Aller au contenu
La comète interstellaire 3I/ATLAS s’apprête à avoir une rencontre potentiellement déterminante avant de se diriger vers la constellation des Gémeaux
Crédit: NASA/JPL-Caltech

Un voyageur venu d’ailleurs

Un visiteur venu des confins de la galaxie s’apprête à vivre un moment décisif. La comète interstellaire 3I/ATLAS, troisième objet de ce type officiellement confirmé dans notre système solaire, est sur le point de croiser la route d’un géant. Après ce rendez-vous potentiellement crucial, elle quittera définitivement notre voisinage cosmique pour se diriger vers la constellation des Gémeaux.

Cet objet céleste est un véritable fossile cosmique. Il a traversé notre galaxie pendant des milliards d’années et est vraisemblablement plus ancien que le système solaire lui-même, qu’il ne fait que traverser. Son passage offre aux scientifiques une occasion rare d’étudier un corps formé bien au-delà de l’influence de notre propre étoile.

Un parcours déjà mouvementé

Le périple de 3I/ATLAS au sein de notre système a déjà été marqué par plusieurs rencontres notables. La comète a croisé les orbites de Mars, de la Terre et du Soleil. Si ses passages à proximité de la planète rouge et de la nôtre n’ont pas été assez proches pour l’affecter de manière significative, son rendez-vous avec le Soleil a été bien plus spectaculaire.

Au plus près de notre étoile, la chaleur a provoqué une transformation radicale de la comète. Cet événement a entraîné une libération massive de molécules organiques, des composants fondamentaux qui fascinent les astronomes. C’est maintenant au tour du plus grand poids lourd du système solaire d’entrer en scène.

Le rendez-vous crucial avec Jupiter

Avant que ce voyageur interstellaire ne nous quitte pour toujours, une dernière rencontre majeure l’attend. Un frôlement qui pourrait altérer sa trajectoire pour les prochains millions d’années. La date à retenir est le 16 mars. Ce jour-là, la trajectoire de 3I/ATLAS l’amènera tout près de la plus grande planète de notre système, Jupiter.

La distance sera infime à l’échelle cosmique : 0,35832 unité astronomique (UA). Pour se faire une idée, une unité astronomique correspond à la distance moyenne qui sépare la Terre du Soleil. Ce passage rapproché n’est pas anodin, car il place la comète à la limite de la sphère d’influence gravitationnelle de Jupiter.

Dans la « sphère de Hill » du géant gazeux

Pourquoi cette distance est-elle si importante ? Car elle est incroyablement proche de ce que les scientifiques appellent le « rayon de Hill » ou la « sphère de Hill ». Il s’agit de la région autour d’un corps massif, comme une planète, où sa propre gravité domine celle d’objets plus lointains et plus massifs, comme le Soleil. Pour Jupiter, ce rayon de Hill est d’environ 0,355 UA, soit à peu près 53 millions de kilomètres.

Les auteurs d’une étude en prépublication, qui n’a pas encore été validée par des pairs, ont utilisé des simulations dynamiques pour cartographier la trajectoire de la comète. Avant même son passage près de Mars, ils expliquaient : « La comète 3I subira sans aucun doute la perturbation de Mars et de Jupiter lors de leurs époques d’approche respectives ».

L’équipe de chercheurs a précisé l’importance de l’événement à venir. « L’effet de Jupiter sera plus important du fait que la comète passe très près du rayon de Hill de Jupiter », écrivent-ils dans leur article.

L’inconnue des forces non gravitationnelles

Toutefois, une question demeure. Cette rencontre modifiera-t-elle de manière significative la course de 3I/ATLAS ? La réponse dépend d’un facteur complexe : son accélération non gravitationnelle. Ce terme, qui semble tout droit sorti de la science-fiction, désigne simplement l’accélération qui n’est pas due uniquement aux interactions gravitationnelles.

Plusieurs phénomènes peuvent en être la cause, notamment le dégazage de la comète sous l’effet de la chaleur ou la pression exercée par les radiations du Soleil. Ces forces, bien que faibles, peuvent influencer la trajectoire finale. Les chercheurs ont calculé les seuils critiques pour cet effet. « Nous constatons que les effets majeurs sur l’orbite de la comète 3I sont observés lorsque l’accélération non gravitationnelle est de l’ordre de 10−5 à 10−6 ua/jour−2 », expliquent les auteurs.

Ils ajoutent une précision importante : « L’accélération non gravitationnelle de 10−7 ua/jour−2 et moins a un effet négligeable sur les différents paramètres ». Tout dépendra donc de l’activité de la comète elle-même lors de son passage.

Un dernier regard avant l’adieu

En cartographiant la trajectoire de la comète sur de très longues échelles de temps, aussi bien dans le passé que dans le futur, l’équipe scientifique a pu déterminer son parcours probable. Elle viendrait de la direction de la constellation du Sagittaire et, après sa visite, se dirigera vers celle des Gémeaux pour poursuivre son voyage infini.

L’approche de Jupiter représente donc une dernière et précieuse occasion d’étudier cet objet exceptionnel. Les télescopes seront braqués sur ce vieil ami de passage, témoin d’une histoire bien plus ancienne que la nôtre. L’étude complète est actuellement disponible sur le serveur de prépublication arXiv, en attendant sa revue par la communauté scientifique.

Selon la source : iflscience.com

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!
Plus de contenu