Quand la science-fiction inspire la science
En 1999, le film The Matrix révélait à son héros, Thomas Anderson (alias Neo), une vérité bouleversante : son univers n’était qu’une simulation. Si cette idée a nourri d’innombrables récits de science-fiction, elle n’est pas confinée qu’au domaine de l’imaginaire. Des philosophes et des scientifiques s’interrogent depuis longtemps sur la nature de notre réalité. Aujourd’hui, l’un d’entre eux pense détenir plus qu’une simple théorie.
Melvin Vopson, chercheur à l’Université de Portsmouth, est l’un de ces scientifiques qui explorent la possibilité que l’univers soit une construction numérique. Il n’hésite d’ailleurs pas à faire le parallèle avec le cinéma. Dans un article publié sur le site The Conversation, Vopson a explicitement invoqué le chef-d’œuvre des Wachowski. Il a même publié un livre sur le sujet intitulé Reality Reloaded, un clin d’œil au titre de la suite du film. Mais là où beaucoup n’ont émis que des hypothèses, Vopson affirme apporter quelque chose de nouveau : des preuves.
L’entropie, une loi physique fondamentale remise en question

Pour comprendre son raisonnement, il faut partir d’un pilier de la physique. « En physique, il y a des lois qui gouvernent tout ce qui se passe dans l’univers, par exemple comment les objets bougent, comment l’énergie circule, et ainsi de suite. Tout est basé sur les lois de la physique », expliquait Melvin Vopson en 2022. « L’une des lois les plus puissantes est la deuxième loi de la thermodynamique, qui établit que l’entropie — une mesure du désordre dans un système isolé — ne peut qu’augmenter ou rester la même, mais elle ne diminuera jamais. »
Fort de ce principe, Vopson s’attendait à ce que l’entropie dans les systèmes d’information suive la même trajectoire. Dans ses recherches antérieures, il avait d’ailleurs défini l’information comme un « cinquième état de la matière ». Or, ses observations ont révélé une anomalie de taille. Contrairement à ses attentes, l’entropie informationnelle n’augmente pas avec le temps. Au contraire, elle reste constante ou diminue même pour atteindre une valeur minimale à l’équilibre. Une contradiction flagrante avec la loi de la thermodynamique.
La naissance de la « seconde loi de l’infodynamique »

Cette observation a conduit Vopson à formuler ce qu’il nomme la seconde loi de la dynamique de l’information, ou « infodynamique ». Selon lui, cette loi viendrait compléter, et même équilibrer, notre compréhension de l’univers. Il expose son idée dans The Conversation : « Nous savons que l’univers est en expansion sans perte ni gain de chaleur, ce qui exige que l’entropie totale de l’univers soit constante ».
Il poursuit son argumentaire en soulignant l’incohérence apparente. « Cependant, nous savons aussi, grâce à la thermodynamique, que l’entropie est toujours en augmentation. Je soutiens que cela montre qu’il doit y avoir une autre entropie — l’entropie de l’information — pour équilibrer cette augmentation. » Cette nouvelle loi, selon Vopson, ne se limiterait pas aux systèmes abstraits, mais aurait des implications concrètes dans de multiples domaines.
Des mutations virales qui défient Darwin

Melvin Vopson avance que sa loi de l’infodynamique s’appliquerait à la physique atomique, notamment dans l’arrangement des électrons, mais aussi à la cosmologie et aux systèmes biologiques. C’est sur ce dernier point qu’il formule une affirmation audacieuse, qui vient bousculer un principe bien établi. Il suggère que, contrairement à l’idée de Charles Darwin selon laquelle les mutations génétiques se produisent au hasard, elles surviendraient en réalité de manière à minimiser l’entropie de l’information.
Pour étayer cette hypothèse, le chercheur a analysé le virus SARS-CoV-2, responsable de la COVID-19, connu pour ses mutations constantes. Les résultats de son enquête, publiés dans la revue AIP Advances, montrent ce qu’il décrit comme une « corrélation unique entre l’information et la dynamique des mutations génétiques ». Autrement dit, les mutations ne seraient pas si aléatoires qu’on le pensait ; elles suivraient un principe d’optimisation.
La preuve ultime d’un univers numérique ?

Quel est le lien entre l’entropie de l’information, les virus et l’idée que nous vivons dans une simulation ? Pour Melvin Vopson, tous ces éléments convergent vers une conclusion logique. La seconde loi de l’infodynamique, qui postule une tendance à la minimisation de l’information, serait la signature d’un système conçu numériquement.
Il explique sa pensée de manière très claire. « Un univers super complexe comme le nôtre, s’il était une simulation, nécessiterait une optimisation et une compression des données intégrées afin de réduire la puissance de calcul et les besoins en stockage de données pour faire fonctionner la simulation », écrit-il. Selon lui, c’est précisément ce que nous observons. « C’est exactement ce que nous observons tout autour de nous, y compris dans les données numériques, les systèmes biologiques, les symétries mathématiques et l’univers tout entier. »
Une théorie fascinante, mais loin d’être prouvée

Ces affirmations, aussi intrigantes soient-elles, sont encore loin de constituer une découverte. Elles nécessitent des tests et des vérifications beaucoup plus poussés avant de pouvoir être considérées comme plausibles par la communauté scientifique dans son ensemble. Le chemin est encore long pour passer de l’hypothèse à la preuve.
Le site IFLScience note d’ailleurs qu’il existe autant d’articles de recherche réfutant notre existence numérique qu’il y en a pour promouvoir son inévitabilité scientifique. La seconde loi de l’infodynamique de Melvin Vopson pourrait potentiellement mener à des découvertes intéressantes dans divers domaines. Mais pour l’heure, la question fondamentale de la nature de notre réalité, posée pour la première fois par le philosophe Platon, reste sans réponse définitive.
Selon la source : popularmechanics.com