Aller au contenu
Deux minuscules marsupiaux, que l’on croyait éteints depuis 6 000 ans, découverts vivants en Nouvelle-Guinée
Crédit: Carlos Bocos (gauche); Arman Muharmansyah (droite); modifié par lanature.ca

Une redécouverte qui défie le temps

Imaginez des créatures si discrètes qu’elles disparaissent des radars pendant des millénaires. C’est l’exploit réalisé par le possum pygmée à longs doigts et le phalanger à queue en anneau. Les scientifiques pensaient ces deux marsupiaux éteints depuis 6 000 ans, ne les connaissant qu’à travers des fossiles. Jusqu’à aujourd’hui.

Des chercheurs les ont récemment retrouvés, bien vivants, dans les forêts tropicales reculées de la Nouvelle-Guinée. Une découverte qui réécrit une partie de l’histoire naturelle de la région. Auparavant, le possum, baptisé Dactylonax kambuayai, n’était identifié que par des fossiles datant du Pléistocène en Australie. Le phalanger, ou Tous ayamaruensis, n’était connu que par des restes du Pléistocène et du début de l’Holocène en Nouvelle-Guinée. Tous deux semblaient avoir disparu de la surface de la Terre à la même période.

Portraits de deux survivants inattendus

Le possum pygmée à longs doigts est un animal singulier. Il se distingue par une rayure sur son dos et, surtout, par un quatrième doigt d’une longueur inhabituelle, mesurant le double de ses autres doigts. Cet appendice spécialisé lui sert d’outil pour extraire les larves d’insectes qui se terrent dans le bois. Les dernières traces fossiles de sa présence le situaient en Papouasie occidentale, il y a environ 6 000 ans.

De son côté, le phalanger à queue en anneau représente une découverte encore plus marquante pour la taxonomie. Il s’agit du premier nouveau genre de marsupial décrit en Nouvelle-Guinée depuis 1937. Cette trouvaille met en lumière la richesse, encore méconnue, de la biodiversité de l’île.

Une enquête au cœur de la tradition

credit : Illustration Peter Schouten, Flannery et al., 2026, RecAusMus

Comment a-t-on pu retrouver des espèces que l’on croyait perdues ? La réponse réside dans une collaboration étroite et respectueuse. La redécouverte a été possible grâce à la combinaison de plusieurs éléments : des photographies prises par des chercheurs locaux, l’analyse de fragments de fossiles, l’étude d’un rare spécimen collecté en 1992, et un travail mené main dans la main avec les anciens des communautés locales de la péninsule de Vogelkop.

Le lien tissé avec les populations autochtones a été particulièrement crucial pour l’identification du phalanger, qui est le plus proche parent vivant du grand phalanger volant d’Australie. Rika Korain, une femme du peuple Maybrat et co-autrice de l’étude, a souligné cette importance dans une déclaration : « Appelé localement Tous par certains clans Tambrauw et Maybrat, le phalanger est un animal sacré. Il est considéré comme une manifestation des esprits des ancêtres et est au cœur d’une pratique éducative appelée ‘initiation’. »

Elle précise la démarche adoptée par l’équipe : « Nous avons travaillé très soigneusement et en collaboration avec les anciens de Tambrauw, et l’identification n’aurait pas été possible sans la coopération des propriétaires traditionnels. Cette connexion a été essentielle pour la poursuite de nos travaux. »

Le retour des « taxons Lazare »

credit : Dewa

En réapparaissant ainsi, le possum et le phalanger rejoignent le club très fermé des « taxons Lazare ». Ce terme désigne des espèces que l’on croyait éteintes depuis longtemps avant qu’elles ne soient redécouvertes. Le professeur Tim Flannery, qui a codirigé la recherche, mesure la portée de l’événement : « La découverte d’un seul taxon Lazare, même si l’on pense qu’il s’est éteint récemment, est une découverte exceptionnelle. Mais la découverte de deux espèces, que l’on croyait éteintes depuis des milliers d’années, est remarquable. »

Mais alors, comment expliquer la présence de ces deux espèces, sans proches parents ailleurs sur l’île ? La géologie offre une piste. Le professeur Flannery explique que « le Vogelkop est un ancien morceau du continent australien qui a été incorporé à l’île de la Nouvelle-Guinée. » Cette histoire tectonique unique pourrait signifier que d’autres surprises attendent les scientifiques. « Ses forêts pourraient abriter encore d’autres reliques cachées d’une Australie passée », suggère-t-il.

Une découverte fragile, un appel à l’action

Retrouver ces animaux est une chose, assurer leur survie en est une autre. Pour l’instant, le statut de conservation des deux espèces n’est pas clairement établi. Les premières observations indiquent cependant qu’elles ont une aire de répartition limitée, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux menaces modernes. La déforestation, la conversion des forêts pour l’agriculture et le commerce d’espèces sauvages sont des problèmes croissants en Nouvelle-Guinée.

Face à ce constat, les chercheurs qui ont publié leurs travaux dans la revue Records of the Australian Museum concluent par un appel urgent. Ils demandent que des mesures soient prises rapidement pour étudier en détail et protéger le possum et le phalanger. Il serait en effet tragique de redécouvrir une espèce après 6 000 ans d’absence, uniquement pour la voir s’éteindre définitivement sous nos yeux, cette fois par l’action de l’homme.

Selon la source : iflscience.com

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!
Plus de contenu