Ce « bon gras » insoupçonné qui contrôle secrètement votre tension artérielle
Auteur: Mathieu Gagnon
Une chaîne fatale enfin décryptée

C’est un duo infernal que l’on ne connaît malheureusement que trop bien. L’obésité arrive, et souvent, l’hypertension la suit de très près. Ensuite ? C’est le cœur qui trinque. C’est une réaction en chaîne plutôt sombre, je vous l’accorde, mais c’est une réalité incontournable quand on sait que les maladies cardiovasculaires restent la première cause de mortalité dans le monde. Pendant très longtemps, une grande question restait en suspens : pourquoi ?
On savait, bien sûr, que l’excès de graisse corporelle était lié à l’hypertension, mais le « comment » biologique restait flou, presque brumeux. On avait tendance à voir la graisse comme une simple zone de stockage passive, qui restait là sans rien faire. Eh bien, détrompez-vous. Une nouvelle étude vient bousculer cette idée reçue en affirmant que le tissu adipeux est tout sauf passif.
Il semblerait qu’un type de graisse bien spécifique ait le pouvoir de faire grimper la tension… ou au contraire, de la maintenir dans les clous. Ce n’est pas anodin. Tout ne se vaut pas dans notre organisme, et cette découverte pourrait bien changer notre façon de voir notre propre métabolisme.
Toutes les graisses ne jouent pas dans la même équipe

Le cœur du sujet, c’est la graisse beige thermogénique. C’est un type de tissu adipeux qui aide le corps à brûler de l’énergie, contrairement à la graisse blanche qui, elle, se contente principalement de stocker des calories. La graisse beige se comporte davantage comme la graisse brune – vous savez, cette graisse qui produit de la chaleur, très présente chez les nouveau-nés et de nombreux animaux. On en trouve aussi chez certains adultes, souvent autour du cou et des épaules.
Pourquoi est-ce si important ? Parce que des preuves cliniques antérieures avaient déjà montré que les personnes possédant de la graisse brune avaient moins de risques de faire de l’hypertension. Mais voilà, c’était juste une corrélation, pas une preuve formelle que c’était bien la graisse brune ou beige qui faisait la différence. Pour obtenir cette preuve irréfutable, les chercheurs avaient besoin d’une configuration où tout resterait identique, sauf le type de graisse.
C’est là qu’intervient Paul Cohen. Il dirige le laboratoire de métabolisme moléculaire Weslie R. et William H. Janeway et traite des patients au Memorial Sloan Kettering. Son équipe a mis au point des modèles de souris incapables de former de la graisse beige. Chez la souris, c’est ce dépôt de graisse thermogénique qui ressemble le plus à la graisse brune de l’adulte humain. Paul Cohen l’explique assez bien : « Nous savons depuis très longtemps que l’obésité augmente le risque d’hypertension et de maladies cardiovasculaires, mais la biologie sous-jacente n’a jamais été entièrement comprise. »
Il ajoute une nuance capitale : « Nous savons maintenant que ce n’est pas seulement la graisse en soi, mais le type de graisse – dans ce cas, la graisse beige – qui influence le fonctionnement des vaisseaux sanguins et régule la tension artérielle de l’ensemble du corps. » Pour prouver cela, l’équipe s’est concentrée sur l’identité de la graisse beige. Ils ont supprimé un gène appelé Prdm16 uniquement dans les cellules adipeuses. Résultat ? Les souris restaient en bonne santé à tout point de vue, sauf sur un trait clé : leurs cellules graisseuses ne pouvaient pas conserver leur identité « beige ». Mascha Koenen, boursière postdoctorale dans le laboratoire de Cohen, précise : « Nous savions qu’il y avait un lien entre le tissu adipeux thermogénique et l’hypertension, mais nous n’avions aucune compréhension mécanique du pourquoi. »
Quand la protection disparaît : le mécanisme dévoilé

