Un nouveau chapitre s’ouvre pour la santé au Québec
Le gouvernement du Québec s’apprête à adopter un projet de loi qui vient clore un épisode particulièrement tendu avec les médecins de famille. Cette nouvelle législation entérine une entente sur leur mode de rémunération et, surtout, met un terme définitif aux pénalités qui avaient été imposées par l’ancien ministre de la Santé, Christian Dubé, l’automne dernier.
Ce revirement de situation fait suite à une période de crise. Pour rappel, Christian Dubé, alors titulaire du portefeuille de la Santé, avait démissionné en désavouant publiquement l’accord que son propre gouvernement avait conclu avec les omnipraticiens. Une page se tourne donc. Mais que contient réellement cette nouvelle entente ?
La promesse des 500 000 rendez-vous : un chiffre à nuancer
Avant les Fêtes, le gouvernement annonçait une avancée majeure. L’entente devait permettre à « 500 000 Québécois, dont 180 000 personnes vulnérables, [d’être] pris en charge plus rapidement d’ici juin 2026 ». Une promesse qui semblait répondre à une attente forte de la population en quête d’un médecin de famille.
Cependant, la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) a depuis apporté une précision de taille. Il ne s’agit pas de 500 000 patients nouvellement inscrits, mais plutôt de 500 000 rendez-vous qui seront rendus disponibles par le biais du Guichet d’accès à la première ligne (GAP). Concrètement, même les Québécois ayant reçu une lettre d’inscription à un Groupe de médecine de famille (GMF) devront toujours composer le 811 pour espérer obtenir une consultation avec un médecin de la clinique qui leur a été assignée.
Cette nuance n’a pas manqué de faire réagir l’opposition. Le libéral Marc Tanguay a ironisé sur la situation au salon Rouge récemment : « C’est l’approche CAA-Québec de la CAQ. Au moins, [avec] CAA, on a le droit, par année, à quatre remorquages ».
Une rémunération qui fait débat : payer sans consultation
Le cœur de la nouvelle entente réside dans un changement de paradigme pour la rémunération des médecins. Celle-ci sera désormais basée sur la prise en charge d’un patient plutôt que sur la visite en cabinet. Une révélation du quotidien Le Devoir, publiée mercredi, a mis en lumière une conséquence pour le moins surprenante : un médecin pourra être payé sans même avoir rencontré physiquement son patient.
Dans certains cas de figure, le suivi médical sera en effet assuré par une infirmière praticienne spécialisée, tandis que le médecin touchera une rémunération pour la prise en charge globale. Cette modalité a provoqué l’indignation du péquiste Joël Arseneau, qui s’est exclamé mercredi : « Dans quel monde, dans quel univers, est-ce qu’on rémunère des gens, en santé, quand ils n’ont pas fait le travail ? ».
Pour inciter les médecins des GMF à atteindre leurs objectifs, trois primes spécifiques ont été mises en place. Ils bénéficieront d’une hausse de 2,5 % pour l’ajout d’un demi-million de Québécois à leurs listes d’ici le 30 juin. À cela s’ajoute une prime de 50 dollars pour l’inscription du patient au GAP, suivie d’une somme allant de 100 à 230 dollars au moment de la prise en charge, qu’elle soit collective ou individuelle.
Adieu les pénalités, bonjour la hausse de salaire
Alors que les détails finaux de l’accord restent à négocier, une chose est claire : l’entente finale est bien moins ambitieuse que la réforme initialement annoncée l’an dernier. Le changement de cap est radical. Les pénalités de 25 %, qui devaient être imposées aux médecins n’atteignant pas leurs cibles de performance, ont été complètement abandonnées.
À la place de ces mesures coercitives, le gouvernement Legault a finalement accordé aux médecins une augmentation de leur rémunération globale de 14,5 %. Un contraste saisissant avec la vision de l’ex-ministre Christian Dubé. Ce dernier promettait d’inscrire l’ensemble des Québécois toujours sans médecin de famille, soit environ 1,5 million de personnes, auprès d’un milieu de soins.
Enthousiasme douché et départs de médecins
En décembre dernier, le premier ministre François Legault qualifiait pourtant l’entente de « changement le plus important dans la rémunération des médecins de famille depuis l’instauration du régime d’assurance-maladie ». Au terme de négociations très tendues avec la FMOQ, il assurait : « J’ai hâte de vous donner tous les détails ». Mais depuis, l’ambiance a changé.
Le porteur initial du projet, Christian Dubé, a quitté ses fonctions en critiquant vertement l’accord. Sa successeure, Sonia Bélanger, affiche un enthousiasme bien plus modéré. Interrogée en chambre sur ce qui est perçu comme « l’échec » de la réforme, la nouvelle ministre de la Santé a simplement déclaré : « Nous, on travaille vers l’avenir ».
Au plus fort de la crise, des médecins de famille avaient menacé de quitter le Québec ou de prendre une retraite anticipée face aux pénalités financières. Si l’ampleur exacte du phénomène reste difficile à mesurer, les chiffres de la RAMQ sont parlants : 692 désaffiliations d’omnipraticiens ont été enregistrées l’an dernier, le nombre le plus élevé depuis 2019. Selon une information récente de Radio-Canada, au moins une cinquantaine de ces médecins ont été embauchés en Ontario ou au Nouveau-Brunswick.
Selon la source : journaldequebec.com