantes stressées par la sécheresse.
Pourquoi font-elles cela ? C’est une question de survie, tout simplement. Ces insectes utilisent ces signaux de détresse auditive pour choisir — ou plutôt éviter — certains sites de ponte. C’est une découverte qui change notre perception de l’interaction entre la faune et la flore.
Une communication invisible mais bien réelle

Les plantes, bien qu’elles n’aient ni bouche ni oreilles au sens propre, communiquent en permanence. C’est assez incroyable quand on y pense. Elles échangent des signaux chimiques par leurs racines, leurs feuilles et même par les airs. C’est tout un réseau.
Par exemple, lorsqu’une chenille commence à grignoter une feuille, certaines plantes libèrent des composés volatils. Ces odeurs dérivent vers leurs voisines pour les prévenir, déclenchant des mesures défensives comme la production de produits chimiques au goût amer ou le durcissement des feuilles. Sous terre, c’est encore plus complexe avec les réseaux mycorhiziens, souvent surnommés le « Wood Wide Web ». Grâce aux champignons, les arbres partagent des nutriments et envoient des signaux de détresse.
Mais revenons à nos papillons. L’espèce étudiée ici est la noctuelle du coton égyptien, ou Spodoptera littoralis pour les scientifiques. Ce papillon possède des oreilles tympaniques sensibles à une gamme de fréquences allant de 20 à 60 kHz, avec une sensibilité maximale autour de 38 kHz. Et devinez quoi ? C’est exactement là que se situent la plupart des « clics » émis par les plantes.
Certaines plantes sont même capables de distinguer leurs proches des étrangers, ou de reconnaître l’odeur d’une plante amie par rapport à celle d’une ennemie. Ce n’est pas juste de la biologie, c’est presque de la sociologie végétale. Les chercheurs avaient donc l’hypothèse que les papillons femelles utilisaient ces sons pour prendre des décisions cruciales.
L’expérience qui a tout prouvé

Pour vérifier cette théorie, les scientifiques ont mis en place des expériences rigoureuses avec des configurations précises. Dans un environnement sans plantes, les papillons préféraient pondre leurs œufs près d’un haut-parleur diffusant des sons enregistrés de plantes stressées. Cela semble contre-intuitif, n’est-ce pas ?
Mais attendez. Lorsque ces mêmes papillons ont été rendus sourds, cette préférence a disparu. Cela prouve bien que la réponse venait de l’audition et non d’autres indices. Ensuite, les choses se sont corsées : quand des plantes saines ont été ajoutées et que les mêmes sons étaient joués près de l’une d’elles, les papillons ont choisi la plante silencieuse.
Le professeur Yossi Yovel, co-auteur de l’étude à l’université de Tel-Aviv, explique : « Après avoir prouvé dans l’étude précédente que les plantes produisent des sons, nous avons émis l’hypothèse que les animaux capables d’entendre ces hautes fréquences pouvaient y réagir et prendre des décisions en conséquence. » Il ajoute qu’ils voulaient savoir si les insectes détectaient réellement ces sons.
Dans des arènes plus grandes, les papillons ont pondu plus d’œufs près d’un distributeur de sucre au centre ou près du haut-parleur émetteur de sons à une extrémité, mais aucun près de la résistance silencieuse à l’autre bout. Fait intéressant, même si les chants de cour des papillons mâles tombent dans une fréquence similaire, les femelles n’ont montré aucune préférence de ponte pour le côté « mâle ». La réponse était spécifique aux plantes.
La professeure Lilach Hadany, co-auteure, précise la logique : « Nous avons supposé que les femelles cherchent un site optimal pour pondre leurs œufs — une plante saine qui peut nourrir correctement les larves. » Ainsi, si la plante signale qu’elle est déshydratée, le papillon capte l’avertissement et évite de pondre dessus.
Quand l’odorat rencontre l’ouïe

Ce qui est fascinant, c’est la prise de décision contextuelle. Sans plante visible, le son est le seul indice, donc le papillon l’associe à la présence d’une plante. Mais s’il voit ou sent de vraies plantes, et que l’une d’elles émet des sons de stress, il la fuit. C’est une intelligence adaptative remarquable.
Les chercheurs ne se sont pas arrêtés là. En utilisant des enregistrements électroantennogrammes sur les antennes des papillons, ils ont trouvé de fortes différences dans la détection des odeurs entre les plantes en train de sécher et celles bien hydratées. Cela montre que les papillons intègrent le son et l’odeur.
Dans de véritables parcelles de plants de tomates, le taux de clics atteint environ 20 par minute. Lors des expériences, les sons ont été joués à un rythme de 30 à 60 clics par minute pour simuler ce qu’un papillon pourrait entendre près de nombreuses plantes stressées. Les niveaux sonores correspondaient parfaitement à ceux mesurés sur des plantes vivantes.
Conclusion : Une découverte qui ouvre des portes

Cette étude, publiée dans la revue eLife, révèle pour la première fois que les sons des plantes peuvent guider le comportement des insectes. Les papillons ne se contentent pas de renifler ou de toucher ; ils interprètent des indices ultrasoniques.
Les chercheurs pensent que d’autres animaux, peut-être des pollinisateurs ou des prédateurs, pourraient aussi utiliser ces sons. Bien que ces clics végétaux aient probablement évolué comme un sous-produit de la perte d’eau, ils servent aujourd’hui d’indices précieux.
« Nous sommes convaincus que ce n’est que le début », notent les chercheurs. L’interaction acoustique entre plantes et animaux possède sans doute bien d’autres formes et rôles. C’est un monde vaste et inexploré qui attend d’être découvert.
Selon la source : earth.com
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.