Aller au contenu
Un champignon envoie des centaines de personnes à l’hôpital. Toutes décrivent la même étrange hallucination
Crédit: lanature.ca (image IA)

Le champignon qui convoque les contes de fées

credit : lanature.ca (image IA)

Imaginer des multitudes de petites personnes dansant autour de soi pendant un repas relève du conte de fées. Pourtant, pour des centaines de personnes chaque année, cette vision devient une réalité déroutante. Au cœur de cette expérience se trouve un champignon : le Lanmaoa asiatica, une espèce comestible particulièrement prisée dans la province du Yunnan, en Chine.

Durant la haute saison des champignons, entre juin et août, on le retrouve vendu sur les marchés, servi dans les restaurants et cuisiné dans les foyers. Mais une simple erreur de préparation peut transformer un dîner en une scène digne des Voyages de Gulliver, où l’aventurier Gulliver se retrouve face à une communauté de personnages minuscules, les Lilliputiens.

Ce phénomène n’est pas anecdotique. Chaque année, les hôpitaux locaux traitent des centaines de cas d’intoxication liés à la consommation de ce champignon, lorsqu’il est ingéré cru ou insuffisamment cuit.

Des hallucinations bien étranges, mais sans gravité

Les symptômes déclenchés par le Lanmaoa asiatica sont spectaculaires. Plus de 90 % des personnes intoxiquées rapportent des hallucinations. Le tableau clinique peut aussi inclure du délire, des vertiges et des épisodes de manie. Ces effets peuvent s’étendre sur une durée d’un à trois jours, parfois plus longtemps.

La majorité des patients décrivent une vision récurrente : celle de « petites personnes » ou d' »elfes » dansant et sautant dans leur environnement, allant même jusqu’à interagir avec eux. Un professeur local du Yunnan a raconté son expérience après avoir mangé une poêlée de ces champignons. Il a vu des centaines de « xiao ren ren » (petites personnes) de 2 cm de haut, qui marchaient comme des soldats. Dans un récit rapporté par un chercheur, il explique : « Quand j’ai soulevé la nappe plus haut, les têtes se sont détachées et sont restées collées sous le tissu tandis que les corps continuaient de marcher sur place ».

Malgré l’intensité de ces visions, qualifiées en psychiatrie d' »hallucinations lilliputiennes », il est important de noter qu’aucune séquelle durable n’a été observée. Plus rassurant encore, aucun décès n’a jamais été causé par une intoxication au Lanmaoa asiatica.

Un composé chimique toujours inconnu

credit : lanature.ca (image IA)

Si les effets du champignon sont bien documentés, leur origine reste un casse-tête pour les scientifiques depuis des décennies. Pourquoi ce champignon provoque-t-il spécifiquement la vision de personnages minuscules ? Les experts cherchent encore la réponse. Contrairement aux autres « champignons magiques », la substance responsable de ces effets psychoactifs n’est pas la psilocybine.

« Cela semblait si bizarre qu’il puisse exister un champignon provoquant des visions de contes de fées rapportées à travers les cultures et le temps », a déclaré à la BBC Colin Domnauer, doctorant à l’Université de l’Utah et au Musée d’Histoire Naturelle de l’Utah, qui se consacre à l’étude du L. asiatica.

Des archives font écho à des phénomènes similaires. Des rapports des années 1930 évoquent une « folie des champignons », tandis que des chercheurs étudiaient des effets comparables en Papouasie-Nouvelle-Guinée dans les années 1960. Le lien entre ces cas historiques et le L. asiatica reste cependant incertain. « Il pourrait s’agir de la même espèce, ce qui serait surprenant car la Papouasie-Nouvelle-Guinée ne partage généralement pas d’espèces trouvées en Chine et aux Philippines », a précisé Colin Domnauer à la BBC.

La quête de la molécule mystère

credit : lanature.ca (image IA)

Pour percer ce secret, Colin Domnauer et son équipe explorent plusieurs pistes. Une des méthodes consiste à administrer des extraits chimiques du Lanmaoa asiatica à des souris afin d’observer les changements de comportement. Cette approche aide les chercheurs à se rapprocher des molécules précises qui sont en jeu.

L’équipe a également réalisé un séquençage complet du génome pour toutes les espèces de ce groupe de champignons. Ils ont recherché la présence de gènes connus pour être impliqués dans la production de composés psychoactifs traditionnels, comme la psilocybine ou l’acide iboténique. Le résultat est sans appel : aucune trace de ces gènes n’a été trouvée. Les tests actuels suggèrent que le composé chimique en cause n’est lié à aucun psychédélique connu.

« Nous sommes convaincus qu’il s’agit de quelque chose de différent ou de nouveau dans ce champignon bolets », a-t-il affirmé à The Microdose. Le fait que ce champignon soit un bolets, c’est-à-dire qu’il possède des pores sous son chapeau et non des lamelles, le rend d’autant plus singulier, car il est rare que des champignons à pores aient des propriétés psychoactives.

Un phénomène local sans risque pour les États-Unis

credit : lanature.ca (image IA)

Les « trips » induits par le L. asiatica peuvent durer de plusieurs heures à plusieurs jours. Selon Colin Domnauer, interrogé par la BBC, ces hallucinations semblent être un effet secondaire involontaire d’un champignon mal cuit, plutôt qu’une expérience recherchée par les consommateurs.

L’analyse génomique a révélé l’existence d’un cousin du L. asiatica, couramment trouvé en Amérique du Nord. Cependant, cette espèce est rarement consommée et aucun rapport ne fait état d’effets psychoactifs aux États-Unis.

Ainsi, si vous cuisinez chez vous sur le sol américain, il est très peu probable que vous ayez à vous soucier de voir des centaines de petites personnes se joindre à vous pour le dîner.

Selon la source : popularmechanics.com

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!
Plus de contenu