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La reproduction humaine dans l’espace passe de la théorie à une réalité urgente
Crédit: lanature.ca (image IA)

Quand le voyage spatial devient un boulot comme les autres

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C’est une question qui met un peu mal à l’aise, mais qu’on ne peut plus balayer d’un revers de main : que devient notre fertilité une fois que l’on quitte la Terre ? Alors que le vol spatial passe doucement de la mission gouvernementale rare au voyage de routine, voire au simple trajet domicile-travail pour certains, un nouveau rapport tire la sonnette d’alarme.

Ce document, publié dans la revue Reproductive BioMedicine Online, l’affirme haut et fort : ce n’est plus de la science-fiction. C’est une question « urgemment pratique ». Pourquoi ? Parce que de plus en plus de gens vont passer de plus en plus de temps là-haut, et que les missions commerciales se multiplient à toute vitesse.

Le choc de deux révolutions

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Giles Palmer, embryologiste clinique, pose le décor avec une perspective historique fascinante. « Il y a plus de 50 ans, deux percées scientifiques ont redéfini ce que l’on pensait biologiquement et physiquement possible : le premier atterrissage sur la Lune et la première preuve de fécondation humaine in vitro », rappelle-t-il.

Aujourd’hui, un demi-siècle plus tard, ces deux mondes entrent en collision. L’espace devient un lieu de travail et une destination à part entière, tandis que les technologies de reproduction assistée sont devenues ultra-pointues, automatisées et accessibles à tous.

Attention, l’idée n’est pas d’inciter qui que ce soit à tenter de concevoir un enfant en orbite. Le message du rapport est beaucoup plus terre-à-terre : les risques sont prévisibles, les données sont maigres et, pour l’instant, les règles du jeu sont franchement floues. Les auteurs pointent de gros trous dans la raquette : il n’existe pas de normes acceptées par toute l’industrie pour gérer ces risques.

De quoi parle-t-on concrètement ? D’une grossesse accidentelle en début de voyage, des effets de la fertilité face aux radiations et à la microgravité, ou encore des limites éthiques à ne pas franchir alors que la recherche spatiale s’accélère. Ils réclament un cadre commun réunissant médecine reproductive, santé aérospatiale et bioéthique avant que des décisions ne soient prises à la va-vite.

Un environnement hostile pour notre biologie

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Disons-le clairement : l’espace est dur avec le corps humain. Le rapport décrit cet environnement comme « un lieu de travail de plus en plus routinier » mais aussi « un environnement hostile ». Les coupables sont connus : gravité altérée, radiations cosmiques et perturbation des rythmes circadiens (notre horloge biologique). Ce sont de vrais fauteurs de troubles pour l’organisme.

Des études sur les animaux suggèrent que les radiations à court terme peuvent perturber les cycles menstruels et augmenter les risques de cancer. Mais dès qu’on passe à l’humain sur la longue durée, on navigue à vue. Le rapport souligne un « déficit critique de connaissances » concernant l’effet cumulatif des radiations sur la fertilité masculine.

Il y a tout de même une petite note rassurante : les données recueillies sur les femmes astronautes de l’époque des navettes spatiales montrent que leurs taux de grossesse ultérieurs et les complications ressemblent à ceux des femmes du même âge restées sur Terre. Mais attention, cela ne répond pas aux questions plus épineuses sur les missions longues.

De plus, cela ne prend pas en compte le groupe grandissant des astronautes privés, qui peuvent avoir des profils de santé et des conditions de mission très différents. Les auteurs insistent : pour les hommes comme pour les femmes, il faudra de nouvelles preuves pour guider les stratégies de diagnostic et de prévention là-haut.

La technologie est prête (ou presque)

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Aujourd’hui, la grossesse est une contre-indication au vol spatial, et les règles sont souvent « mises en pause » via des méthodes hormonales. Mais cette approche reflète nos limites actuelles, pas une certitude biologique éternelle. Le rapport note que les progrès dans les technologies de procréation assistée (l’AMP) rendent ces outils de plus en plus compacts et automatisés.

Pour Giles Palmer, ces technologies sont très transférables. « L’AMP traite des situations où la reproduction est biologiquement possible mais contrainte structurellement par l’environnement, la santé ou les circonstances sociales », explique-t-il. En gros, ces contraintes existent déjà sur Terre, l’espace n’est qu’une extension extrême.

Même si faire un bébé dans l’espace semble lointain, la planification éthique, elle, ne peut pas attendre. Des questions simples deviennent vertigineuses une fois là-haut : comment gérer l’annonce d’une grossesse ? Quid du dépistage génétique ? Qui est responsable si quelque chose tourne mal pendant un long vol ?

« Les technologies de FIV dans l’espace ne sont plus purement spéculatives », prévient Palmer. Préservation des gamètes, culture d’embryons, dépistage génétique : tout cela devient portable. Et le danger, selon les auteurs, c’est que ces technologies entrent dans la pratique réelle « progressivement, silencieusement et souvent justifiées après coup ». C’est exactement pour cela qu’ils veulent des garde-fous maintenant.

L’angle mort qu’on ne peut plus ignorer

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Pour le Dr Fathi Karouia, chercheur scientifique à la NASA, il est temps d’ouvrir les yeux. « À mesure que la présence humaine dans l’espace s’étend, la santé reproductive ne peut plus rester un angle mort politique », affirme-t-il.

Il appelle d’urgence à une collaboration internationale pour combler ces manques de connaissances et établir des lignes directrices éthiques. L’objectif ? Protéger aussi bien les astronautes professionnels que les privés, et finalement « sauvegarder l’humanité alors que nous nous dirigeons vers une présence durable au-delà de la Terre ».

En résumé, l’idée n’est pas de s’attendre à des « bébés de l’espace » pour demain matin. La leçon est ailleurs : si l’espace devient un lieu de travail normal, alors la santé reproductive y mérite la même planification, les mêmes normes et la même éthique que ce que nous exigerions pour n’importe quel autre environnement de travail extrême.

Selon la source : earth.com

Créé par des humains, assisté par IA.

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