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État de l’Union : Trump bat un record de durée dans une ambiance électrique
Crédit: The White House, Wikimedia Commons (Public domain)

Un record de longueur pour une défense acharnée

C’est une allocution qui restera dans les annales, du moins par sa longueur inédite. Mardi soir, à Washington, Donald Trump a tenu le crachoir pendant exactement 1 h 47 min 46 s devant la Chambre des représentants. Il s’agit du plus long discours sur l’état de l’Union prononcé depuis 1964. Plus impopulaire que jamais à la tête des États-Unis, le président a profité de cette tribune pour tenter de défendre le bilan de sa première année de retour au pouvoir.

Dès l’ouverture de cette séance marathon, le ton était donné. « Notre nation est de retour », a lancé le président américain. Durant près de deux heures, il a alterné entre réalité et fiction pour énumérer les succès de son administration, tant sur le plan de la politique intérieure que sur celui de l’économie. Ce discours, très attendu, marquait le premier anniversaire de son mandat présidentiel actuel.

L’exercice s’est toutefois heurté au scepticisme de certains observateurs. Luc Laliberté, expert en politique américaine, a analysé la prestation d’un président qu’il juge batailleur et hargneux, sans grande surprise sur la forme. Il commente ainsi la stratégie présidentielle : « Il prétend avoir tout amélioré en un an, alors que la réalité est bien différente. La popularité du président est en baisse et je ne crois pas que ce discours puisse le faire remonter dans les sondages ».

Entre campagne électorale et règlement de comptes

Sur le fond, Donald Trump a repris ses thèmes de prédilection avec la fougue d’un candidat en campagne. Il a affirmé avoir hérité d’une nation en chute libre, laissée par l’administration précédente, et s’est vanté d’avoir redressé la barre, citant notamment la création d’emploi et la lutte à l’inflation. Fidèle à ses habitudes, il n’a pas manqué d’écorcher au passage ses cibles favorites, ciblant directement les immigrants et les politiciens de gauche.

Pour Guillaume Lavoie, analyste politique à la chaire Raoul-Dandurand, le spectacle offert mardi soir relevait « du classique Trump ! », une performance calibrée pour s’adresser avant tout à sa base électorale. L’analyste précise sa pensée en soulignant l’aisance du président dans la confrontation : « Le président est à son naturel lorsqu’il tombe en mode “speech de campagne” et qu’il s’attaque sans retenue aux démocrates et autres adversaires ».

Ce retour aux sources rhétoriques intervient alors que le républicain de 79 ans, habitué à exercer le pouvoir avec peu de contrepoids depuis son retour à la Maison-Blanche, fait face à des obstacles grandissants depuis quelques mois. Il tente ainsi de reprendre la main narrative face aux critiques qui s’accumulent.

Hockey, bingo et patriotisme exacerbé

Le président a également joué la carte du patriotisme et du spectacle pour galvaniser son auditoire. Il a invité sur place l’équipe américaine de hockey, fraîchement médaillée d’or aux jeux Olympiques de Milan-Cortina « contre la formidable équipe canadienne ». Saisissant cette occasion, il a exhorté la population à s’autoriser à être gagnante dans tous les secteurs. Il a par ailleurs multiplié les références au 250e anniversaire de son pays, qui sera célébré le 4 juillet prochain.

Cette mise en scène avait été préparée en amont sur les réseaux sociaux. Avant même que le président ne prenne la parole, la Maison-Blanche avait publié une carte de bingo au ton irrévérencieux. Ce document vantait les accomplissements du président tout en se moquant de plusieurs de ses « adversaires ». Un détail n’est pas passé inaperçu : une case de ce bingo était dédiée au Canada, qualifié de « devenu le 51e État américain » suite à la victoire des États-Unis au hockey.

Cette communication décomplexée illustre la volonté de l’administration de marquer les esprits, quitte à froisser les alliés ou à briser les codes diplomatiques habituels. L’objectif reste de saturer l’espace médiatique et de renforcer le sentiment de fierté nationale auprès de ses partisans.

Tensions institutionnelles et absence de projets

Malgré l’ambiance survoltée, le contenu politique du discours a laissé certains spécialistes sur leur faim. Le politologue Rafaël Jacob note un manque de vision prospective dans cette allocution inscrite dans la Constitution. « En principe, c’est une occasion pour le président d’annoncer à la nation les grands projets à venir. Presque rien de ce côté, il a essentiellement fait son bilan », analyse-t-il.

L’expert s’est également attristé du ton acrimonieux des échanges, qui a atteint son paroxysme lors d’une volée d’insultes échangées à pleine voix entre le président et des élus démocrates. Cette agressivité rompt avec la « tradition de respect » qui prévaut habituellement dans cette chambre. Cette tension est palpable jusque dans les relations avec le pouvoir judiciaire.

En effet, Donald Trump se heurte à la Cour suprême. La semaine dernière, la haute juridiction a bloqué son plan de tarifs douaniers. Si certains juges du plus haut tribunal ayant rejeté la mesure assistaient à la séance au Capitole, on notait toutefois la présence de chaises vides, signe silencieux mais éloquent des frictions institutionnelles en cours.

L’incident Al Green et la polémique raciale

La soirée a également été marquée par un incident visuel fort, révélateur du climat délétère. Un élu démocrate noir a brandi une pancarte affichant le message : « Les Noirs ne sont pas des singes ». Ce geste de protestation faisait suite à une image raciste des Obama, créée par intelligence artificielle, que le président avait partagée en ligne.

L’élu démocrate du Texas, Al Green, se trouvait juste en face de Donald Trump lorsqu’il a déployé cette pancarte. Son action a provoqué une réaction immédiate : il a été escorté hors du Congrès par la sécurité. Pendant son évacuation, des cris de « USA, USA, USA ! » retentissaient dans l’hémicycle, scandés par les partisans du président.

Cet épisode illustre la fracture profonde qui traverse la classe politique américaine. Entre les provocations présidentielles sur les réseaux sociaux et les réactions indignées au cœur même du Congrès, le discours sur l’état de l’Union a confirmé que la présidence Trump reste placée sous le signe de la confrontation permanente.

Selon la source : journaldemontreal.com

Créé par des humains, assisté par IA.

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