Faut-il arrêter de nourrir les oiseaux du jardin ? Une grande ONG appelle à deux changements
Auteur: Mathieu Gagnon
Une habitude bienveillante remise en question

Installer une mangeoire dans son jardin est une pratique courante, que l’on soit un observateur passionné ou un simple amateur de nature. Selon les données de la BBC, pas moins de 16 millions de foyers au Royaume-Uni nourrissent régulièrement les oiseaux. Cette démarche apparaît spontanément comme bienveillante et chaleureuse pour nos amis à plumes.
Les recherches récentes suggèrent pourtant que cette habitude pourrait faire plus de mal que de bien. L’une des plus grandes associations de protection de la nature en Europe, la RSPB, vient de publier de nouvelles directives concernant l’utilisation des mangeoires et le choix des aliments spécifiques. Cette idée risque de froisser quelques plumes chez les amateurs de faune sauvage.
Ces recommandations officielles s’articulent autour de deux grands principes que les amoureux des oiseaux sont invités à adopter sans tarder. La consigne est stricte : il faut « nourrir en toute sécurité » et « nourrir selon la saison ». Ces nouveaux comportements exigent une adaptation immédiate des habitudes de chacun.
Le strict respect du calendrier des saisons

Le principe saisonnier implique une réduction drastique de l’utilisation des mangeoires pendant les mois d’été et d’automne. Le calendrier établi par l’organisation caritative cible particulièrement les aliments denses, dont la distribution doit être provisoirement suspendue dans tous les jardins.
Dans l’hémisphère nord, du 1er mai au 31 octobre très précisément, la RSPB recommande de ne plus fournir de nourritures comme les cacahuètes et les graines. Les personnes qui apprécient la visite de ces animaux peuvent toutefois leur offrir de petites quantités de vers de farine, de boules de graisse ou de suif durant cette période restreinte.
Dès l’approche de la saison froide, le protocole s’assouplit de manière officielle. Entre le 1er novembre et le 30 avril, les directives indiquent qu’il est possible de distribuer l’éventail complet des aliments, en reprenant le nourrissage tel qu’il est pratiqué habituellement.
Des règles d’hygiène intransigeantes

Le volet consacré à la sécurité alimentaire détaille des mesures d’hygiène rigoureuses. La RSPB préconise un nettoyage systématique des mangeoires suspendues et des bains d’eau, avec une fréquence minimale d’une fois par semaine pour écarter tout danger.
La modération est fortement encouragée lors de la distribution des vivres. L’objectif est de s’assurer que toute la nourriture disponible soit consommée en l’espace de quelques jours. L’association suggère de déplacer les mangeoires chaque semaine pour éviter l’accumulation de déchets au même endroit.
L’emplacement du dispositif joue un rôle fondamental dans ce nouveau protocole. Il est déconseillé de positionner les récipients sous les arbres, afin d’éviter la contamination de la zone par les fientes d’oiseaux. L’organisme de protection déconseille formellement l’utilisation de mangeoires à toit plat.
L’hécatombe silencieuse chez les pinsons

Toutes ces précautions visent à endiguer la propagation des maladies, qui affectent durement les populations de pinsons, actuellement observées en plein déclin. La principale cause de cet effondrement serait la trichomonose, une maladie parasitaire transmise d’un oiseau à l’autre par des fluides corporels comme la salive.
Cette affection se transfère très facilement lors des rassemblements autour des points de nourrissage dans les jardins. Le parasite étant détruit par temps froid, l’alimentation pendant l’hiver présente une probabilité bien moindre de propagation de la maladie au sein des groupes d’oiseaux.
Ces directives font directement suite au rapport annuel de sciences participatives du Big Garden Birdwatch, où les membres du public observent leur jardin pendant une heure en janvier et téléchargent ensuite leurs résultats. Les données dévoilent une chute de 65 % du nombre de verdiers depuis le lancement du programme en 1979. Les pinsons des arbres et les bouvreuils sont pareillement frappés par cette maladie parasitaire.
Vers un jardinage tourné vers l’autonomie

Face à ces constats alarmants, certaines voix suggèrent qu’il faudrait cesser complètement de nourrir les oiseaux. Ce débat soulève des questions éthiques majeures concernant la production des graines elles-mêmes, l’utilisation des terres agricoles nécessaires, ainsi que les kilomètres aériens impliqués dans le transport des cacahuètes destinées à cette alimentation.
Au lieu de compléter artificiellement le régime alimentaire de la faune des jardins, un appel à modifier nos habitudes émerge. Certains prônent un changement radical dans notre façon de jardiner pour concevoir un environnement naturel autonome.
Cette approche passe par la promotion active d’espèces de plantes naturelles. Ces végétaux fourniraient des baies de façon saisonnière et soutiendraient les populations d’insectes. Ce cycle vertueux permettrait de subvenir aux besoins des oiseaux sans recourir aux dispositifs artificiels pointés du doigt.
Selon la source : iflscience.com