Comment les choix quotidiens de fruits et légumes peuvent augmenter l’exposition aux pesticides
Auteur: Mathieu Gagnon
Quand nos bonnes intentions laissent des traces

On a tous cette envie de bien faire, n’est-ce pas ? On remplit le caddie de fruits et de légumes en se disant qu’on fait le meilleur choix pour sa santé. Pourtant, c’est parfois un peu décourageant de réaliser que ces produits, censés être sains, peuvent encore transporter des résidus de pesticides. Une nouvelle recherche vient de mettre le doigt sur quelque chose d’assez frappant : les produits que nous achetons sont étroitement liés aux traces de pesticides retrouvées dans notre urine, et ce, souvent en l’espace d’une seule journée. C’est rapide, très rapide.
Pour les familles qui doivent composer avec un budget serré, c’est un véritable casse-tête. Ces choix quotidiens finissent par façonner l’exposition chimique de toute la maison. C’est dans ce contexte que les analystes de l’Environmental Working Group (EWG) se sont penchés sur la question, en connectant ce que les gens mangeaient aux motifs de résidus de pesticides dans leur urine.
Ces travaux ont été dirigés par le Dr Alexis M. Temkin. Son équipe traque ces expositions chimiques qui découlent de nos choix de consommation quotidiens. Attention, il ne faut pas paniquer : ces signaux urinaires ne prouvent pas la maladie en soi. Mais ils montrent, sans l’ombre d’un doute, que nos choix alimentaires modifient ce que notre corps doit ensuite s’efforcer d’éliminer.
Une affaire de scores, de reins et… de pommes de terre

Pour comparer les produits de manière équitable, l’EWG ne pouvait pas se contenter des simples étiquettes bio ou des limites pour un seul produit chimique. Ils ont dû construire un indice de charge en pesticides. C’est une échelle assez complexe qui combine la quantité de résidus, la fréquence de détection et les informations sur la toxicité. Ils se sont basés sur des échantillonnages fédéraux d’aliments vendus à travers tout le pays. Comme le programme se concentre beaucoup sur ce que mangent les enfants, l’indice met surtout en lumière les articles qui finissent souvent dans les repas de famille.
L’équipe a utilisé l’enquête nationale sur la santé et la nutrition, la fameuse NHANES, pour lier les souvenirs alimentaires d’une journée avec l’urine de 1 837 participants. Cette enquête inclut la biosurveillance — c’est-à-dire la mesure des produits chimiques dans le sang ou l’urine — ce qui transforme une exposition vague en un chiffre que les scientifiques peuvent comparer. Les participants ont décrit ce qu’ils avaient mangé au cours des dernières 24 heures, et les labos ont mesuré les sous-produits de pesticides excrétés par les reins. Comme beaucoup de pesticides se dégradent vite, ces données capturent surtout les repas récents plutôt que les habitudes à long terme.
Et là, surprise… les pommes de terre sont venues brouiller les pistes. L’inclusion des pommes de terre a maintenu les classements urinaires presque plats dans l’étude, même quand des produits à score élevé étaient consommés le même jour. Pourquoi ? Probablement parce que beaucoup de ces portions arrivent sous forme de frites ou de chips, après beaucoup de transformation et de stockage. Une fois que l’équipe a retiré les pommes de terre de l’équation, les biomarqueurs urinaires — ces indices chimiques filtrés par les reins — ont grimpé en flèche avec le score d’exposition. Ce petit rebondissement suggère que les pesticides de la pomme de terre n’étaient pas bien capturés dans l’urine, ou que les estimations des portions ne collaient pas à la réalité de ce qui était avalé.
Le palmarès des résidus : des épinards aux oignons

Alors, qui sont les mauvais élèves ? Les épinards ont obtenu un score de 100 sur l’indice, suivis de près par le chou frisé (kale) à 99 et les fraises à 97. C’est énorme. Ces scores élevés proviennent de la présence de plus de produits chimiques par échantillon et d’un résidu total plus important, qui continuait d’apparaître même après rinçage. Sur l’ensemble des aliments, les analyses de laboratoire ont détecté 178 pesticides parents uniques. Cela signifie que les consommateurs ont rencontré des mélanges complexes, pas juste un produit isolé.
À l’autre bout du spectre, heureusement, le maïs doux et les oignons se sont classés près du bas de l’échelle. Donc, échanger certains légumes contre ceux-là peut réduire l’exposition sans pour autant devoir faire une croix sur les produits frais. Cependant, il faut admettre que la correspondance n’est pas parfaite. Les tests d’urine ne peuvent traquer que les pesticides que les labos savent mesurer. L’étude n’a vu qu’une partie de l’exposition. La NHANES a mesuré 15 marqueurs liés aux insecticides, laissant de côté de nombreux fongicides et produits chimiques de stockage qui ne sont pas dans les panels de routine.
Et puis, n’oublions pas que la nourriture n’est pas la seule route d’entrée. Les sprays pour le jardin, les traitements anti-puces pour les animaux de compagnie et même la dérive des produits sur le lieu de travail ajoutent aussi aux signaux urinaires. Cette exposition plus large signifie qu’un score pour les produits frais fonctionne mieux comme un drapeau d’avertissement, et non comme un test médical personnel précis.
Conclusion : Laver, éplucher et choisir ses batailles

Le score d’exposition calculé par l’équipe multipliait chaque portion par sa valeur d’indice, donc les épinards ajoutaient plus de points que le brocoli ou les champignons. Cette conception lie la charge de pesticides à la quantité mangée, évitant de supposer qu’une bouchée compte de la même manière pour tous les aliments. Même avec une vérification plus serrée où l’équipe a relié les aliments aux produits chimiques spécifiques testés dans l’urine, le score reste une estimation. Il ne peut pas capturer les résidus des céréales, de l’eau ou des produits pesticides domestiques.
Il y a aussi la réalité de nos cuisines. Les habitudes peuvent couper certaines traces, surtout sur les peaux et les feuilles qui portent la saleté. L’EPA recommande de frotter les produits sous l’eau courante, car l’eau qui coule emporte les produits chimiques de surface. Mais voilà le hic : certains pesticides pénètrent dans la plante pendant sa croissance, donc le lavage ne peut pas atteindre ces résidus qui sont littéralement sous la surface. Éplucher et couper les feuilles extérieures peut aider, mais les consommateurs font toujours face à des compromis de coût.
Une analyse a identifié plus de 200 pesticides différents sur les produits classés dans la « Dirty Dozen » de l’EWG — une liste annuelle des fruits et légumes qui tendent à porter le plus de résidus après lavage de routine. À l’inverse, la liste « Clean Fifteen » montre beaucoup moins de contamination. Les chercheurs ont trouvé que manger des fruits et légumes à hauts résidus était lié à des niveaux de pesticides plus élevés dans l’urine. Pour ceux qui ne peuvent pas acheter bio, choisir plus d’aliments de la « Clean Fifteen » et bien laver le reste peut réduire l’exposition quotidienne. L’étude, publiée dans The International Journal of Hygiene and Environmental Health, nous rappelle que la nutrition compte toujours, mais que nos choix laissent des traces.
Selon la source : earth.com
Créé par des humains, assisté par IA.