Troisième lien : le ministère des Transports douche les espoirs de Christine Fréchette
Auteur: Adam David
Des ambitions freinées par la réalité technique
La course à la chefferie de la Coalition Avenir Québec (CAQ) met en lumière des débats techniques cruciaux pour la région de la Capitale-Nationale. Christine Fréchette, aspirante au poste de première ministre, a récemment dévoilé un plan ambitieux visant à désengorger les routes. Sa proposition inclut une série de mesures étalées sur une décennie pour fluidifier le trafic entre les deux rives, en attendant la construction d’un éventuel nouveau lien à péage entre Québec et Lévis, réalisé en partenariat avec le secteur privé.
Cependant, l’enthousiasme de la candidate se heurte à la prudence du ministère des Transports du Québec (MTQ). L’administration a tenu à tempérer les ardeurs de Mme Fréchette concernant ces mesures d’atténuation qui précéderaient le troisième lien à l’est. Selon les experts du ministère, les solutions avancées par la candidate soulèvent de sérieux doutes, tant sur le plan de la faisabilité technique que sur celui de la sécurité des usagers.
Ce rappel à l’ordre intervient alors que la question de la mobilité reste un enjeu électoral majeur. Le ministère semble vouloir éviter que des promesses politiques ne s’éloignent trop des contraintes d’ingénierie réelles, soulignant le fossé qui peut parfois exister entre la volonté politique et la réalité du terrain.
Pont de Québec : l’obstacle de la piste polyvalente
L’une des mesures phares évoquées concerne l’abaissement du tablier du pont de Québec. Toutefois, cette option n’est pas nouvelle et avait déjà été analysée par les autorités. Nicolas Vigneault, porte-parole du ministère, a rappelé lundi que ce scénario avait été officiellement écarté dès 2020 pour des raisons techniques incontournables.
Le principal point d’achoppement réside dans l’impact qu’aurait une telle modification sur le transport actif. Le porte-parole du MTQ a été sans équivoque à ce sujet : « Toute option visant à abaisser le tablier pour l’élargir se ferait au détriment de la piste polyvalente. » En d’autres termes, pour réaliser ce projet, il faudrait sacrifier l’espace actuellement réservé aux piétons et aux cyclistes.
Cette perte serait significative pour la mobilité durable dans la région. Hormis ce passage sur le pont de Québec, le traversier demeure la seule autre option permettant le transport actif entre les deux rives. La suppression de cette piste isolerait davantage les cyclistes et piétons souhaitant traverser le fleuve sans utiliser de véhicule motorisé.
Véhicules lourds et cauchemar logistique
Au-delà de la question du transport actif, l’abaissement du tablier pose un problème majeur pour le transport de marchandises. Le ministère insiste sur le fait qu’un tablier abaissé ne pourrait accueillir la circulation des véhicules lourds qu’à une condition drastique : qu’une voie sur trois soit retranchée. Ce scénario, loin d’améliorer la situation, diminuerait nettement la fluidité de la circulation dans l’axe du pont de Québec.
De plus, la réalisation même de ces travaux engendrerait des perturbations massives. Le ministère prévient : « Un chantier de construction d’un tablier abaissé occasionnerait des impacts plus considérables sur la circulation qu’un chantier impliquant le maintien du niveau actuel du tablier. Citons, par exemple, des fermetures prolongées et complètes du pont durant une bonne partie des travaux. »
L’ampleur de ces fermetures n’est pas à prendre à la légère. Il est important de rappeler que le MTQ avait déjà évoqué, par le passé, la possibilité d’une fermeture complète du pont pour une période pouvant aller jusqu’à un an si de tels travaux étaient entrepris, un scénario catastrophe pour les navetteurs de la région.
Pont Pierre-Laporte : des risques pour la sécurité
L’autre volet du plan de Christine Fréchette concerne le pont Pierre-Laporte, avec la proposition d’ajouter une septième voie réversible. Là encore, les fonctionnaires du MTQ jugent l’opération particulièrement ardue. Plusieurs inconvénients techniques majeurs sont pointés du doigt, notamment la nécessité de réduire la largeur des voies existantes, l’obligation de réduire la vitesse sur toute la longueur de la structure, ou encore la démolition de la bande médiane centrale.
Plus inquiétant encore, c’est la sécurité même des automobilistes qui pourrait être compromise par une telle configuration. Le ministère met en garde contre « un risque accru des collisions latérales dû à la largeur restreinte des voies, surtout en période hors pointe où la vitesse pourrait être plus élevée étant donné le trafic réduit. »
Ces contraintes de sécurité sont prises très au sérieux par les ingénieurs de l’État. La transformation de l’infrastructure actuelle pour y insérer une voie supplémentaire ne se résume pas à un simple marquage au sol, mais implique une révision géométrique qui pourrait s’avérer dangereuse pour les usagers quotidiens.
La riposte politique : études contre responsabilité
Face à ces critiques techniques, le clan Fréchette défend la validité de sa démarche en s’appuyant sur des documents existants. L’équipe rappelle l’existence d’une étude d’opportunité du tunnel Québec-Lévis datée de 2021, qui évaluait chaque solution et ses contraintes. On fait valoir dans son entourage : « Le plan présenté par Christine Fréchette vise à améliorer la fluidité entre Québec et Lévis ainsi qu’à assurer la sécurité économique pour l’est du Québec. Il est notamment basé sur les études publiques du MTQ. Maintenant, Christine ne s’improvisera pas ingénieure : il y aura assurément du travail à faire avec le MTQ. »
Cette mise au point n’a pas empêché son rival, Bernard Drainville, de saisir l’occasion pour critiquer la démarche. Le camp du député de Lévis n’a pas tardé à réagir aux avertissements du ministère, y voyant une validation de sa propre prudence.
L’équipe de M. Drainville a ainsi déclaré : « Ces informations rappellent l’importance d’être responsable et de ne pas faire de coup d’éclat en promettant des choses qui ne tiennent pas la route. Cette responsabilité doit aussi s’appliquer au troisième lien. » La bataille pour la chefferie se joue donc aussi sur le terrain de la crédibilité technique des projets d’infrastructure.
Selon la source : journaldequebec.com
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