C’est officiel : l’humanité a modifié pour la première fois la trajectoire d’un corps céleste autour du Soleil
Auteur: Mathieu Gagnon
L’humanité a changé la course d’un astre
C’est une première qui restera dans les annales de la conquête spatiale. En 2022, la NASA a mené avec succès une mission sans précédent : la toute première démonstration de défense planétaire contre une éventuelle menace d’astéroïde. La sonde DART a volontairement percuté Dimorphos, un petit astéroïde qui orbite autour d’un corps plus grand, Didymos.
L’objectif initial était de prouver qu’un impacteur cinétique pouvait altérer la vitesse orbitale de Dimorphos autour de son compagnon. Mission accomplie. Mais une nouvelle analyse révèle aujourd’hui une conséquence bien plus profonde. Sans même l’avoir touché, nous avons aussi modifié l’orbite de Didymos, l’astéroïde principal, autour du Soleil. Pour la première fois de son histoire, l’humanité a sciemment modifié la trajectoire d’un corps céleste dans le système solaire.
Un succès aux répercussions inattendues
L’impact sur Dimorphos, qui mesure environ 160 mètres de diamètre contre 765 pour Didymos, s’est avéré bien plus efficace que prévu. La collision a par exemple libéré une quantité de débris supérieure aux estimations, ce qui pourrait donner naissance, d’ici quelques décennies, à la première pluie de météores d’origine humaine. Jusqu’à présent, personne n’avait réalisé que cette perte de matière avait également modifié la trajectoire et la vitesse du barycentre, le centre de gravité commun des deux astéroïdes, sur leur orbite solaire.
Le Dr Rahil Makadia, de l’Université de l’Illinois à Urbana-Champaign et auteur principal de l’étude, mesure la portée de cet événement. « Je tiens à souligner que c’est la première fois dans l’histoire que nous avons modifié de manière mesurable le mouvement d’un objet naturel autour du Soleil », a-t-il déclaré à IFLScience. « Cela prouve que si l’on découvre qu’un astéroïde présente un risque d’impact significatif avec la Terre, nous avons la preuve que l’humanité peut faire quelque chose pour se protéger. »
Il est crucial de noter que ce couple d’astéroïdes ne représentait aucune menace. Ils ont été choisis spécifiquement pour la facilité avec laquelle les astronomes pouvaient observer les changements d’orbite de Dimorphos. Le Dr Makadia insiste sur ce point : « Je tiens à souligner que Didymos ne présentait et ne présente aucun risque d’impact avec la Terre. »
Une modification infime, mais fondamentale
Le changement de trajectoire imprimé par la sonde DART est, à l’échelle cosmique, infime. Le duo d’astéroïdes se déplaçait autour du Soleil à une vitesse de 34 kilomètres par seconde, soit 76 055 miles par heure. L’impact l’a ralenti de seulement 11,7 micromètres par seconde.
Comment interpréter un chiffre aussi faible ? « Ce changement ne représente donc qu’environ 1 partie sur 3 milliards ! », précise le Dr Makadia. « Mais il s’agit bien d’un changement significatif car nous avons été capables de le mesurer. Nous savons maintenant qu’un système d’astéroïdes comme Didymos peut être dévié par un impacteur cinétique. Et nous connaissons l’ampleur de la déviation pour un engin spatial de la taille de DART. » La preuve est faite : la méthode fonctionne et, surtout, ses effets sont quantifiables.
Les précieuses leçons d’une collision
Au-delà de la déviation, la mission a permis de récolter des données scientifiques précieuses. L’équipe de chercheurs a pu mesurer la densité des deux astéroïdes. Celle de Didymos est de 2 600 kilogrammes par mètre cube, tandis que celle de Dimorphos atteint 1 540 kilogrammes par mètre cube. Cette dernière valeur est bien plus faible que ce que les scientifiques pensaient, mais elle conforte l’hypothèse selon laquelle la petite lune se serait formée par l’accrétion de matière éjectée par Didymos alors que celui-ci tournait rapidement sur lui-même.
« Un autre résultat majeur a été la mesure du facteur d’amplification de la quantité de mouvement de DART. Nous avons trouvé une valeur d’environ 2 pour ce facteur », explique le Dr Makadia. Il s’agit d’un paramètre essentiel pour les missions d’impact cinétique, car il mesure l’efficacité réelle de la poussée. « Par conséquent, ce résultat nous aidera à affiner nos modèles et nos prédictions au cas où un astéroïde se trouverait un jour sur une trajectoire d’impact avec la Terre. »
Cette nouvelle étude enrichit donc nos connaissances en matière de défense planétaire. Elle démontre qu’il n’est pas forcément nécessaire de viser l’astéroïde principal d’un système binaire pour dévier l’ensemble sur une trajectoire plus sûre.
Prochaine étape : la mission Hera
Le travail d’analyse est loin d’être terminé et sera bientôt affiné grâce à une nouvelle mission. « La sonde Hera de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) est en route vers le système », annonce le Dr Makadia. Son arrivée près de Didymos et Dimorphos est prévue pour novembre de cette année. Elle y mènera une enquête approfondie pendant six mois.
Cette mission européenne sera déterminante pour la suite. « Quand elle arrivera et étudiera les astéroïdes de près, elle nous donnera des informations beaucoup plus détaillées sur leurs masses, leurs formes et leur structure interne », poursuit le chercheur. « Cela nous permettra d’affiner encore nos estimations et de vraiment comprendre tout l’impact de DART. » En attendant, ces nouvelles révélations sur la mission DART ont fait l’objet d’une publication dans la revue scientifique Science Advances.
Selon la source : iflscience.com