Un objet massif et encore invisible pourrait se cacher au cœur de la ceinture de Kuiper
Auteur: Mathieu Gagnon
Une présence invisible : l’hypothèse de la Planète Y
Quelque chose de massif semble déformer le plan orbital de la ceinture de Kuiper. Bien que nous ne puissions pas l’observer directement, si une telle « bête » inobservée est responsable de ce phénomène, elle serait potentiellement plus grande que la planète Mercure. Selon de récentes analyses, les astronomes pourraient bien avoir détecté son influence gravitationnelle pour la toute première fois.
L’idée d’une planète insaisissable filant aux confins du système solaire n’est pas nouvelle. Les théories concernant une supposée « Planète 9 » ou « Planète X » ont abondé au cours de la dernière décennie. Cependant, les chercheurs affirment que cette nouvelle découverte représente un corps céleste entièrement différent. Pour marquer cette distinction, ils ont baptisé cet objet hypothétique « Planète Y ».
Cette révélation ouvre une nouvelle perspective sur la dynamique de notre voisinage cosmique. Là où les recherches précédentes se concentraient sur des objets très lointains, cette nouvelle entité se situerait quelque part au-delà de l’orbite de Neptune, agissant directement au cœur de cette zone annulaire complexe.
Au cœur de la ceinture de Kuiper
Pour comprendre cette découverte, il faut se tourner vers la ceinture de Kuiper, une région de l’espace en forme d’anneau située dans le système solaire externe, au-delà de l’orbite de Neptune. Peuplée de milliers de corps glacés et rocheux, cette zone est surtout connue pour abriter l’ancienne planète Pluton. C’est un environnement froid et sombre qui conserve les vestiges de la formation de notre système.
Auparavant, les astronomes avaient remarqué que les orbites de certains objets de la ceinture de Kuiper semblaient être regroupées. Cette observation suggérait qu’ils pouvaient être sous l’influence gravitationnelle d’une immense planète située au-delà de la ceinture elle-même. C’est cet objet hypothétique et distant que l’on désigne habituellement sous le nom de Planète 9 ou Planète X.
Les auteurs de la nouvelle étude ont cependant choisi une approche différente. Au lieu de regarder au-delà, ils ont décidé d’examiner les variations du plan orbital de la ceinture de Kuiper elle-même, afin d’en apprendre davantage sur les secrets qu’elle pourrait contenir. Cette méthode d’analyse interne permet de déceler des anomalies gravitationnelles plus subtiles et plus proches.
L’anomalie orbitale : une déformation révélatrice
En suivant les orbites de plus de 150 objets de la ceinture de Kuiper, les chercheurs ont pu cartographier précisément la structure de cette région. Ils ont déterminé que le plan de la ceinture est à peu près similaire à celui du système solaire interne à des distances comprises entre 50 et 80 unités astronomiques du Soleil — sachant qu’une unité représente la distance entre le Soleil et la Terre.
Cependant, la situation change radicalement entre 80 et 200 unités astronomiques. Les auteurs de l’étude ont observé une déformation, ou « gauchissement », qui était passée inaperçue jusqu’à présent. Cette anomalie dans l’inclinaison orbitale indique une perturbation significative qui ne peut être expliquée par les modèles actuels sans l’ajout d’une masse supplémentaire.
Après avoir effectué une série de simulations informatiques pour tester différentes hypothèses, ils ont trouvé une explication plausible. Les résultats indiquent qu' »une planète avec une masse comprise entre celle de Mercure et de la Terre… est la cause la plus probable de la déformation ». Cette estimation de masse place l’objet dans une catégorie bien spécifique de corps planétaires.
Planète Y : une identité distincte
Il est crucial de ne pas confondre cette découverte potentielle avec les théories précédentes. Les chercheurs sont formels sur ce point : « Un tel corps se distingue à la fois par sa masse et son demi-grand axe des différentes versions d’une planète invisible invoquées pour expliquer le regroupement absidal dans le système solaire externe », écrivent-ils. Cela indique clairement que la Planète Y n’est pas la même chose que la Planète 9 ou la Planète X.
Comparée à ces dernières, la Planète Y est beaucoup moins massive et située plus près du Soleil, expliquent les auteurs de l’étude. Ses caractéristiques physiques et orbitales en font un objet unique dans le bestiaire céleste hypothétique que les astronomes tentent de confirmer.
Bien que nous sachions peu de choses sur ce monde possible, les chercheurs avancent une hypothèse sur sa provenance. Ils déclarent qu' »un corps comme celui décrit ici pourrait vraisemblablement avoir été produit dans l’histoire primitive du système solaire ». Il s’agirait donc d’un membre originel de notre famille planétaire, resté caché pendant des milliards d’années.
Vers une confirmation : l’œil de l’Observatoire Rubin
Avec un peu de chance, nous pourrions bientôt apercevoir cette planète — si elle existe bel et bien — grâce à de nouveaux outils technologiques. L’espoir repose notamment sur le « Legacy Survey of Space and Time » (Relevé de l’espace et du temps), récemment initié et géré par l’Observatoire Vera C. Rubin au Chili.
Selon les chercheurs, ce projet d’une durée de 10 ans pourrait améliorer massivement notre résolution de la ceinture de Kuiper. Le relevé « devrait confirmer ou nier l’existence de la déformation rapportée ici, et pourrait détecter la planète qui peut la produire ». Cette campagne d’observation promet d’apporter des réponses définitives sur l’architecture de notre système solaire externe.
Les détails de cette recherche et les conclusions sur la potentielle Planète Y ont été publiés dans la revue scientifique Monthly Notices of the Royal Astronomical Society. C’est désormais à la communauté astronomique et aux futurs télescopes de valider cette fascinante hypothèse.
Selon la source : iflscience.com