Le grand gâchis du frigo

On l’a tous fait, non ? Vous ouvrez le frigo, vous sortez ce pot de yogourt ou ce paquet de charcuterie qui traîne au fond, vous plissez les yeux pour lire la date et… hop, poubelle. Pas de prise de risque. C’est un réflexe presque pavlovien. Mais ce petit geste de prudence, répété semaine après semaine, finit par peser très lourd sur nos finances. Une nouvelle étude menée par l’Université Dalhousie à Halifax vient de chiffrer ce gaspillage, et ça fait mal au portefeuille.
Tenez-vous bien : le ménage canadien moyen jette littéralement 761 $ de nourriture par an à cause des dates indiquées sur les emballages. C’est une somme énorme, surtout en période d’inflation. Mais le plus frustrant dans l’histoire ? Près d’un tiers de ce gaspillage est dû à une simple confusion. On ne sait pas vraiment ce que ces dates veulent dire.
Cette recherche, réalisée en partenariat avec l’entreprise Too Good To Go (basée à Copenhague et spécialisée dans la lutte contre le gaspillage alimentaire), met le doigt sur un problème d’éducation majeur. On jette des produits parfaitement comestibles parce qu’on ne parle pas le même langage que l’industrie agroalimentaire.
Le flou artistique entre « Meilleur avant » et « Date limite »

C’est là que ça se corse. Il y a une différence fondamentale entre une date de péremption (date limite) et une date « meilleur avant », mais pour beaucoup, c’est du pareil au même. L’étude a révélé des chiffres assez inquiétants sur notre méconnaissance des étiquettes. Prenons la date d’expiration : elle indique que l’aliment n’est probablement plus sûr à consommer. Heureusement, trois quarts des sondés l’avaient compris. Mais ça laisse tout de même 14 % des gens qui pensent que cela signifie simplement que le produit a perdu en qualité, et un autre 8 % qui croient naïvement que c’est juste une recommandation de vente pour les magasins. C’est risqué.
De l’autre côté, on a le fameux « meilleur avant ». En théorie, cela indique juste que l’aliment a dépassé le pic de sa qualité gustative ou nutritionnelle, mais qu’il reste sans danger. Le problème ? Seulement 70 % des répondants le savaient. Pire encore, 20 % des Canadiens pensent que cette date signifie que la nourriture n’est plus sécuritaire et la jettent direct. C’est là que l’argent part en fumée.
Chris MacAulay, le vice-président des opérations nord-américaines pour Too Good To Go, a confié au National Post qu’il y a une opportunité énorme ici : « Si 30 % des gens ne savent pas ce que signifie
Fiez-vous à vos sens (et arrêtez de chercher une date sur le sel !)

Alors, comment on fait pour ne pas s’empoisonner sans pour autant jeter son argent par les fenêtres ? Sylvain Charlebois, directeur du Laboratoire d’analyse agroalimentaire de l’Université Dalhousie, a une méthode infaillible et presque primitive : « Regardez, sentez, goûtez ». C’est tout bête. « Le goût vient en dernier. C’est essentiellement ça », explique-t-il. Nos sens ont évolué pour ça, pour nous avertir du danger.
C’est d’ailleurs le message de la campagne « Regardez-Sentez-Goûtez » lancée l’année dernière par Too Good To Go. Ils ont même commencé à mettre des étiquettes « ne gaspillez pas » sur certains produits canadiens, comme ceux de Greenhouse et Paz Bakery. L’idée est simple : vérifiez l’emballage pour des signes de dommages, guettez la décoloration, reniflez pour détecter une mauvaise odeur ou un goût « bizarre ».
Attention quand même, ne faites pas n’importe quoi. Charlebois prévient : « Les protéines animales sont plus risquées ». Avec la viande et les produits laitiers, prudence absolue. Et dès que vous ouvrez un contenant et que l’air rentre, les dates ne veulent plus dire grand-chose de toute façon. Par contre, il note une nuance intéressante pour la viande : si c’est de la viande crue, c’est sensible. Mais la viande bien cuite ? « Si c’est bien cuit, vous pouvez en fait la garder longtemps », dit-il. Vous avez juste prolongé son cycle de conservation.
Le plus absurde dans tout ça, c’est l’omniprésence de ces dates. Charlebois a vu des dates « meilleur avant » apparaître sur du sucre, du miel (qui ne se périment pratiquement jamais) et même… du sel ! « J’ai vu une fois une date meilleur avant sur du sel. Je veux dire, franchement ! », s’exclame-t-il. Pour lui, forcer les gens à jeter de la bonne nourriture pour en racheter, c’est la version alimentaire de l’obsolescence programmée.
Conclusion : Pourquoi on garde ces dates malgré tout

Malgré tout ce gaspillage, il ne faut pas s’attendre à voir ces dates disparaître demain matin. Charlebois a cherché à savoir si les Canadiens étaient prêts à s’en débarrasser, et la réponse est non. On y tient. « Ils achètent de la nourriture, mais ils achètent aussi du temps », analyse-t-il. On cherche la date la plus lointaine pour gérer notre stock à la maison. Les épiciers adorent aussi ce système, car ça facilite la rotation des stocks.
Chris MacAulay ne veut pas non plus supprimer le système, mais plutôt miser sur l’éducation pour réduire la confusion. « Elles contribuent à la confusion des consommateurs », admet-il, ce qui mène au gaspillage et à des pertes économiques réelles. Mais il reste optimiste : même si certains restent méfiants à l’idée d’utiliser leurs sens, on peut simplifier les choses pour soulager à la fois la planète et le portefeuille des gens.
Pour info, cette étude a été menée en ligne auprès de 1 084 participants de plus de 18 ans à travers tout le Canada. Alors la prochaine fois, avant de jeter, faites confiance à votre nez !
Selon la source : nationalpost.com
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