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Les scientifiques ont foré si profondément vers le centre de la Terre qu’ils ont atteint les portes du manteau
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une plongée inédite dans les entrailles de la planète

Si vous voulez vraiment comprendre comment fonctionne notre bonne vieille Terre, il n’y a pas trente-six solutions : il faut regarder ce qu’elle a dans le ventre. Et le gros du morceau, c’est le manteau. Cette couche rocheuse située entre la croûte terrestre et le noyau externe en fusion est un véritable colosse. Pensez-y un instant : le manteau représente à lui seul 70 % de la masse de la Terre et 84 % de son volume. C’est gigantesque, non ?

Pourtant, malgré cette influence majeure sur tous les processus géologiques, les scientifiques se sont toujours heurtés à un mur. Ou plutôt, à un sol. Jusqu’à présent, ils n’avaient jamais réussi à échantillonner directement ces roches si précieuses. Pourquoi ? Parce que la croûte terrestre, cette coquille sur laquelle nous vivons, est épaisse. En moyenne, il faut creuser entre 14 et 19 kilomètres (soit 9 à 12 miles) pour la traverser.

Mais heureusement, la nature a ses failles. Il existe des endroits rares où la croûte est incroyablement fine, voire déchirée, laissant le manteau à nu. C’est le cas au niveau de la dorsale médio-atlantique, près d’une montagne sous-marine baptisée le massif Atlantis. C’est là que l’histoire s’accélère.

Quand une mission de 200 mètres se transforme en record historique

credit : lanature.ca (image IA)

C’est précisément dans cette zone, à 800 mètres au sud d’un champ hydrothermal connu sous le nom de « Lost City » (la Cité Perdue), que s’est jouée cette aventure scientifique en mai 2023. L’équipe du Programme international de découverte des océans (IODP) avait pris place à bord du JOIDES Resolution, un navire de recherche impressionnant de 143 mètres de long (470 pieds), loué par la Fondation nationale pour la science (NSF) des États-Unis.

L’objectif de départ était ambitieux, mais mesuré. Johan Lissenberg, pétrologue à l’université de Cardiff et co-auteur de l’étude publiée dans la revue Science, raconte l’anecdote au magazine Nature : « Nous n’avions prévu de forer que 200 mètres, car c’était la profondeur maximale jamais atteinte par l’homme dans la roche du manteau ».

Sauf que tout ne s’est pas passé comme prévu… en mieux. Le forage s’est révélé d’une facilité déconcertante. L’équipe a progressé trois fois plus vite que d’habitude. Résultat ? Ils ne se sont pas arrêtés à 200 mètres. Ils ont extrait une carotte de roche vertigineuse de 1 268 mètres ! Du jamais vu. En réalité, ils ne se sont arrêtés que parce que la fenêtre opérationnelle de la mission touchait à sa fin.

Des pierres vertes et le secret de la vie

credit : lanature.ca (image IA)

Mais qu’ont-ils remonté de si profond ? Andrew McCaig, scientifique à l’université de Leeds et co-auteur, explique que l’analyse préliminaire a révélé des trésors géologiques. La carotte contient une variété de péridotite appelée harzburgite (formée par la fusion partielle de la roche du manteau) ainsi que des gabbros, des roches ignées à gros grains. C’est fascinant, car ces péridotites abyssales sont les roches primaires qui constituent le manteau supérieur de la Terre.

Ce qui rend la zone encore plus intrigante, c’est ce qui se passe chimiquement. Le site est proche de la Cité Perdue, célèbre pour ses cheminées hydrothermales rejetant des fluides très alcalins, riches en hydrogène, méthane et carbone. C’est un candidat sérieux pour expliquer comment la vie primitive est apparue sur Terre. Là-bas, la roche du manteau interagit avec l’eau de mer dans un processus appelé « serpentinisation ». Cette réaction change la structure de la roche et lui donne une apparence marbrée, d’un vert caractéristique.

Cependant, il faut garder la tête froide. Même si ce forage est le plus profond jamais réalisé dans le manteau, la mission n’a pas atteint le « Graal » absolu : traverser la discontinuité de Mohorovičić. On l’appelle le « Moho ». C’est la véritable frontière entre la croûte et le manteau vierge, inaltéré.

Une porte qui s’entrouvre… et risque de se refermer

credit : lanature.ca (image IA)

Cette carotte de 1 268 mètres offre une opportunité sans précédent d’étudier le substrat géologique sur lequel repose la Cité Perdue et de mieux comprendre notre planète. C’est une avancée majeure, mais elle laisse un goût doux-amer pour l’avenir de l’exploration.

Alors que les scientifiques frappent enfin à la porte de la couche géologique la plus omniprésente de la Terre, les moyens pour continuer risquent de manquer. La NSF a refusé de financer d’autres forages au-delà de 2024. Cela signifie que les futures missions, s’il y en a, devront se faire sans le fidèle JOIDES Resolution. Une page se tourne, alors même que nous commencions tout juste à lire le livre caché sous nos pieds.

Selon la source : popularmechanics.com

Créé par des humains, assisté par IA.

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