Parfums de l’au-delà : identifier les recettes d’embaumement en « reniflant » l’air autour des momies égyptiennes
Auteur: Mathieu Gagnon
Une signature olfactive qui traverse les millénaires

Vous avez déjà visité un musée égyptien ? Si vous vous êtes approché d’une momie, cette odeur particulière et tenace vous a peut-être marqué. On a longtemps cru que ce n’était que l’odeur de la poussière, de l’âge ou de la décomposition. Eh bien, détrompez-vous. Les scientifiques ont découvert que cet arôme un peu moisi est en réalité un cocktail complexe de composés organiques volatils (COV).
Pourquoi est-ce important ? Parce que ces « parfums de l’au-delà » ne sont pas anodins. Ils contiennent des indices précieux sur les ingrédients utilisés pour fabriquer les baumes d’embaumement, et peuvent même nous aider à dater les momies.
Renifler l’histoire sans l’abîmer
Jusqu’à présent, savoir ce que contenait le baume d’une momie relevait du parcours du combattant. Il fallait généralement découper un morceau de bandage — causant des dommages irréparables — et le dissoudre dans des produits chimiques. Pas l’idéal quand on veut préserver le patrimoine.
C’est là qu’une équipe de l’École de Chimie de l’Université de Bristol change la donne. Ils ont trouvé une astuce pour éviter toute destruction : au lieu de prélever un échantillon physique, ils analysent simplement l’air qui entoure la momie. Pour ce faire, ils ont utilisé une technique au nom un peu barbare : la HS-SPME-GC/Q-TOFMS.
Leur étude a porté sur l’empreinte chimique de 35 échantillons de baumes et bandages provenant de 19 momies différentes, couvrant plus de 2 000 ans d’histoire. Le procédé est fascinant : ils capturent les gaz flottant au-dessus des restes et dans leurs contenants, puis les passent dans un scanner moléculaire capable de trier les molécules. Cela permet d’identifier précisément quelles huiles, cires et résines composaient la recette originale.
Des recettes qui changent selon l’époque… et le corps

Qu’ont-ils trouvé ? L’équipe a identifié pas moins de 81 composés organiques volatils (COV) différents. Ces éléments se classent en quatre grands groupes d’ingrédients : les graisses et huiles, la cire d’abeille, les résines végétales et le bitume.
Comme ils l’expliquent dans leur étude publiée dans le Journal of Archaeological Science (DOI: 10.1016/j.jas.2026.106490), la recette n’était pas figée. Les momies des époques les plus anciennes étaient principalement préparées avec des graisses et des huiles simples. En revanche, celles des périodes plus tardives bénéficiaient de mélanges bien plus complexes, incluant du bitume et des résines coûteuses.
Plus surprenant encore, le corps n’était pas traité uniformément. La tête, par exemple, pouvait avoir une signature olfactive différente de celle du torse. Cela suggère que les embaumeurs antiques utilisaient des recettes spécifiques selon les organes ou les zones du corps à traiter.
Un nouvel outil pour les conservateurs
Comme le soulignent les chercheurs, les COV peuvent servir d’outil de dépistage « rapide et sensible » pour connaître la composition des substances anciennes. Cette nouvelle approche offre aux conservateurs et aux chercheurs un moyen simple d’étudier des restes fragiles sans les détruire.
L’analyse des COV permet d’obtenir des informations analytiques utiles sans compromettre l’intégrité de l’échantillon. L’équipe précise tout de même une nuance importante : à ce stade, cette technique de « reniflage » est idéale pour un travail préliminaire. Pour des analyses plus poussées, le prélèvement d’échantillons physiques restera parfois nécessaire.
Selon la source : phys.org
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