Quand le Sahara était un paradis vert

Imaginez un instant l’Est de l’Afrique, non pas comme le désert aride que nous connaissons aujourd’hui, mais comme une savane luxuriante. C’était la réalité il y a des milliers d’années. Durant la « Période Humide Africaine », qui s’étendait environ de 9 600 à 5 300 ans avant notre ère, la vie foisonnait là où ne règne aujourd’hui que la poussière. Les peintures rupestres retrouvées dans le Sahara en témoignent : on y voit de nombreux animaux s’abreuvant au bord de rivières et de vastes lacs, à une époque où la civilisation égyptienne n’en était qu’à ses balbutiements.
Puis, tout a changé. La région s’est asséchée, entamant une transition vers un climat de plus en plus aride. Au fur et à mesure que les lacs s’évaporaient, les premières populations égyptiennes ont migré vers les rives fertiles du Nil. Dans l’art rupestre saharien, les chameaux ont commencé à faire leur apparition, signe que la faune s’adaptait déjà à ce changement d’habitat. Mais ce que nous découvrons aujourd’hui, c’est que cet assèchement millénaire ne modifie pas seulement le paysage en surface : il ébranle les fondations mêmes du continent africain. À mesure que les failles de la zone du rift est-africain se creusent, l’Est de l’Afrique est littéralement en train de s’arracher du reste de la masse continentale.
Le poids de l’eau : une question de pression

C’est là que la science devient fascinante. Christopher Scholz, géologue et physicien (professeur émérite à l’Université de Columbia), a mis en lumière un phénomène surprenant. Avec son équipe, il s’est penché sur le cas du lac Turkana, au Kenya. Ce géant mesure aujourd’hui 250 km de long pour 30 km de large, avec des profondeurs atteignant par endroits 120 mètres (400 pieds). Impressionnant ? Peut-être, mais ce n’est qu’un fantôme de ce qu’il était à la fin de la Période Humide. À l’époque, certaines parties du lac plongeaient à près de 300 mètres (mille pieds) de profondeur.
Pourquoi est-ce important ? Parce que l’eau, ça pèse lourd. Très lourd. De telles masses d’eau exercent une pression colossale sur la croûte terrestre, ce qui a pour effet de ralentir le mouvement des failles tectoniques situées juste en dessous. Grâce à des simulations informatiques, l’équipe de Scholz a découvert que le mouvement au sein des failles s’est accéléré à mesure que le niveau du lac baissait, réduisant ainsi la pression exercée sur la croûte. C’est la première fois qu’une étude, récemment publiée dans la revue Nature, apporte une preuve quantitative liant la vitesse de glissement des failles aux changements de niveau des lacs causés par le climat.
En datant des carottes de sédiments prélevées au fond du lac Turkana — qui, comme les lacs Malawi et Tanganyika, repose sur ce système complexe de failles — les chercheurs ont retracé l’histoire de l’eau sur les 10 000 dernières années. Le verdict est clair : à la fin de la Période Humide, le niveau de l’eau a chuté précipitamment, et le taux d’expansion des failles a grimpé en flèche en conséquence.
Volcans sous pression et naissance d’un océan
L’histoire ne s’arrête pas là. L’évaporation et la baisse de pression ont eu un autre effet secondaire redoutable : le réveil de l’activité sismique du volcan South Island, situé sur le lac Turkana. C’est de la physique pure : l’absence du poids de l’eau a entraîné une décompression du manteau terrestre sous le volcan. Résultat ? Davantage de roche a fondu, s’infiltrant dans la chambre magmatique qui a gonflé, intensifiant l’activité tectonique des failles. Cette pression supplémentaire du magma exacerbe les tensions qui affectent déjà le système de failles du bassin du sud du Turkana.
Concrètement, qu’est-ce que cela signifie pour l’avenir de l’Afrique ? Le continent est en train de se détacher lentement. La plaque tectonique somalienne (à l’est) s’éloigne de la plaque nubienne (à l’ouest) d’environ 6,35 mm (un quart de pouce) par an. À terme, ces deux plaques seront séparées par un nouvel océan. Les résultats de Scholz démontrent que dans la zone du lac Turkana, l’accélération du rift liée à la perte d’eau a augmenté ce taux de séparation tectonique d’environ 3 % (soit 0,007 pouces) au cours des 5 000 dernières années.
Comme le résume Christopher Scholz, le climat ne se contente pas de changer la météo : il influence la localisation des tensions dans la croûte terrestre et peut même modifier le style de la déchirure continentale, en jouant sur l’équilibre entre les processus magmatiques et purement tectoniques.
Selon la source : popularmechanics.com
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