Ozempic : Pourquoi ce médicament fait bien plus que vous amincir (et ce qu’on ne vous dit pas)
Auteur: Mathieu Gagnon
Une révolution qui dépasse la balance ?

On n’entend parler que de ça, n’est-ce pas ? Ces fameux « agonistes du GLP-1 »… des noms un peu barbares pour désigner l’Ozempic, le Wegovy ou encore le Mounjaro. On nous les vend comme des baguettes magiques pour fondre à vue d’œil en nous coupant l’appétit. Mais est-ce que l’histoire s’arrête là ? Pas si sûr. Il semblerait que ces molécules aient des vertus cachées, bien plus profondes que la simple esthétique.
Certains médecins commencent à penser – et pas qu’un peu – qu’ils pourraient soigner des maladies qui n’ont, tenez-vous bien, aucun lien direct avec l’obésité. C’est assez fascinant quand on y pense. Après tout, si une molécule peut changer la façon dont notre corps gère l’énergie, pourquoi ne pourrait-elle pas réparer d’autres circuits ? Plongeons ensemble dans ce dossier complexe, publié à l’origine par Mathieu Perreault, pour démêler le vrai du faux.
Le cœur et la tête : Des surprises et des déceptions

Parlons d’abord du moteur, notre cœur. L’an dernier, deux études ont fait grand bruit. Elles ont montré que ces médicaments – qui imitent une hormone digestive pour nous caler l’estomac – réduisent les risques cardiovasculaires. Et le plus fou ? Ça marche même chez les patients qui ont un poids tout à fait normal. C’est ce qui a mis la puce à l’oreille du Dr Atul Verma et du Dr Abhinav Sharma, deux chercheurs éminents du Centre universitaire de santé McGill (CUSM). Le Dr Verma, qui dirige la cardiologie là-bas, est assez enthousiaste. Il mène d’ailleurs une étude pour voir si cela pourrait calmer la fibrillation auriculaire. Selon lui, il y a des effets bénéfiques indépendants de l’obésité : une baisse de la pression artérielle, un cholestérol mieux géré et des vaisseaux sanguins qui fonctionnent mieux. « Nous ne comprenons pas exactement les mécanismes en cause, mais ça semble lié à une diminution de l’inflammation », avoue-t-il humblement. Le Dr Sharma, de l’Institut de recherche du CUSM, renchérit en notant que d’autres travaux suggèrent même une réduction du risque de crise cardiaque, peu importe le chiffre sur la balance. Rappelons quand même qu’au départ, ces molécules servaient aux diabétiques pour booster l’insuline, avant qu’on ne remarque qu’ils perdaient du poids.
Par contre, du côté du cerveau, l’ambiance est un peu plus mitigée… voire carrément morose pour certains espoirs. On a cru un moment, comme l’explique le neuropsychiatre Simon Ducharme du CUSM, que les diabétiques sous traitement faisaient moins de démence. Mais voilà, en décembre dernier, l’étude internationale « Evoke » (à laquelle participait le Dr Ducharme) a rendu son verdict : les effets sont très limités. C’est la douche froide. « Je pense que c’est la fin des efforts pour utiliser les agonistes pour les troubles cognitifs », lâche-t-il, un brin fataliste. Cela dit, tout n’est pas perdu pour la psychiatrie. Il y a encore beaucoup d’intérêt pour traiter les dépendances, la dépression ou les maladies bipolaires. C’est un peu une « partie de pêche », comme on dit, mais on cherche. Attention toutefois : le Dr Ducharme soulève un point inquiétant pour nos aînés fragiles. La perte d’appétit, c’est bien, mais pas si on perd la masse musculaire dont on a tant besoin. Et pour ceux qui ont un passif de troubles alimentaires ? Danger. « La perte de poids pourrait les faire retomber dans le cercle vicieux de la compulsion alimentaire », prévient-il. La prudence reste mère de sûreté.
Ces organes vitaux qu’on oublie : Foie et Reins

Il y a du nouveau, et du positif cette fois, du côté de nos organes filtres. En décembre, Santé Canada a donné son feu vert au Wegovy pour traiter une maladie au nom complexe : la stéatohépatite associée à un dysfonctionnement métabolique, ou MASH pour les intimes. C’est une première ! Giada Sebastiani, hépatologue à l’IR-CUSM, nous rappelle que ce trouble du foie touche plus d’un Canadien sur 20 et peut mener à la cirrhose. Ce qui est troublant, c’est que le quart des patients souffrant de MASH ne sont même pas obèses. Selon la Dre Sebastiani, des données récentes de l’Association américaine pour l’étude du foie prouvent qu’une partie de l’effet guérisseur ne passe pas par la perte de poids. C’est une excellente nouvelle.
Et nos reins dans tout ça ? Eux aussi pourraient dire merci. En 2024, une étude dans le très prestigieux New England Journal of Medicine a mis en lumière des bienfaits pour les diabétiques ayant des soucis rénaux. Le Dr Sharma pense qu’on pourrait utiliser ces médicaments pour le syndrome cardio-rénal-métabolique (CKM). Mais est-ce que ça marche pour les gens minces ? Eh bien, il semblerait que oui. Babak Orandi, un chirurgien de l’Université de New York spécialiste des greffes, affirme que ces médicaments ont des effets anti-inflammatoires qui vont bien au-delà de la simple perte de kilos. Il a publié deux études frappantes l’an dernier. Tenez-vous bien : dans le Clinical Journal of the American Society of Nephrology, il montre que chez les diabétiques sous dialyse, la mortalité chutait du quart. Et dans le Lancet Diabetes & Endocrinology, on parle d’une baisse de la mortalité du tiers après une greffe de rein ! Katherine Tuttle, de l’Université de Washington, confirme dans une revue publiée dans Nature Reviews Nephrology que ces bénéfices ne dépendent pas du poids. C’est assez incroyable quand on y pense, non ?
Conclusion : Miracle médical ou mirage financier ?

Finalement, on a l’impression de revivre l’époque des statines, ces anticholestérols comme le Lipitor, il y a 20 ans. À l’époque, on leur prêtait mille vertus (contre le cancer, pour le cœur, le cerveau…), vertus qui ne se sont pas toutes confirmées. Le Dr Verma pense que les preuves actuelles pour les agonistes du GLP-1 sont plus solides que celles des statines à l’époque. Mais il y a des sceptiques, et c’est sain. Thomas Eschenhagen, chercheur à l’Université de Hambourg, reste dubitatif. Pour lui, au niveau cardiaque, c’est surtout la perte de poids qui joue. Il avait d’ailleurs publié une étude en 2021 dans Circulation à ce sujet.
M. Eschenhagen soulève un point un peu cynique mais réaliste : les statines ont été vendues comme des miracles juste avant que leurs brevets n’expirent. Tiens, tiens… exactement comme la situation actuelle des agonistes du GLP-1. « Je ne pense pas que c’est un hasard », glisse-t-il. Il faut dire que les labos ont tout intérêt à maximiser les ventes tant qu’ils ont l’exclusivité, car après, les budgets pour la recherche fondent comme neige au soleil. Et pour finir sur une note de réalité, une étude de décembre dans les Annals of Internal Medicine a coupé court à une autre rumeur : non, ces médicaments ne diminuent pas le risque de cancers liés à l’obésité. Comme quoi, il n’y a pas de magie, juste de la science, avec ses espoirs et ses limites.
Selon la source : lapresse.ca
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