Les résultats n’ont pas fait dans la dentelle. La graisse située autour des vaisseaux sanguins de ces souris génétiquement modifiées a commencé à se comporter… comme de la graisse blanche. Ce changement s’est accompagné de marqueurs typiques de la graisse blanche, y compris l’angiotensinogène. C’est un nom un peu barbare, mais c’est le précurseur d’une hormone majeure qui augmente la tension artérielle. Et les conséquences ne se sont pas fait attendre.
Les souris ont présenté une tension artérielle et une pression artérielle moyenne élevées. Plus inquiétant encore, leurs vaisseaux sanguins ont physiquement changé. L’analyse des tissus a révélé une accumulation de matière fibreuse et rigide autour des vaisseaux. Lorsque les chercheurs ont testé les artères de ces animaux, les vaisseaux réagissaient avec une force inhabituelle à l’angiotensine II, l’un des signaux de pression sanguine les plus puissants du corps. En d’autres termes, le système censé resserrer les vaisseaux sanguins était devenu susceptible et hyper-réactif.
Mascha Koenen explique la logique derrière leur approche : « Nous ne voulions pas que le modèle soit analogue à un individu obèse contre un individu maigre. Nous voulions que la seule différence soit de savoir si les cellules graisseuses de la souris étaient blanches ou beiges. De cette façon, les souris modifiées représentent un individu en bonne santé qui n’a tout simplement pas de graisse brune. » Cette conception épurée rend le message difficile à ignorer : la perte de l’identité de la graisse beige peut, à elle seule, faire grimper la tension, même sans l’obésité ou l’inflammation pour brouiller les pistes.
Mais qu’est-ce qui transmettait le message de la graisse altérée aux vaisseaux sanguins ? L’équipe a utilisé le séquençage d’ARN à noyau unique et a vu que, sans graisse beige, les cellules vasculaires activaient un programme génétique lié au tissu fibreux rigide. Ce genre de rigidification rend les vaisseaux moins souples, oblige le cœur à pomper plus fort et fait monter la tension. Les chercheurs se sont concentrés sur un signal provenant des cellules graisseuses elles-mêmes. Ils ont testé les médiateurs sécrétés libérés par les cellules adipeuses dépourvues d’identité beige.
Les résultats ont montré que le transfert de ce fluide sur des cellules vasculaires pouvait activer le programme génétique du tissu fibreux à lui seul. Cela indiquait qu’il y avait quelque chose dans la « soupe » libérée par les cellules graisseuses. En utilisant de grands ensembles de données d’expression génique et protéique, les chercheurs ont identifié une enzyme coupable : QSOX1. Elle a déjà été liée au remodelage tissulaire dans le cancer, pour info. Le rebondissement clé, c’est que la graisse beige maintient normalement QSOX1 éteint. Lorsque l’identité beige est perdue, QSOX1 est surproduit, et une cascade commence qui finit par l’hypertension. Pour vérifier que QSOX1 n’était pas juste là par hasard, l’équipe a créé des souris manquant à la fois de Prdm16 et de Qsox1. Ces souris n’avaient pas de graisse beige, comme prévu, mais elles n’ont pas développé de dysfonctionnement vasculaire. Cela place QSOX1 clairement aux commandes.
Conclusion : De la souris à l’homme

L’étude ne s’arrête pas à nos amis les rongeurs, heureusement. Dans de grandes cohortes cliniques, les personnes porteuses de mutations du gène PRDM16 présentaient une tension artérielle plus élevée. Cela concorde parfaitement avec les résultats chez la souris, où la perte de Prdm16 activait QSOX1 et poussait le système vers l’hypertension.
Les chercheurs décrivent cette approche comme une « traduction inverse » : un médecin-chercheur voit un schéma chez les patients, utilise des modèles de laboratoire pour comprendre le mécanisme, puis ramène cette compréhension à la maladie humaine. Ici, la méthode a découvert une ligne de communication directe entre la graisse et les vaisseaux sanguins qui ne dépend pas de l’obésité elle-même.
La promesse pratique, c’est l’idée de traitements plus spécifiques. L’hypertension artérielle dispose déjà de nombreux médicaments efficaces, y compris ceux qui ciblent la signalisation de l’angiotensine. Mais ce travail suggère un autre angle d’attaque : des thérapies qui ciblent la conversation moléculaire entre la graisse thermogénique et la paroi des vaisseaux, incluant peut-être QSOX1. Comme le dit Paul Cohen : « Plus nous en savons sur ces liens moléculaires, plus nous pouvons avancer vers un monde où nous pourrons recommander des thérapies ciblées basées sur les caractéristiques médicales et moléculaires d’un individu. » Cette étude complète a été publiée dans la prestigieuse revue Science.
Selon la source : earth.com
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.